Semaine 44

  • Beréchit
Editorial
Vers la lumière

Quand la période des fêtes s’achève, c’est toujours une presque angoisse qui semble étreindre chacun. Ce sentiment est compréhensible. Nous venons de vivre des moments littéralement exceptionnels. Roch Hachana et Yom Kippour nous ont entraînés dans l’effacement de soi et l’infini respect de D.ieu. Souccot et Sim’hat Torah nous ont fait découvrir l’immense puissance d’une joie que les mots ne peuvent pas décrire et encore moins limiter. Voici que ce temps différent est arrivé à sa conclusion et que le monde réclame la force qui lui revient. Voici que la sainteté pourrait battre en retrait devant l’avancée du profane.
Plus encore, au travers de toute cette période, la protection Divine a été légitimement ressentie par tous comme une évidence et une nécessité. Il est vrai que la fête de Souccot a aussi été celle de la confiance en Lui. Cela aussi a touché à sa fin. Le monde serait-il brutalement redevenu le champ clos des passions humaines où, sans mise en garde préalable, les pires aspects de l’homme peuvent s’exprimer ?
C’est dans ce temps incertain qu’il importe de garder la conscience claire des enjeux en cours. Si nous retournons au monde, ce n’est pas avec la crainte qu’il détruise les fruits de nos efforts spirituels du mois. C’est, au contraire, avec la certitude qu’il sera le lieu où ceux-ci prendront leur plein sens, trouveront leur pleine expression. Car il faut ne pas s’y tromper. Ce monde n’est jamais que ce que nous en faisons. Il est la traduction concrète de nos désirs, l’aboutissement de nos actes. Notre liberté le façonne et son existence globale est la somme de nos vies individuelles.
Toutes célébrations dignement menées, toutes expériences spirituelles hautement ressenties, chacun de nous possède les forces nécessaires pour faire du monde l’endroit idéal de sérénité et d’harmonie qui mérite le nom de “résidence divine”. Alors que nous reprenons le chemin, sachons que cette route nous conduit avec certitude vers le but défini par notre espoir et qu’elle n’est pas plus longue que la durée de cette espérance. C’est à son extrémité que le soleil se lève : il est celui de Machia’h.
Etincelles de Machiah
Le flux de la connaissance

A la fin de son grand ouvrage de loi juive, le Michné Torah, après avoir précisé qu’au temps de Machia’h chacun atteindra un niveau de connaissance de D.ieu inimaginable aujourd’hui, Maïmonide cite une prophétie fameuse (Isaïe 11 :9) : “Car le monde sera plein de la connaissance de D.ieu comme l’eau recouvre le fond des océans”.
L’image utilisée ici est hautement significative. Elle éclaire le changement profond qui interviendra en cette nouvelle ère. En effet, lorsqu’on regarde l’océan, on l’envisage comme un tout bien qu’il soit peuplé de nombreuses et diverses créatures. De même, lorsque le Machia’h viendra, le monde continuera d’exister mais les créatures perdront la conscience de leur individualité tant elles seront pénétrées de connaissance de D.ieu.
Cependant, cela ne remettra pas en cause l’existence de la création. Bien au contraire, elle en sera renforcée dans la mesure où elle procède uniquement de D.ieu.
(d’après un commentaire du Rabbi de Loubavitch – Hadran Al Séfer Michné Torah 5745)
Vivre avec la Paracha
Beréchit : les affaires de D.ieu

“Venez voir les actions de D.ieu, Son complot effrayant pour les enfants de l'homme” (Psaumes 66 : 5).
Et la femme vit que l'arbre était bon à manger et elle prit de ses fruits et en mangea ; et elle en donna aussi à son époux et il en mangea avec elle (Genèse 2 : 6).

