Pessa'h : toujours sortir d'Egypte

De la délivrance de l'Egypte à la délivrance future

deliverance pessah

A propos du verset(1) D.ieu dit à Moïse : "Je serai ce que Je serai' ", le Midrash (2) apporte le commentaire suivant : " Rabbi Yo'hanane dit : [ce verset doit être compris dans le sens] 'Je serai pour ceux pour lesquels Je serai' et concerne le cas des individus ... mais pour la collectivité, [D.ieu dit] 'c'est contre leur gré que Je règne sur eux' :"par Ma vie dit le Seigneur D ieu, Je jure que d'une main puissante et d'un bras étendu ...Je Me comporterai en Roi à votre égard" (3).

Les commentateurs du Midrash (4) expliquent que le verset de l'Exode, qui doit être compris comme "Je serai pour ceux pour lesquels Je serai' laisse entendre que le règne de D.ieu ne s'impose qu'à ceux qui le désirent, ceux " pour lesquels D.ieu existe ". Rabbi Yo'hanane nous apprend que ce principe concerne les individus, par opposition à la collectivité. Ainsi, l'individu a le choix d'accepter ou non la royauté divine. Pour sa part, le deuxième verset, tiré du prophète Ézéchiel, dans lequel D.ieu affirme qu'il imposera son règne, concerne la collectivité, même si celle-ci comprend des impies. Et c'est pourquoi, lors de la sortie d'Egypte, D.ieu libéra le peuple, y compris nombre d'impies (5), du fait qu'ils constituaient une collectivité (6). Il en ressort donc que le verset du prophète Ézéchiel, bien que se rapportant à la délivrance qui eut lieu en son époque et à celle des temps messianiques (7), fait aussi allusion à la sortie d'Egypte pour en préciser la portée.

Pour cette dernière, D.ieu imposa Son " bras puissant " et libéra le peuple juif de force (8). Cependant, cette contrainte ne concerne que le peuple juif dans son ensemble et n'exclut pas la possibilité que certains individus, refusent cette libération. De fait, le Midrash (9) mentionne que ceux qui ne désirèrent pas quitter l'Egypte périrent durant les trois jours où D.ieu infligea la plaie de l'obscurité. A priori, il semblerait que ce principe concernant la libération d'Egypte, puisque déduit par le Midrash d'un verset qui traite de la délivrance future, pourrait être appliqué à cette dernière. En d'autre termes, cette libération annoncée par le verset (10) " et tu reviendras à D.ieu ... et D.ieu te ramènera " et promettant, dans les termes de Maïmonide", que" le peuple juif reviendra D.ieu et, immédiatement, sera délivré ",(11) revêtira un caractère forcé. Toutefois, ce retour pourrait ne concerner que la collectivité et des individus, par leur refus, pourraient,là encore, s'exclure de la libération.

Une telle déduction doit pourtant être écartée. En effet, Rachi, relevant le singulier de ce verset promettant la délivrance (" D.ieu te ramènera "), précise explicitement qu'il s'appliquera à chacun : " D.ieu prendra la main de chacun ... comme il est dit "et vous serez ramenés un par un" (12). De même, le verset précédent, qui introduit cette libération en en indiquant la cause : " Tu reviendras à D.ieu ", est lui aussi au singulier. Le principe induit par nos Sages de ce verset " le peuple juif reviendra finalement à D.ieu et, immédiatement, sera délivré " s'applique donc à chaque membre du peuple juif.

De fait, le Baal Hatanya l'indique clairement dans son Code de Lois Juives (13) : " Chaque individu d'Israël retournera de manière certaine à D.ieu car 'aucun ne sera repoussé par Lui' (14). Il en ressort donc que sont ici inclus tous les impies, y compris ceux qui ne désireront pas a priori quitter l'exil. D.ieu éveillera chez eux aussi cette volonté de retour vers Lui pour ensuite les délivrer. Le verset suivant (15) décrit d'ailleurs explicitement ce phénomène : " Ce jour là, il sera sonné dans une grande corne de bélier (chofar) et viendront ceux qui étaient perdus en terre d'Assyrie et ceux qui étaient rejetés en terre d'Egypte pour se prosterner sur la montagne sainte à Jérusalem".

