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" Car cette loi est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu l'accomplisses "

C'est sur ce célèbre verset du Deutéronome que se fonde le Tanya.

L'Ecriture dit clairement ici que le respect des commandements divins est chose aisée (" très proche ") et qu'il s'effectue par trois canaux : la pensée (ton cœur), la parole (ta bouche) et l'action (que tu l'accomplisses).

A un second niveau " ton cœur " fait référence aux émotions, l'amour et la crainte de D. que le cœur expérimente lorsque est accompli un commandement positif (pour la première),ou respecté un interdit pour la seconde. C'est donc ces deux émotions qui constituent cette " chose très proche ".

Cela, pourtant , va-t-il de soi ? La Guémara n'interroge-t-elle pas : " la crainte de D. est-elle une petite chose ? ". Rabbi Schnéour Zalman veut mettre à jour les deux chemins par lesquels parvenir à la crainte et à l'amour. Proches tous les deux, l'un cependant est " long " (il consiste en une profonde méditation), l'autre est " court " (plutôt que de créer ces sentiments par la méditation, il s'agit de les révéler, de les " dévoiler " en tant qu'ils sont partie intégrante de chaque âme juive. Telle est la démarche première du Tanya que, dans son humilité, Rabbi Schnéour Zalman en réalité a simplement appelé Likoutei Amarim (Recueil de Commentaires), Tanya étant le premier mot par lequel commence ce " recueil " imprimé pour la première fois en 1796.

15 'Hechvan 5780 / 11.13.2019


Likoutei Amarim
Chapitre 34
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ואם ירחיב ה׳ לו עוד, אזי: טהור ידים יוסיף אומץ, ומחשבה טובה כו׳

Et il réfléchit et décide que si D.ieu lui donne encore plus de largesse et de temps pour l’étude, alors « Celui qui a les mains pures redoublera de détermination », c’est-à-dire qu’il dévouera le temps supplémentaire qui lui est alloué à l’étude de la Thora ; et dès lors, « La bonne pensée, [D.ieu l’associe à l’acte effectif]. »

Cette seule décision de consacrer le temps supplémentaire octroyé par D.ieu – jusqu’à l’ensemble de la journée – est assimilée à un acte effectif. En vertu de cette « bonne pensée », il devient, d’une certaine manière, une demeure pour D.ieu non seulement durant le temps qu’il étudie la Thora, mais tout au long de la journée.

וגם שאר היום כולו שעוסק במשא ומתן, יהיה מכון לשבתו יתברך בנתינת צדקה שיתן מיגיעו

Et le reste de la journée entière également, où il est occupé à ses affaires, il sera un lieu de résidence pour D.ieu par la charité qu’il donnera du produit de son labeur.

שהיא ממדותיו של הקב״ה: מה הוא רחום וכו׳, וכמו שכתוב בתיקונים: חסד דרועא ימינא

[Laquelle charité] est l’un des attributs de D.ieu que l’on est enjoint d’imiter, selon la parole des Sages : « De même qu’Il est compatissant… [de même dois-tu être compatissant] », et comme il est écrit dans les Tikounei Zohar : « la bonté est le bras droit de D.ieu » pour ainsi dire. L’usage de l’attribut de bonté permet donc de devenir un réceptacle, une demeure pour l’expression du « bras droit de D.ieu », l’attribut divin correspondant.

ואף שאינו נותן אלא חומש

Et bien qu’il ne donne à la charité qu’un cinquième de ses gains,

Le cinquième correspond à la mesure qui doit au plus être consacrée à la charité. Il équivaut donc a priori à un cinquième de son temps de travail. Comment toute sa journée de travail, constituée aussi des quatre autres cinquièmes, devient-elle à son tour un lieu de résidence pour la Présence divine ?

הרי החומש מעלה עמו כל הארבע ידות לה׳ להיות מכון לשבתו יתברך

ce cinquième donné à la charité élève avec lui toutes les quatre autres parties à D.ieu, pour qu’elles deviennent elles aussi un lieu de résidence pour Lui.