Le but d'une aventure commerciale est de faire des profits. Aucun homme d'affaire qui se respecte n'investirait un capital et ne consacrerait du temps et des talents quand les comptes ne montrent pas une véritable possibilité de bénéfices.
Et pourtant, les bénéfices les plus importants doivent être récoltés sous les conditions même que l'homme d'affaire responsable cherche le plus à éviter: à la suite de développements tout à fait imprévisibles, dans des environnements sur lesquels il n'a aucun contrôle et dans lesquels son aventure tout entière, et peut-être sa propre personne, sont menacés.
C'est pourquoi l'on peut dire que l'esprit de l'homme d'affaire opère à deux niveaux. Au niveau manifeste, il cherche la stabilité et le contrôle. A ce niveau, "être pris au dépourvu" jette l'anathème sur les affaires.
Tout en sachant que chaque aventure comporte une part de risques, son but est de les empêcher, d'éviter l'imprévisible, d'avoir un plan d'action pour toute éventualité. Mais à un niveau plus profond, subconscient, l'homme d'affaire aspire à l'imprévisible. Au plus profond de son cœur, il veut être pris par surprise, être plongé dans les circonstances que la structure de ses affaires cherche à éviter. Car là et seulement là, réside le potentiel de profits plus grands qu'aucun analyste ne pourrait envisager.
A ce niveau, si "tout va selon le plan prévu", ce serait une déception plutôt qu'un accomplissement. Ce sont des scénarii qu'il n'osera jamais présenter à ses investisseurs, ni même à son moi conscient. Mais en dernière analyse, ce sont ces mêmes possibilités se cachant derrière les chiffres et les projets officiels qui constituent la plus grande motivation pour laquelle il s'est engagé dans les affaires.

Le complot effrayant
Nos Sages nous disent que "le royaume des Cieux est semblable au royaume de la terre", que les structures de la société humaine et les modes de comportement humain reflètent la manière dont le Créateur établit un rapport avec Son monde et le dirige.
D.ieu opère selon une stratégie empruntée au monde des affaires: la Torah qui est "le plan de D.ieu pour la création" définit le "profit" que le Créateur veut tirer de Son entreprise. Les lois de la Torah détaillent ce qui devrait et ce qui ne devrait pas être fait, et ce qui devrait et ne devrait pas arriver, pour sauvegarder l'investissement divin dans la création et assurer sa rentabilité.
Mais au premier jour des affaires de l'histoire, le plan alla de travers. Adam et Eve, en mangeant du fruit de l'Arbre de la Connaissance violèrent la première Mitsva, le premier commandement de D.ieu. Leur acte mit en péril l'aventure tout entière, laissant un chaos de bien et de mal déferler sur le monde sous contrôle et organisé dans lequel ils étaient nés.
Et pourtant, nous disent nos Sages, c'était "le plan effrayant de D.ieu pour les enfants de l'homme". "C'est Moi qui les ai fait pécher, en créant en eux un penchant vers le mal" admit D.ieu devant le Prophète Elie.
Car c'est le processus de la Techouva ("retour") du péché qui apporte le plus grand profit dans l'entreprise de la vie. Il n'existe aucun amour plus fort que l'amour ressenti de loin et de plus grande passion que la quête du retour à une maison abandonnée et à un moi qui s'est aliéné. Quand le lien de l'âme avec D.ieu s'est étiré au point de rupture, la force qui le rattache à sa source est plus grande que tout ce qui peut être produit par l'âme qui ne quitte jamais l'orbite divine. Et quand une âme qui a erré jusqu'aux recoins les plus éloignés de la vie, et a exploité tout l'aspect négatif et vil de son environnement, ressent l'impulsion de retourner à D.ieu, elle élève ces parties de la Création qui résident derrière le cadre d'une vie vécue dans la droiture.
C'est là "le complot effrayant" contre les enfants de l'homme: créer un homme avec une inclination au mal, de sorte que lorsqu'il y succombe, il renoue avec D.ieu dans un amour plus grand et des ressources rachetées, générés par une vie maintenant en conformité avec la Volonté Divine.
Toutefois, il est sûr qu'on ne peut dire que D.ieu voulait que l'homme pèche: un péché est, par définition, un acte que D.ieu ne veut pas. De plus, si le "plan" de D.ieu était que l'homme pèche, cela soulève la question de savoir ce qui serait arrivé si Adam et Eve n'avaient pas choisi de manger des fruits de l'Arbre de la Connaissance. Le but de D.ieu dans la Création aurait-il été accompli?

