YOM KIPPOUR
Il était une fois un grand roi qui avait une fille unique, belle et vertueuse. Lorsqu’elle fut en âge de se marier, de nombreux princes et ducs vinrent demander sa main. Mais elle les refusa tous, trouvant à chacun un défaut : l’un était trop gourmand, l’autre trop porté sur le vin... Finalement, le roi, impatient, déclara que le prochain homme qui se présenterait aux portes du palais deviendrait son époux.
Le hasard fit arriver un simple paysan. Fidèle à sa parole, le roi lui donna sa fille en mariage. Le paysan l’emmena dans son village et la traita comme une épouse ordinaire. La princesse dut travailler durement jusqu’à ce que ses mains et son visage délicats portent les marques de la fatigue. Les villageois, jaloux et méprisants, se moquaient d’elle et l’insultaient.
Malheureuse, elle écrivait chaque jour à son père pour lui raconter ses souffrances. Le roi décida de lui rendre visite. Dès que les villageois apprirent son arrivée, tout changea : la maison fut nettoyée et décorée, la princesse fut libérée de son travail, vêtue avec élégance et entourée de respect. Le roi fut heureux de voir sa fille honorée et ne comprit pas ses plaintes.
Mais au moment de partir, la princesse le supplia de l’emmener avec lui. Elle lui expliqua que tout cet honneur n’était qu’une apparence destinée à impressionner le roi et que, dès son départ, elle serait à nouveau humiliée.
Le roi interrogea alors son gendre. Celui-ci reconnut qu’il savait que sa femme était une princesse, mais qu’en tant que pauvre paysan, vivant dans un environnement envieux et méprisant, il était incapable de lui offrir la vie qu’elle méritait. Il demanda donc au roi de l’élever à son rang et de lui donner les moyens de vivre dignement avec elle.
* * *
Le Roi des rois, D.ieu, voulut d’abord donner Sa fille, la Torah, à Adam. Mais la Torah dit : « C’est un glouton. Il a mangé le fruit de l’arbre de la connaissance contre Ton gré ». Finalement, D.ieu confia la Torah au peuple d’Israël, qu’Il venait de libérer d’Égypte.
Pourtant, durant l’année, la Torah est souvent négligée et même humiliée. À l’approche de Roch Hachana, les jours d’Elloul annoncent l’arrivée du Roi. Le peuple se réveille : il prie, étudie, récite des Tehilim (Psaumes) et se prépare à accueillir D.ieu. À Yom Kippour, il se repent et retrouve sa pureté. Mais après la Neïla, après le son du Choffar, lorsque la Présence divine se retire, la Torah supplie D.ieu de la prendre avec Lui, de peur d’être oubliée.
Le peuple s’écrie qu’il connaît sa grandeur, mais qu’il vit dans un monde qui ne lui permet pas toujours de l’honorer comme elle le mérite. Il demande alors au Roi de le ramener en Terre Sainte, afin de pouvoir vivre pleinement selon la Torah.
Ainsi, « l’an prochain à Jérusalem ! » n’est pas une simple formule d’espoir. C’est le cri d’un peuple qui demande à retrouver les conditions nécessaires pour rendre à la Torah toute sa dignité. Revenir à Jérusalem, c’est vouloir retrouver un monde où la Torah, fille du Roi des rois, pourra enfin être honorée comme elle le mérite.
Il nous revient donc de préparer ce retour en entourant dès à présent la Torah de tout le faste qu’elle mérite et en respectant, de toutes nos forces, ses commandements.
L'ABONDANCE ET L'ABSTINENCE
Que désire D.ieu ?
Yom Kippour se définit par l'obligation de s'abstenir de toute nourriture depuis le coucher du soleil de la veille de Yom Kippour jusqu'après l'obscurité du jour suivant. Il est évident que le jeûne est considéré comme un moyen puissant pour se repentir et se transformer.
Paradoxalement, il existe également une obligation de festoyer le jour précédant Yom Kippour. Ainsi que le soulignent nos Sages : « Celui qui mange et boit le jour précédant Yom Kippour est considéré comme s'il avait jeûné durant deux jours ».
Comment peut-on expliciter cette double approche entre l'abstinence et l'abondance ? Laquelle constitue l'approche préconisée pour le retour vers D.ieu ? Certes, la nécessité de s'alimenter avant le jeûne afin de permettre de jeûner est nécessaire ; toutefois, si le jeûne constitue un tel idéal, pourquoi le Talmud accorde-t-il une si grande importance au festin précédant l'abstinence ?
Le jeûne et le festin constituent les deux faces d'une même réalité
En vérité, d'un point de vue spirituel, le jeûne et le festin représentent les deux versants d'une entité unique.
Et puisque le festin précède le jeûne, analysons d'abord la dynamique du festin, selon une perspective spirituelle.
