Pessa'h : toujours sortir d'Egypte

Le cinquieme fils

table pessah

(Source : Message du Rabbi pour Pessa'h 5717) .

Alors que les " quatre fils " diffèrent l'un de l'autre dans leurs réactions respectives au service du Seder, ils ont cependant un trait commun : ils sont tous présents. Même celui qu'on a appelé " le méchant " est là, prenant une part active, encore que dissidente, dans ce qui se déroule de vie juive autour de lui. Cela, au-moins, autorise l'espoir qu'un jour il deviendra " sage ", et que tous les enfants juifs assistant au Seder deviendront des Juifs conscients et engagés.

Malheureusement il y a, à notre époque, un autre type d'enfant juif : celui qui " brille " par son absence, ne porte aucun intérêt à la Torah et aux Mitzvoth, et n'est même pas conscient du Seder et des miracles qu'il rappelle.

C'est là une situation grave, à laquelle nous devons accorder toute notre attention longtemps avant Pessa'h et la nuit du Seder. Car aucun enfant juif ne doit être oublié, et encore moins délibérément écarté. Nous devons faire tous nos efforts pour sauver l'enfant perdu et l'amener à la table du Seder. Résolus à le faire, poussés par un profond sentiment de compassion et un grand sens de la responsabilité, nous ne devons avoir aucune crainte de l'échec.

Pour porter remède à toute situation, il est nécessaire de remonter à ses origines. En l'occurrence, nous la découvrons dans l'analyse erronée que firent de leur propre situation cerains immigrants, soudain plongés dans un environnement nouveau et peu familier. Prenant conscience de la petite minorité à laquelle ils appartenaient, en butte aux inévitables difficultés de leur réinsertion, certains parents eurent l'idée - qu'ils communiquèrent à leurs enfants- que l'assimilation était la seule solution. Mais leurs efforts pour abandonner le mode de vie juif engendrèrent un conflit spirituel grave en eux. Résolus à épargner à leurs enfants la tension créée par une loyauté écartélée, il leur fallait trouver une explication rationnelle à leur désertion par rapport à l'héritage juif ; ils tâchèrent donc de se convaincre et de convaincre leurs enfants que la vie de Torah et de Mitzvoth n'était pas adaptée à leur nouvel environnement. Pour y réussir, il fallait trouver des carences, voire des défauts, au mode de vie juif, et en même temps se persuader que tout ce qu'il y avait de non-juif autour d'eux était, au contraire, attirant et bénéfique. Ils firent l'un et l'autre.

LE RÉSULTAT CONTRAIRE

Par cette attitude, les parents espéraient donner à leurs enfants la possibilité de survivre dans un milieu nouveau. Mais quelle piètre survie allaient-ils assurer, s'il fallait la payer par le sacrifice de l'âme pour quelques avantages matériels ? Et ce qu'il prirent pour " une évasion dans la liberté " devint, en dernière analyse, une " évasion " dans l'imitation servile ; imitation qui assumait une forme si caricaturale, et développait un tel sentiment d'insécurité qu'elle ne pouvait inspirer aucun respect à la jeune génération à laquelle elle était destinée...

La fête de Pessa'h et la délivrance qu'elle célèbre rappellent opportunément que la survie juive ne dépend pas de l'imitation de l'environnement non-juif, mais de la fidélité à nos traditions et à notre vocation religieuse. Nos ancêtres en Egypte étaient une petite minorité et avaient une vie des plus difficiles. Mais, comme nos Sages nous le disent, ils préservèrent leur identité juive, leur unicité et veillèrent jalousement à leurs traditions, sans inquiétude, ni honte. C'est ce qui rendit certaine leur survie, et assura leur libération de toutes les formes de tyrannie, qu'elles fussent physiques ou spirituelles...

Il n'y a pas de place pour le désespoir dans la vie juive, et aucun Juif ne doit être considéré comme une cause perdue, et donc abandonné. Avec la compassion et l'amour du frère juif (Ahavath Y'Israël), même une génération " perdue " peut être amenée à l'amour de Dieu (Ahavath haChème) et à l'amour de la Torah (Ahavath haTorah). Non seulement pour qu'elle soit intégrée à la communauté des " quatre fils ", mais aussi pour qu'elle soit, avec le temps, au rang du fils "sage".

Puisse le rassemblement de ces " tribus perdues d'Israël " autour de la table du Seder hâter la véritable et complète rédemption de notre peuple, par le prompt avènement du Messie en notre temps.