Ainsi, même ceux qui seront plongés dans l'exil au point d'être " perdus " ou rejetés " en terre étrangère et de ne plus concevoir cette volonté de le quitter, auront un réveil de conscience qui leur permettra de revenir à D.ieu " pour se prosterner sur la montagne sainte à Jérusalem (16).

Il a d'ailleurs été fait mention à plu sieurs reprises (17) de la réponse préconisée par la Haggada de Pessa'h (texte lu le soir de la Pâque juive) pour le " fils impie " : " S'il avait été là-bas (en Egypte), il n'aurait pas été libéré ".(18)En effet, quelle peut donc être l'utilité d'une telle phrase qui n'a pas de rapport direct avec le thème du soir du Séder : la sortie d'Egypte ?

L'explication en est que cette réponse n'est en aucun cas une manière d'exclure(19) le " fils impie ". Au contraire, elle vient mettre l'accent sur le fait que c'est seulement de la sortie d'Egypte, de " là-bas ", qu'il aurait été exclu. Le fils impie peut alors prendre conscience de la rupture introduite par le don de la Thora, par lequel D.ieu s'est révélé à chacun en particulier (" Je suis l'Eternel ton D.ieu ")(20) pour lui donner un lien indestructible grâce auquel même un tel fils sera lui-même délivré (21).

Une question double apparaît alors : d'une part, la raison invoquée par D.ieu par l'intermédiaire de Moïse dans Son exigence auprès du Pharaon pour qu'il libère le peuple est " Israël est Mon fils. Mon aîné ... Libère Mon fils... "(22). Ainsi, c'est un lien comparable à celui qui unit un fils à son père qui liait le peuple d'Israël en Egypte à D.ieu. Or, un tel lien ne peut être remis en cause par quelque attitude que ce soit de la part du fils. Nos Sages (23) en déduisent par ailleurs le principe selon lequel D.ieu dit " Quoi qu'il arrive vous êtes désignés comme fils (et c'est pourquoi) Je ne peux vous remplacer par un autre peuple"(24)

Il faut donc en déduire que ce lien était partagé par tous les membres du peuple en Egypte, y compris ceux qui étaient tombés au plus bas . Pourquoi donc tous n'ont-il pas été libérés d'Egypte ? D'autre part, la chute spirituelle en Egypte avait pris plusieurs formes (25). Certains avaient adopté l'idolâtrie ambiante (26) et nos Sages mentionnent même que " l'idole façonnée par Mikha avait été emportée avec eux " (27). Pourtant, ceux-là mêmes qui étaient idolâtres ont été libérés. Pourquoi donc ceux qui ne désiraient pas sortir d'Egypte n'ont-ils pas été libérés eux aussi ?


LE CAS DE YOM KIPPOUR

Pour répondre à cette question, il faut d'abord analyser un phénomène analogue qui concerne Yom Kippour (jour du Grand Pardon). A propos de ce jour, durant lequel D.ieu efface nos fautes, deux opinions s'opposent (28) quant à la condition à remplir pour que cela soit réalisé. D'après le premier avis, ce jour n'a d'effet que pour celui qui prend la décision de ne plus fauter. Mais, d'après Rabbi Yéhouda Hanassi, ce jour efface " toutes les fautes, que l'on ait fait repentance ou pas " (29). Pour autant, Rabbi Yéhouda Hanassi admet que celui qui profane le jour même de Yom Kippour ne peut voir cette profanation pardonnée (30). On pourrait poser une question du même ordre que celle citée plus haut. Puisque, d'après Rabbi Yéhouda Hanassi, le jour de Yom Kippour possède une force telle qu'elle peut effacer " toutes les fautes ", même les plus graves (31), pourquoi la profanation du jour de Yom Kippour est-elle exclue de ce principe ? Le Ragatchover répond de la manière suivant (32) : Dans le cas de la profanation de Yom Kippour, c'est le jour même de Yom Kippour qui donne lieu à la faute.

