Pessa'h : toujours sortir d'Egypte

Les quatre questions du Séder

kidouch pessah

(Discours du Rabbi, Pessa 'h 5716-1956)

1. " Ma Nichtana, en quoi cette nuit se distingue-t-elle de toutes les autres nuits ? "
D'après la coutume de 'Habad, l'enfant pose les quatre questions du Séder dans l'ordre suivant. Pourquoi tremper les aliments ? Pourquoi manger de la Matsa ? Pourquoi manger desherbes amères ? Pourquoi manger accoudé ?

On peut s'interroger sur une telle classification, qui ne correspond ni à l'ordre d'importance de ces pratiques ni à la chronologie de ce que l'enfant voit.Si le critère de classement retenu était l'importance des pratiques, il aurait fallu évoquer, tout d'abord, la Matsa, une obligation de la Torah, puis le Maror, les herbes amères, actuellement d'institution rabbinique, la nécessité de s'accouder, qui est une marque de liberté et enfin le fait de tremper les aliments, une simple coutume.

Selon la chronologie de ce que l'enfant observe, il eut fallu parler, en dernier lieu, du fait de tremper, car cette pratique consiste essentiellement à tremper les herbes amères dans le 'Harrosset. Même si l'on retient le premier trempage, celui du Karpas dans l'eau salée, on devrait, néanmoins, mentionner d'abord la nécessité de s'accouder, dont l'enfant a pu être le témoin depuis le Kiddouch, c'est-à-dire avant ce premier trempage.

On pourrait expliquer le fait que la question relative au fait de s'accouder soit la dernière par la période tardive à laquelle elle fut ajoutée, lorsque l'on perdit l'habitude d'être accoudé tout au long de l'année. C'est pour cela que la Michna et la Guemara n'en font pas mention, comme l'explique le Gaon de Vilna.

Néanmoins, on peut s'interroger sur une telle interprétation. En effet, le Rambam, dans ses lois du 'Hamets et de la Matsa,chapitre 8, paragraphe 2,mentionne à la fois la question sur le fait de s'accouder et celle qui porte sur la nécessité, au soir de Pessa'h, de consommer de la viande grillée. On peut en conclure qu'à l'époque du Temple, déjà, on posait également la question sur le fait de s'accouder.

2. Certains prétendent que les Mitsvot de la Torah doivent être respectées avec le plus grand scrupule, en témoignant de la plus grande abnégation. De même, on doit appliquer les Préceptes instaurés par les Sages avec fermeté, puisque ceux-ci sont les barrières et les précautions dont le Rambam explique longuement qu'elles sont le moyen de mettre en pratique l'Injonction " Tu ne t'écarteras pas de ce qu'ils te diront ". S'il s'agit de coutumes, en revanche, il n'est pas exclu de les respecter lorsqu'il n'en résulte aucune difficulté. En revanche, il n'y a pas lieu de faire don de soi-même pour les maintenir.Ceux-là disent encore : " si l'on veut éduquer des enfants sur la voie de la Torah, il est très difficile de leur demander une pratique intégrale des Préceptes de la Torah. Il peut donc s'avérer préférable de mettre de côté les coutumes et de leur présenter uniquement les principes les plus importants ".

L'ordre dans lequel les questions sont énoncées apporte la réponse à de telles objections. La première interrogation de l'enfant, ce qu'il remarque et qui l'impressionne en premier lieu, n'est pas une Mitsva de la Torah ou une Institution de nos Sages, mais précisément une coutume. Celle-ci attire son attention et le marque, de façon durable.

L'enfant peut donc étudier la Torah, prier, accomplir toutes les Mitsvot. Si lui-même et ceux qui l'entourent ont le même comportement que les non-Juifs qu'ils côtoient, s'il n'a pas une
profonde conscience de son judaïsme , de sa différence, s'il ne ressent pas profondément que " Tu nous as choisis d'entre toutes les nations ", il sera incapable de percevoir la sainteté des Mitsvot qu'il met en pratique et de la Torah qu'il étudie.Or, la sainteté de la Torah et celle des Mitsvot sont les valeurs les plus fondamentales. Lorsqu'elles manquent, il n'est pas exclu qu'au final, la pratique des Mitsvot disparaisse également.

3. D'une part, les coutumes juives sont partie intégrante de la Torah, ainsi qu'il est dit : "les coutumes d'Israël font partie de la Torah ". Il ne faut donc pas se demander quelles pratiques sont les plus importantes. N'est-il pas dit de celui qui s'en écarte que : " II ne s'engage pas sur le chemin de la vie "? Il ne faut donc accepter aucune compromission.

Par ailleurs, le principe fondamental de l'éducation est le suivant. Un enfant doit avoir conscience de sa propre spécificité, savoir qu'il est juif. Or, c'est essentiellement grâce aux coutumes qu'il acquiert cette conscience. En effet, il les remarque d'emblée et celles-ci lui permettent de comprendre que " Tu nous as choisis d'entre toutes les nations " et qu'en conséquence, " Tu nous as rapprochés, notre Roi, de Ton service ". C'est bien là le
principe fondamental, sur lequel repose l'ensemble de la Torah. Nos Sages constatent, à ce propos, que " vivre la Torah est plus important que l'étudier ".

4. Lorsque l'on donne une bonne éducation à un enfant, lorsqu'on lui enseigne que les coutumes sont partie intégrante de la Torah, qu'il faut faire don de sa propre personne pour les respecter, on peut alors constater que " nous étions les esclaves du Pharaon, en Egypte et l'Eternel notre D.ieu nous a fait quitter ce pays, d'une main forte et d'un bras étendu ".
Il en est de même, à l'heure actuelle, " comme aux jours de ta sortie d'Egypte ". Malgré l'intense obscurité de l'exil, D.ieu nous conduira " de la pénombre vers la grande lumière ". Alors, " nous Le louerons par un chant nouveau ", Chir, au masculin et non Chira, au féminin. Ce sera la délivrance véritable et complète, qui ne sera suivie d'aucun exil, par notre juste Machia'h, très bientôt et de nos jours.