Lettre n° 9700

Par la grâce de D.ieu,


24 Sivan 5729,


Brooklyn,


A madame Chifra Yehoudit Morosov¹,


Je vous bénis et vous salue,


J’ai lu votre lettre avec beaucoup d’étonnement et également avec de la peine. Vous me décrivez le manque de coordination entre les participants aux saintes activités des jeunes de l’association ’Habad, en général, à la campagne envers les veuves et les orphelins², auxquels D.ieu accordera de longs jours et de bonnes années, en particulier. Vous envisagez donc de réduire votre propre participation à ces activités ou même, selon votre expression, d’interrompre votre action.


Il va sans dire qu’il n’en est pas question car, lorsqu’une action est désordonnée, il faut s’efforcer de la réparer, complètement ou, au moins, dans toute la mesure du possible, mais non de la faire disparaître, ce qu’à D.ieu ne plaise. S’il en est ainsi dans tous les domaines, combien plus est-ce le cas pour ce qui concerne le plus grand nombre, d’autant qu’en l’occurrence, ce nombre est constitué de veuves et d’orphelins. Il est inutile d’en dire plus, car tout cela est parfaitement évident.


Le constat, en observant une telle situation est, bien au contraire, la nécessité de redoubler d’ardeur, sans tenir compte des difficultés, en trouvant les moyens de les surmonter, de le faire, en outre, d’une manière agréable et pacifique. De fait, il a déjà été dit que : « le salut émane des nombreux conseillers »³.


Vous me dites qu’il y a des personnes avec lesquelles il est agréable de travailler et d’autres avec lesquelles ce n’est pas le cas. Je ne soupçonne pas que ce soit ces relations désagréables qui vous conduisent à réduire votre action. En revanche, je me demande s’il n’y a pas quelqu’un qui vous incite à le faire et qui se sert de vous dans la dispute qui l’oppose à telle ou à telle autre personne. Si cette crainte s’avère fondée, c’est une preuve de plus que vous devez poursuivre votre action et l’intensifier, car quiconque s’efforce de multiplier les disputes en Israël et sépare les cœurs va à l’encontre de la conception de ’Habad, en particulier, à l’encontre de l’idée de notre Torah, dont « les voies sont des voies agréables et pacifiques »⁴, en général.


Vous me dites que les invitations sont envoyées d’une manière désordonnée⁵. Ce point est uniquement technique. Tout au plus, il entraîne des dépenses qui ne sont pas importantes. Il ne fait pas de doute que vous pourrez vous concerter et, s’il reste un point qui n’a pas été éclairci, peut-être serait-il bon d’écrire⁶, officiellement, en précisant qu’une copie du courrier m’est adressée.


J’ajoute le point suivant, même si je ne sais pas dans quelle mesure il est lié à ce qui fait l’objet de notre propos. Chaque Juif possède à la fois des qualités et des défauts, car seul le Saint béni soit-Il est parfait. Chacun reçoit donc une mission qu’il est en mesure d’assumer et qui le concerne personnellement, alors que d’autres tâches ne le concernent pas du tout. Pour un autre, ce sera l’inverse. La première mission ne sera pas du tout pour lui, alors qu’il pourra assumer la seconde.


En conséquence, lorsque ces deux personnes doivent travailler ensemble, il est clair que leur association est fructueuse uniquement dans la mesure où le premier assume la première mission et le deuxième, la seconde, mais non quand l’un empiète sur le domaine de l’autre, surtout quand il s’agit de diriger une action aux multiples aspects, comme celle des jeunes de l’association ’Habad.


Quelqu’un peut être capable de prendre de larges initiatives, de connaître un grand essor, d’être empli d’empressement. Il faut alors le mettre à contribution dans des domaines qui requièrent de telles qualités. Celui qui est ordonné, constant, réfléchi, sait anticiper les recettes et les dépenses. Il obtient des réactions concrètes de la part du public et il est en mesure de diriger l’action, en général. Lorsque les dépenses sont sans aucune commune mesure avec les recettes, que les dettes s’accroissent sans cesse, on comprend ce qui en résulte. Ceci peut remettre en cause toute l’action, toutes les actions et même tout ce qui concerne ’Habad, en général.


Je ne veux pas en dire plus sur tout cela car, comme je l’ai indiqué, ce point ne concerne pas du tout ce qui fait l’objet de notre propos, puisqu’en tout état de cause, vous devez poursuivre la mission sacrée à laquelle vous vous êtes engagée, celle d’encourager les veuves et les orphelins avec la chaleur et la lumière ’hassidiques, puis d’étendre votre activité, de temps à autre. De fait, vous avez déjà connu le succès, en la matière. Si vous intensifiez votre action, vous augmenterez donc votre réussite. Quant aux difficultés, aux désagréments et à tout le reste, ils émanent, pour la plupart, des défis de ceux qui souhaitent multiplier les disputes. Quant aux autres, il est sûrement possible de les surmonter totalement ou, tout au moins, pour la plus large part. Et, s’il reste encore un motif de désordre, la pratique a montré que tout ce qui est bon et saint impose des difficultés et des désagréments.


Je vous adresse la présente en express afin que vous intensifiiez vos activités au plus vite, dans la joie et l’enthousiasme. Que D.ieu vous accorde le succès. Avec ma bénédiction,


Notes


¹ Voir, à son sujet les lettres n°9414 et 9872.


² Des guerres d’Israël. La destinataire de la présente est elle-même une veuve de la guerre des six jours.


³ Michlé 11, 14 et 24, 6.


⁴ Michlé 3, 17.


⁵ Pour la Bar Mitsva des orphelins de guerre.


⁶ A la direction des jeunes de l’association ’Habad.


Iguerot Kodech — Correspondances du Rabbi de Loubavitch