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" Car cette loi est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu l'accomplisses "

C'est sur ce célèbre verset du Deutéronome que se fonde le Tanya.

L'Ecriture dit clairement ici que le respect des commandements divins est chose aisée (" très proche ") et qu'il s'effectue par trois canaux : la pensée (ton cœur), la parole (ta bouche) et l'action (que tu l'accomplisses).

A un second niveau " ton cœur " fait référence aux émotions, l'amour et la crainte de D. que le cœur expérimente lorsque est accompli un commandement positif (pour la première),ou respecté un interdit pour la seconde. C'est donc ces deux émotions qui constituent cette " chose très proche ".

Cela, pourtant , va-t-il de soi ? La Guémara n'interroge-t-elle pas : " la crainte de D. est-elle une petite chose ? ". Rabbi Schnéour Zalman veut mettre à jour les deux chemins par lesquels parvenir à la crainte et à l'amour. Proches tous les deux, l'un cependant est " long " (il consiste en une profonde méditation), l'autre est " court " (plutôt que de créer ces sentiments par la méditation, il s'agit de les révéler, de les " dévoiler " en tant qu'ils sont partie intégrante de chaque âme juive. Telle est la démarche première du Tanya que, dans son humilité, Rabbi Schnéour Zalman en réalité a simplement appelé Likoutei Amarim (Recueil de Commentaires), Tanya étant le premier mot par lequel commence ce " recueil " imprimé pour la première fois en 1796.

28 Kislev 5779 / 12.06.2018


Likoutei Amarim
Chapitre 32
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וגם המקורבים אליו, והוכיחם ולא שבו מעונותיהם, שמצוה לשנאותם, מצוה לאהבם גם כן

Et même ceux qui sont proches de soi, que l’on a déjà réprimandé pour leur mauvaise conduite et qui ne se sont pas repentis pour leurs fautes, qu’il est comme on l’a dit un devoir de haïr, cela ne signifie pas pour autant qu’ils ne sont pas visés par le commandement de l’amour du prochain ; au contraire, c’est un devoir de les aimer également.

Mais comment, à l’égard d’une seule et même personne, des sentiments d’amour et de haine peuvent-ils cohabiter ? Il est expliqué ici que ces deux sentiments, résultant de deux causes différentes, ne sont pas incompatibles.

ושתיהן הן אמת: שנאה מצד הרע שבהם, ואהבה מצד בחינת הטוב שגנוז שבהם, שהוא ניצוץ אלקות שבתוכם, המחיה נפשם האלקית

Et tous deux (l’amour et la haine) sont vrais : la haine au regard du mal qui est en eux, et l’amour au regard du bien (qui existe en chacun, mais qui est) enfoui en eux, c’est-à-dire l’étincelle divine qui est à l’intérieur d’eux, qui anime leur âme divine. Cette étincelle divine, présente même chez le plus grand pécheur, est simplement dissimulée.

Confronté toutefois à cette dualité des sentiments, haine et amour, quel sentiment éprouver, quelle attitude adopter envers l’individu concret qui est un tout ?

Le texte va donc préciser que la relation à autrui doit être empreinte d’amour : la compassion éveillée à son égard permettra à l’amour de prendre le dessus dans la relation instaurée. Ainsi, devant l’opportunité de lui rendre service, on accédera à sa demande, car elle concerne l’individu dans son ensemble alors que la haine qui pourrait être nourrie le concernant viserait uniquement le mal qu’il renferme.

וגם לעורר רחמים בלבו עליה,

Et [il appartient] aussi d’éveiller la compassion en son cœur sur [l’âme divine du pécheur],

כי היא בבחינת גלות בתוך הרע מסטרא אחרא הגובר עליה ברשעים

car elle se trouve en état d’exil à l’intérieur du mal de la sitra a’hara, qui prend le dessus sur [l’âme divine] chez les réchaïm.

והרחמנות מבטלת השנאה ומעוררת האהבה, כנודע ממה שכתוב: ליעקב אשר פדה את אברהם

Et la compassion efface la haine et éveille l’amour – comme on le sait de ce qui est écrit : « Jacob, qui a racheté Abraham ».

Au plan spirituel, quand l’attribut d’amour et de bonté personnifié par Abraham est voilé, sa libération est accomplie par l’attribut de compassion personnifié par Jacob ; et, comme il a été expliqué, la compassion efface la haine et éveille l’amour.

[ולא אמר דוד המלך עליו השלום: תכלית שנאה שנאתים וגו׳,

(Et ce que le Roi David, que son âme repose en paix, a dit : « Je les hais d’une haine absolue, etc. » sans le moindre sentiment d’amour à leur égard,

אלא על המינים והאפיקורסים שאין להם חלק באלקי ישראל כדאיתא בגמרא, ריש פרק ט״ז דשבת].

ne portait que sur les hérétiques qui n’ont pas de part dans le D.ieu d’Israël, comme le dit le Talmud, au début du Chapitre seize [du traité] Chabbat.)

Comme ces derniers n’ont pas de part dans le D.ieu d’Israël, l’amour fraternel qui unit les âmes au regard de leur source divine commune n’a plus lieu d’être à leur égard.

En revanche, le pécheur qui n’appartient pas à cette catégorie restrictivement définie ne saurait susciter cette haine entière car, en tout état de cause, demeure à son égard le devoir d’amour du prochain.