De ce fait, il est impossible que ce qui fait exister la faute l'efface, en vertu du principe énoncé par nos Sages selon lequel " un accusateur ne peut devenir défenseur " (33). Cette réponse est ainsi traduite dans les termes de la pensée hassidique (34) : le jour de Yom Kippour voit se dévoiler l'essence même de l'attachement qui lie un Juif à son Créateur, niveau par rapport auquel la faute ne peut porter atteinte. Ce dévoilement a donc pour effet d'effacer les traces de toute faute (35). Mais, dans le cas d'une profanation de ce jour, un tel acte empêche pareil dévoilement, et, par voie de conséquence, l'annulation des fautes (36).

C'est de la même manière que l'on peut expliquer le phénomène de la libération d'Egypte. Le dévoilement de D.ieu qui eut alors lieu procédait, comme nous l'avons dit, d'un lien comparable à celui qui unit un père à son fils. Et ce lien étant absolument indéfectible, tous les enfants d'Israël étaient concernés par la libération qu'Il ordonnait. Pour autant, ceux qui ne désiraient pas quitter l'Egypte montraient par là même leur désir de rester esclaves et leur refus de ce lien absolu. Ils empêchèrent donc ce lien de se dévoiler et s'exclurent ainsi de la libération qu'il permettait (37).

LA DÉLIVRANCE FUTURE.

Il reste cependant un point à éclaircir. Cette volonté de ne pas quitter l'exil, si elle put empêcher le dévoilement qui permit la libération d'Egypte, s'oppose de la même manière à la délivrance future, et en vertu du même principe (" un accusateur ne peut devenir défenseur "). Comment donc concilier ce principe avec le fait que ceux qui ne le désirent pas seront aussi délivrés lors des temps messianiques ?

Pour éclaircir ce point, il faut revenir à la dimension nouvelle apportée par le don de la Thora sur le mont Sinaï. D'une part, cet événement a exprimé le choix que D.ieu a porté sur le peuple juif. Le Code de la Loi du Baal Hatanya (38) le mentionne clairement : " Lorsque l'on dira (dans la prière) 'Tu nous a choisis', on pensera au don de la Thora' ". D'autre part, les enfants d'Israël sont alors devenus des sujets (39) de D.ieu, comme II l'indiqua à Moïse dès le début de sa mission (40) : " Lorsque tu fera sortir le peuple d'Egypte, vous servirez D.ieu sur cette montagne ". Le choix de D.ieu a apporté une dimension nouvelle par rapport au lien filial qui existait déjà auparavant et qui a permis la délivrance d'Egypte (41). En effet, au niveau humain, la force exprimée lorsque l'on choisit une chose va bien au-delà de celle qui intervient lorsqu'on la désire. Car, dans ce dernier cas, la personnalité de l'individu, ses goûts et ses sentiments, génèrent cette volonté mais en même temps la conditionnent et en définissent sa portée (42). Par contre, le choix exprime une volonté qui peut dépasser les règles et les principes posés par la personnalité de l'individu (43). En réalité,seul le choix qui n'est pas guidé par les principes de l'intellect et par des sentiments de l'individu est un choix réellement libre. Ainsi en est-il, si l'on peut s'exprimer ainsi, au niveau divin. L'amour porté par D.ieu au peuple juif du fait du lien filial évoqué plus haut, entre dans le cadre d'une certaine logique (44) des sentiments et en possède donc les limites.