כנודע מאמר רז״ל, שמצות צדקה שקולה כנגד כל הקרבנות

Comme il est connu ce que disent nos Sages, [à savoir] que le précepte de la charité est équivalent à tous les sacrifices.

ובקרבנות, היה כל החי עולה לה׳ על ידי בהמה אחת, וכל הצומח על ידי עשרון סלת אחד בלול בשמן כו׳

Or, concernant les sacrifices, tout le règne animal était élevé vers D.ieu par l’offrande d’un seul animal, et tout le règne végétal par l’offrande d’un dixième de mesure de fine farine mélangée avec de l’huile.

Il en va de même pour la charité : tout le travail de la journée se trouve élevé par le don d’un cinquième consacré à la charité.

ומלבד זה, הרי בשעת התורה והתפלה עולה לה׳ כל מה שאכל ושתה ונהנה מארבע הידות לבריאות גופו, כמו שכתוב לקמן

Et outre cela, tout ce qu’il a consommé et bu et ce dont il a profité des quatre [autres cinquièmes] pour la santé de son corps, se trouve élevé vers D.ieu au moment de [l’étude de] la Thora et de la prière, comme il sera expliqué plus loin.

Il en ressort que même le temps employé pour ces quatre cinquièmes qui constituent un profit personnel dont il n’a pas été fait don à la charité, devient une demeure pour D.ieu par l’étude de la Thora et la prière.

Depuis le Chapitre trente et un, le texte a discuté la question de la joie. Celle-ci doit répondre à l’état d’amertume et d’un « cœur brisé » suscité par un bilan spirituel. Différentes formes de joie ont été décrites : la joie qui caractérise le retour de l’âme divine à sa source, libérée de l’exil imposé par le corps et l’âme animale, la joie de la proximité avec D.ieu par la méditation sur Son unité, la joie de voir D.ieu se réjouir de la brisure de la sitra ahara

Le texte montre maintenant que cette joie, sous ses différentes formes d’expression, ne contredit pas l’amertume éprouvée au regard de la situation du corps et de l’âme animale. Bien qu’antagonistes, la joie et l’amertume peuvent coexister parce qu’elles ont des causes bien distinctes.

והנה בכל פרטי מיני שמחות הנפש הנ״ל, אין מהן מניעה להיות נבזה בעיניו נמאס ולב נשבר ורוח נמוכה בשעת השמחה ממש

Or, dans toutes les sortes spécifiques de joie de l’âme évoquées précédemment, il n’y a pas d’empêchement au fait d’être méprisable et répugnant à ses yeux, avec un cœur brisé et un esprit rabaissé, au moment même de la joie.

כי היותו נבזה בעיניו וכו׳, הוא מצד הגוף ונפש הבהמית

Dès lors que le fait qu’il se trouve à ses yeux méprisable [et répugnant]… tient au corps et à l’âme animale,

והיותו בשמחה הוא מצד נפש האלקית וניצוץ אלקות המלובש בה להחיותה, כנזכר לעיל [בפרק ל״א]

alors que le fait qu’il se trouve en joie tient à l’âme divine et à l’étincelle divine qui en est revêtue pour l’animer comme expliqué précédemment (au Chapitre trente et un).

Aussi ces deux émotions contraires peuvent-elles coexister, sans que l’une entrave l’autre, car elles tiennent chacune à une cause différente.

וכהאי גוונא איתא בזהר: בכיה תקיעא בלבאי מסטרא דא, וחדוה תקיעא בלבאי מסטרא דא

Dans le même esprit, il est écrit dans le Zohar : « les pleurs sont logés dans mon cœur d’un côté, et la joie est logée dans mon cœur d’un côté. »

Rabbi Eléazar s’exclama ainsi en entendant l’explication ésotérique donnée par son père, Rabbi Chimon bar Yo’haï, sur la destruction du Temple : il ressentit dès lors plus âprement la gravité de cette tragédie, tout en étant joyeux des secrets de la Thora entendus.

Cette phrase du Zohar établit clairement que ces deux émotions, qui résultent de deux causes différentes, peuvent s’exprimer simultanément.