En apparence, il semblerait que le festin constitue l'état d'existence le plus « normal ». Après tout, l'être humain ne saurait survivre sans se nourrir. Une réflexion plus approfondie révèle toutefois que l'intégralité du processus de l'alimentation contredit la logique élémentaire. Comment se fait-il qu'un être humain, forme suprême de la création, nécessite d'être nourri par la consommation d'autres formes de vie inférieures, telles que les animaux, les plantes et même les minéraux ?
Cache-cache
Afin d'apporter une réponse, il convient de s’interroger sur les raisons de notre présence ici-bas. Pour quelle raison D.ieu nous a-t-Il créés ? Quelles sont Ses attentes à notre égard ?
La résolution de cette question essentielle réside dans le fait que D.ieu a instauré un monde imparfait et déséquilibré, de sorte que nous puissions agir en tant que partenaires de Sa volonté pour le perfectionner et le redresser.
Prenons un exemple : bien que D.ieu fournisse une part conséquente de la matière première nécessaire à notre existence, seuls les êtres humains possèdent la capacité de la transformer en ressources utiles.
Un autre exemple, plus immédiat : toute entité est dotée d'une énergie spirituelle. Néanmoins, D.ieu a délibérément caché une part importante de cette énergie afin que nous, êtres humains, en faisant usage de notre intelligence et de notre libre arbitre pour accomplir le bien, puissions découvrir cette énergie et la libérer.
Où D.ieu dissimule-t-Il cette énergie spirituelle ? Dans des strates d'existence inférieures à celle de l'être humain. En nous soumettant à une dépendance alimentaire, Il nous donne la faculté de « trouver » les « étincelles de sainteté » dissimulées au sein de la nourriture.
Accéder à l'énergie
Comment parvenons-nous à accéder à cette énergie ?
En se conformant aux prescriptions divines relatives aux lois de l'alimentation (notamment par l'observation de la Cacherout, la récitation d'une bénédiction avant de manger, ou encore en utilisant l'énergie issue de la nutrition à des finalités vertueuses, etc.), nous restaurons l'énergie divine cachée et la ramenons là où elle appartient : dans la sphère humaine, évitant ainsi qu'elle ne demeure « confinée » au sein du végétal ou de l'animal, lesquels sont dépourvus de la capacité d'exploiter cette énergie positive.
Dans cette perspective, il est clair que l'acte de se nourrir dépasse, et de loin, la simple fonction biologique ; il constitue, un processus visant à inverser le déséquilibre instauré par D.ieu dans ce monde.
Rétablir le déséquilibre
Il devient, dès lors, possible de comprendre la raison pour laquelle est prescrit l'accomplissement de la Mitsva consistant à festoyer la veille de Yom Kippour. À Yom Kippour il s’agit de restaurer le déséquilibre dans nos propres existences.
D.ieu nous a dotés d'une multitude de talents, d'énergie et de capacités.
Néanmoins, il arrive fréquemment que nous détournons ces ressources à des fins inappropriées. Ou bien encore, par moments, nous négligeons tout à fait de les mettre à profit.
Un moyen pour stimuler la réorientation de ces énergies égarées réside dans la pratique de l'alimentation en prélude au jeûne de Yom Kippour. Ce festin pré-Yom Kippour sert à provoquer la libération de l'énergie divine qui avait été mal orientée, nous préparant ainsi à rediriger l'ensemble de nos énergies positives.
Une fois nos énergies rétablies là où elles appartiennent, nous pouvons franchir l'étape suivante : Yom Kippour. Après avoir restauré l'équilibre de nos âmes et, par extension, de notre monde, nous nous saisissons de cette énergie ainsi transformée pour nous élever vers des dimensions supérieures : nous devenons semblables aux anges. Il ne nous est plus nécessaire de puiser notre subsistance auprès de sources « extérieures » ; nous sommes alors en mesure de subsister grâce à l'énergie que nous avons réintégrée en nous-mêmes.
Yom Kippour constitue par conséquent le moment durant lequel nous devenons capables de vivre dans un monde idéal, où la recherche d'une nourriture spirituelle extérieure à nous-mêmes s'avère superflue ; nous tirons l'intégralité de la subsistance requise de notre propre existence spirituelle.
Évocation du Monde Futur
Yom Kippour est par conséquent analogue à la description formulée par nos Sages de l'étape ultime du Monde Futur, « où il n'y a ni nourriture ni boisson ». À cette époque spirituelle, la nécessité de se nourrir et de s'hydrater s'avérera inexistante, dans la mesure où nous n’aurons plus besoin de rectifier ni d’inverser les déséquilibres de la nature. Notre attention sera intégralement consacrée à la subsistance par la Divinité contenue en nous-mêmes. Bien que cela soit actuellement hors de notre portée, Yom Kippour nous offre une journée nous permettant d’accéder à un « avant-goût » de l'avenir.
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- Publication : 14 septembre 2026