Par contre, au moment du don de la Thora, D.ieu a exprimé un choix, c'est-à-dire un lien qui L'attache au peuple juif d'une façon qui n'est régie par aucun principe logique (45) et qui procède de Son essence même (46). Et, réciproquement, l'expression de ce choix a imprimé en chaque membre du peuple un lien à D.ieu qui dépasse lui aussi les limites de la logique individuelle et qui en a fait Ses sujets. La différence entre un sujet et un fils est d'ailleurs décrite dans la série de discours hassidiques de l'année 5666 - 1906 (47) dans le contexte du service de D.ieu. Car un fils, malgré cet amour naturel qui l'attache à son père et par lequel il désire réaliser sa volonté, enlève à son service la force de soumission absolue. Par contre, le sujet qui sert le roi alors que cela n'est pas naturel, exprime en cela un lien qui dépasse sa propre personnalité (48).

DÉLIVRANCE MESSIANIQUE

On peut dès lors expliquer la différence entre la libération d'Egypte, durant laquelle seule une partie du peuple fut délivrée, et la délivrance messianique qui ne verra pas d'exception. Certes, lors de la sortie d'Egypte, ceux qui ne la désiraient pas empêchaient ainsi le dévoilement du lien d'ordre paternel que D.ieu exprimait par là. Mais cela n'était possible que parce que ce lien, qui entrait dans un cadre logique, avait dès lors des limites qui laissaient place à une telle opposition (49). Par contre, la délivrance messianique, qui intervient après le don de la Thora, exprimera ce lien introduit lors de la révélation sinaïtique et qui dépasse toute règle logique. La force de ce lien essentiel ne laisse donc pas la place à une exclusion et personne ne pourra donc s'y soustraire (50) puisque que chacun possède ce lien dans son essence même. Et le fait que certains semblent ne pas désirer la délivrance ne représente en aucune manière le souhait ancré dans leur essence (51). On comprend donc que finalement, lorsque le choix de D.ieu se dévoilera, c'est chaque membre du peuple juif qui reviendra alors à D.ieu et "sera délivré"

Ce discours est tiré du Likouté Si'hot vol. 11, p. 1-7.