Ce que désire D.ieu
Tout comme dans le cas de l'homme d'affaire conventionnel, il existe deux niveaux de "motivation" derrière l'acte divin de création.
Au niveau manifeste, le monde fut destiné et créé pour accomplir le plan indiqué par la Torah. Ce plan appelle l'existence d'une inclination au mal dans le cœur de l'homme pour que notre conformité à la volonté divine ait du sens et de la signification.
Selon les paroles de Maïmonide: “La liberté est donnée à chaque homme: s'il désire suivre le droit chemin et être une personne juste, le choix de le faire est entre ses mains; et s'il désire suivre la voie du mal et devenir un être vil, le choix de le faire est entre ses mains… C'est un principe majeur et une base de la Torah et des commandements… Car si D.ieu devait décréter qu'une personne soit bonne ou vile ou s'il existait dans l'essence de l'individu quelque chose qui le force à emprunter telle ou telle voie,… comment D.ieu aurait-Il pu nous commander par Ses Prophètes "fais cela" et "ne fais pas cela"? Quelle place aurait occupé la Torah tout entière? Et selon quelle justice D.ieu aurait-Il puni les méchants et récompensé les bons?”.
Ce plan ne requiert pas l'existence du mal, mais seulement le potentiel de son existence. Il nous est possible de violer la Volonté divine, pour que le fait que nous ne le fassions pas soit pour nous un triomphe moral et une source de plaisir pour D.ieu. Il faut qu'il nous soit possible de ne pas faire le bien, pour que nos bonnes actions aient une valeur et un sens. Les risques doivent être présents, ils sont ce qui rend l'aventure valorisante et jouable, mais le but de tout cela, c'est qu'ils soient évités.
Mais au niveau "subconscient" plus profond, D.ieu complote pour que l'homme succombe au péché. Ce n'est pas ce qu'Il désire et c'est même une déviance de Sa Volonté expresse. Mais quand cela arrive, cela libère une richesse de possibilités qui sont infiniment plus efficaces que tout ce que le plan "officiel" aurait pu permettre. Et ce sont ces possibilités se cachant derrière les calculs et les projets officiels qui constituent Sa motivation ultime pour laquelle Il s'est investi dans “l'affaire” de la vie humaine.
Le Coin de la Halacha
Peut-on rester assis pendant la prière?

Dans la plupart des parties de la prière, on peut soit s'asseoir soit rester debout, selon son habitude ou l'habitude de la communauté, à condition de pouvoir se concentrer suffisamment.
La prière de "Chemoné Essré" est appelée "Amida" car on la récite debout, comme un serviteur devant le Roi. De plus, l'homme qui prie est comparé à un ange qui se tient devant son Créateur. Enfin le culte dans le Temple ne pouvait s'effectuer que debout.
Par ailleurs, il faut rester debout pour réciter la prière de louange du Hallel et les passages de "confession".
On se lève par respect quand quelqu'un marche avec le rouleau de la Torah. Par contre, on s'assiera pour réciter le Birkat Hamazone après le repas afin de le dire calmement et de penser à chaque mot. Il est aussi préférable de s'asseoir pour réciter le "Chema".
Pour certains paragraphes de la prière, on se lève pour souligner leur importance ("Barou'h Cheamar, Vayevare'h David, Yichtaba'h...) ou pour s'incliner ("Modim" et "Alénou").
Certains se lèvent pour "Mizmor LeTodah" en souvenir du sacrifice de remerciement qu'on offrait debout. On se lève aussi pour répondre à la "Kedoucha" et pour "Bare'hou".
Certains préfèrent rester debout pendant la lecture de la Torah.