1. Exode, 3:14.
2. Chémoth Rabba 3:6.
3. Ézéchiel, 20:33.
4. Matanot Kéhouna, Yéffé Toar, commentaire de Rabbi Zéev Wolf (MaHaRaZaW), sur Chémoth Rabba, ibid.
5. Voir à ce propos Chémoth Rabba, 1:34-35. Voir les notes plus loin.
6. Voir à ce propos Chémot Rabba (3:2) qui précise : " Ainsi as-Tu promis à Moïse que Tu les délivrerais, qu'ils respectent Ta volonté ou non ".
7. Cf. Sanhédrin 105a le passage introduit par " Rabbi Na'hman dit ... " et le commentaire de Rachi sur le texte.
8. Cf. le commentaire de Rachi qui précise, à propos du verset (Exode ???) " Car d'un bras puissant il (le pharaon) les chassera " : (le pharaon les chassera) contre le gré d'Israël.
9. Cf. Chémoth Rabba 14:3, Tan'houma sur la section Vaéra, chap. 14, commentaire de Rachi sur Exode 10:22. Voir aussi la Mékhilta sur la section Béchala'h.
10. Deutéronome 30:2-3.
11. Michné Tora, Loi sur le repentir, 7:5.
12. Voir, pour plus de détails, Likouté Si'hot, vol. 9, première étude sur la section Nitsavim.
13. Lois sur l'étude de la Thora, 4:3, Voir aussi Tanya, fin de chapitre 39. 14. Voir, pour plus de détails, le Téchouvot Ouviourim (chapitre 8) qui explique que même ceux qui, d'après la Michna (Sanhédrin 90a), n'auront pas de part au monde futur, ont une âme qui, du fait de sa nature, connaîtra la résurrection (dans un autre corps). 15. Isaïe, 27:13.
16. Cf. Discours Hassidique intitulé " Ce jour-là... " de l'année 5703-1943. Voir le discours du Li kouté Thora portant le même intitulé (discours sur Roch Hachana, 60a).
17. Cf. Likouté Si'hot, vol. 1, p. 252.
18. Cette réponse est tirée de la Mékhilta (Section Bo, 13:8), et est citée par Rachi (com mentaire sur Exode 13:8) et par le Talmud de Jérusalem (traité Pessa'him, 10:4) dans les termes suivants : " S'il avait été là-bas, il n'aurait pas été apte à être libéré ". La version citée dans le corps du commentaire est celle de la Hagada de Pessa'h.
19. Voir Thora Témima sur Exode 12:26.
20. Exode 20-2.
21. Cf. Likouté Thora, début du commentaire sur la section Rééh. 
22. Exode, 22:23. 
23. Cf. Kidouchine 36a et le commentaire du Rachba sur le passage. Voir aussi le Midrash Ruth Rabba (introduction, partie I) et Bamidbar Rabba2:15. 
24. Et on ne peut avancer le fait que les versets apportés comme preuve par le passage du Talmud cité dans la note précédente se situent tous après le don de la Thora, et semblent donc spécifiques à cette période. Car, dans la mesure où, alors qu'ils sont encore en Egypte, les enfants d'Israël sont déjà désignés par D.ieu comme " Son fils " et que cette image fait référence à un lien qui dépasse la dimension du temps, une telle distinction entre les époques pré et post sinaïtique n'est pas possible. De la même manière, il est clair que chaque membre du peuple juif est lié à D.ieu par ce lien. Il n'est pas possible d'objecter que le principe selon lequel D.ieu ne peut nous " remplacer par un autre peuple " ne concerne que le peuple juif dans sa globalité.
25. Cf. Zohar II, 170b, Chémoth Rabba 1:30, Tan'hou ma sur la section Chémoth et commentaire de Rachi sur Exode 14:28.
26. Zohar, ibid., Mékhilta Chémoth, 14:28, Yalkouth Réouvéni Chémoth 14:27, Chémoth Rabba 43:8, Tan'hou ma sur la section Tissa (chap. 14).
27. Cf. Sanhédrin, 103b, Tan 'houma ibid. (voirie commentaire du Etz Yosseph), Chémoth Rabba 24:1.
28. Cf. Yoma 85b.
29. Excepté trois fautes particulières pour lesquelles le texte de la Thora impose le repentir comme indispensable pour obtenir effacement de la faute (cf. Chévouot 13a).
30. Cf. Chévouot ibid.
31. Voir la Michna de Yoma (ibid.) et la Guémara sur cette Michna (86a).
32. Cf. Tsafnat Panéa'h, Lois sur le Lévirat, 4:20.
33. De cette manière, le Ragatchover éclaire aussi l'enchaînement logique du passage du Talmud (Chévouot, ibid.). En effet, le texte, à propos de l'opinion de Rabbi Yéhouda, objecte : " Comment Rabbi peut-il trouver un cas où la peine de retranchement s'applique le jour de Yom Kippour ? (puisque le jour même pardonne toutes les fautes) ". Et de déduire que Rabbi Yéhouda admet lui aussi qu'une transgression du jour de Kippour ne peut être pardonnée par ce jour. Or, le texte aurait pu proposer comme réponse le cas de celui qui faute en pensant que le jour de Yom Kippour effacera la faute, pour lequel Rabbi Yéhouda admet qu'il est passible de la peine de retranchement. Le fait que cette réponse n'est pas proposée montre bien qu'en fait, ces deux cas (la trans gression du jour même de Kippour et celui qui faute en espérant que le jour de Kippour par donne sont exclus par Rabbi Yéhouda pour la même raison : " un accusateur ne peut se transformer en défenseur ", le jour de Kippour, qui dans ces deux cas est l'objet de la faute, ne peut en même temps l'effacer. Le processus est le même pour celui qui faute en prévoyant de se repentir, pour lequel le Talmud (Yoma, 85b) affir me " qu'on ne lui donne pas la possibilité de se repentir ". En effet, le Baal Hatanya précise qu'il s'agit d'une personne qui, sans ce projet de se repentir par la suite, n'aurait pas fauté. Le repentir, en quelque sorte à l'origine de la faute, ne peut donc l'effacer.
34. Voir Likouté Si'hot, vol. 4, p. 1149 et sui vantes.
35. Voir Likouté Si'hot, vol. 4 (cité à la note précédente) où il est expliqué que l'opinion des Sages ne s'oppose pas avec Rabbi Yéhouda sur le fait que " c'est la force du jour de Yom Kippour qui efface (les fautes) ". Ils considèrent cependant que le repentir est une condition préalable pour que la force du jour puisse s'exercer.
36. Et il faut dire que les trois fautes particulières citées à la note 29 empêchent l'effet de Yom Kippour pour la même raison (voir dans cette perspective le commentaire de Rachi sur Chévouot qui explique la nature particulière de ces trois fautes).
37. Par contre, ceux qui sortirent d'Egypte contre leur gré (qui sont désignés par le Midrash cité au début du texte comme " la majorité ") ne voulaient pas rester en exil et ne s'opposaient donc pas à ce lien. Ils ne souhaitaient pas quitter l'Egypte par peur des dangers qui les attendaient (dans le désert par exemple).
38. Chap. 60, paragraphe 4. Voir aussi Tanya, chap. 49.
39. Voir le commentaire de Rachi sur Exode 20:2 (citant la Mékhilta).
40. Exode, 3:12.
41. On peut relever, dans cette perspective, le commentaire de Rachi sur Deutéronome 14:2 à propos de l'expression " car tu es un peuple saint " : " ta sainteté provient de tes ancêtres et de plus, D.ieu a porté Son choix sur toi ".
42. Voir Likouté Si'hot, vol. 4, pages 1147 et 1309.
43. Voir Maïmonide : Lois sur le repentir, début du chapitre 5 et Traité des Huit Chapitres, chap. 8. Voir aussi Likouté Thora, section Émor, 38b.
44. On peut remarquer, dans cette perspective, le passage du Tanya (chap. 2) où le Baal Hatanya explique que " de la même manière qu'un fils tire sa source du cerveau du père, de même si l'on peut s'exprimer ainsi, l'âme de chaque homme d'Israël a tiré sa source de Sa pensée et de Sa sagesse ".
45. Voir le discours hassidique introduit par le verset : " Qu'il choisisse des hommes pour nous " de l'année 5703-1943 et Likouté Si'hot vol. 4 pages 1309 et 1341. 46. Et bien que l'amour porté par un père à son fils est un amour essentiel, cet amour procède néanmoins de la nature du père et non de son essence (qui dépasse son rôle de père). Il n'est donc pas, quelque part, essentiel au sens le plus fort.
47. Discours introduit par le verset : " Et un grand troupeau... " (pages 308-309) et page 319.
48. On retrouve cette idée dans les temps messianiques avec lesquels se dévoilera le plaisir du Créateur, qui dépasse celle que les créatures retirent de leur service de D.ieu, et qui représente le dévoilement de l'essence de D.ieu. En effet, cette révélation n'est rendue possible que par l'effort de celui qui se pose en sujet de D.ieu. Car, pour lui, il n'y a pas de place pour un plaisir personnelle et c'est le plaisir de D.ieu qui est le sien.
49. En effet, le libre-arbitre de l'homme provient de ce qu'il a été créé à l'image de D.ieu, et " rien ne peut donc s'opposer à sa décision " (voir l'explication de Maïmonide citée dans la note 43).
50. Et le fait que l'homme puisse s'opposer à la révélation de ce lien dans le contexte de Yom Kippour n'est qu'une possibilité temporaire qui a été accordée par D.ieu dans le cadre du libre-arbitre. Par contre, dans le cas de la délivrance finale, une telle possibilité n'a pas été accordée et c'est toute la force du choix de D.ieu introduit avec le don de la Thora qui s'applique. Ainsi, " personne ne sera écarté (de la délivrance) ". Voir à ce propos Thorat Chmouel, commentaire sur Pourim, année 5670-1910.
51. Voir à ce propos Maïmonide, fin du chap. 2 des Lois sur le divorce.