F. L. (d'après Rav Yossef Guinzbourg)
De Recit de la Semaine
Le Rabbi a dit, ils l’ont fait

Un des ‘Hassidim qui avait réussi à fuir l’Union Soviétique dans les années 60 arriva enfin aux Etats-Unis. Toute son éducation juive s’était effectuée dans les «écoles» clandestines du réseau mis en place par le précédent Rabbi de Loubavitch et maintenu par le Rabbi. Malgré l’angoisse omniprésente d’être dénoncé, malgré les conditions très sommaires de confort, malgré la séparation obligée d’avec ses parents, il avait atteint un niveau d’érudition en Talmud et en ‘Hassidout digne des grandes Yechivot du monde occidental. Cela ne l’empêchait pas de rester humble et discret et, de fait, nul n’imaginait qu’il possédait tant de connaissances.
Une fois admis en «Ye’hidout» (entrevue privée) dans le bureau du Rabbi, à Brooklyn, il fut amené à discuter de nombreux sujets et, bien qu’il tentât de la dissimuler, son érudition était connue du Rabbi qui déclara : «On m’a parlé de votre érudition à cette table. Et, autour de cette table, on ne raconte pas de mensonges !». Finalement, le Rabbi demanda à ce ‘Hassid de se rendre auprès du grand décisionnaire, Rav Moché Feinstein (auteur des responsa «Iguerot Moché») afin de discuter de certains sujets importants.
Le ‘Hassid se rendit chez Rav Moché Feinstein à Hochaana Rabba, le dernier jour de Souccot. Rav Moché fut stupéfait : comment un homme avait-il pu atteindre un si haut niveau de connaissance malgré l’inconfort, le stress et les persécutions qu’il avait subis en Union Soviétique ? Leur discussion fut d’une haute tenue spirituelle puis, avant que le ‘Hassid ne prenne congé, Rav Moché lui dit de demander au Rabbi, de sa part, une bénédiction pour un certain malade hospitalisé dont il donna le prénom hébraïque, ainsi que le prénom de sa mère.
Pressé de retourner à Crown-Heights avant la fête, le ‘Hassid se dépêcha et parvint à obtenir une audience auprès du Rabbi le jour-même pour rendre compte de sa conversation avec Rav Moché Feinstein et transmettre la demande de bénédiction.
Bien que le Rabbi fût extrêmement occupé en ce jour de Hochaana Rabba (semblable, en bien des aspects, à Roch Hachana), il accorda sa bénédiction et ajouta qu’il serait bénéfique que le malade se rende quitte de la coutume du jour consistant à frapper cinq branches de saule sur le sol.
Deux ‘Hassidim – dont l’histoire n’a pas retenu les noms, ce qui ajoute encore à leur mérite – entendirent la réponse du Rabbi et décidèrent d’agir. Ils se précipitèrent à l’hôpital avec des branches de saule. En arrivant, ils virent les membres de la famille en grande discussion avec les médecins devant la porte de la chambre. De fait, les docteurs étaient en train de déployer de gros efforts de tact pour prévenir la famille que la situation était désespérée : le malade était inconscient et dépendait entièrement des tuyaux d’oxygène auxquels il était relié. Il n’avait plus que quelques heures à vivre.
Les ‘Hassidim informèrent la famille que le Rabbi avait donné sa bénédiction pour la guérison rapide et complète du malade mais qu’il devait accomplir le rituel des branches de saule frappées contre la terre. Les parents regardèrent les ‘Hassidim comme s’ils venaient d’une autre planète et, en haussant les épaules d’un air résigné, ils acceptèrent de les laisser pénétrer dans la pièce.
Les ‘Hassidim entrèrent, placèrent les branches de saule dans les mains du malade et les firent bouger de haut en bas. Ils saluèrent la famille et retournèrent aussi vite que possible à Crown-Heights pour procéder à leurs propres préparatifs de fête.
Quelques heures plus tard, le patient ouvrit les yeux.
Deux jours plus tard, à Sim’hat Torah, il se sentait assez bien pour descendre à la synagogue de l’hôpital et assister aux danses traditionnelles avec les rouleaux de la Torah.

* * *

Qui étaient ces ‘Hassidim ?
Peu importe leurs noms. Le Rabbi avait donné un conseil, ils avaient laissé de côté toutes leurs préoccupations personnelles et – en ce jour où ils avaient sûrement beaucoup à faire et à étudier - ils s’étaient dévoués au chevet d’une personne qu’ils ne connaissaient pas, malgré sa situation désespérée.

A nous d’imiter leur exemple et d’accomplir exactement les directives du Rabbi afin d’accueillir aujourd’hui encore notre juste Machia’h.

Rav Eli Touger
traduit par Feiga Lubecki

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