Lettre n° 9678
Par la grâce de D.ieu,
3 Iyar 5729,
Brooklyn, New York,
Au grand Rav, distingué ’Hassid qui craint D.ieu, aux multiples accomplissements, le Rav Chmouel Touvéa Stern¹,
Je vous salue et vous bénis,
J’ai bien reçu votre lettre² du 14 du compte des enfants d’Israël³. J’espère que l’on publiera un résumé des propos qui ont été tenus, le dernier jour de Pessa’h, à propos de l’abandon des quartiers juifs⁴, dans le Pardès⁵. Néanmoins, afin d’accéder à votre requête, je vous en joins la copie. De fait, les références dans le Choul’han Arou’h que vous citez à la fin de votre lettre y figurent également.
Pour des raisons bien évidentes, on n’a pas introduit, dans ce résumé, des expressions décrivant la situation surprenante, douloureuse et effroyable qui consiste à vendre des maisons de ces quartiers⁶, dans le but de s’installer ailleurs. Il y avait également une autre raison à cela. J’ai espéré que les Rabbanim des Etats-Unis, enseignant la Loi à Israël, soutiendraient fermement tout ce qui concerne nos frères, les enfants d’Israël, en particulier dans un domaine aussi important, qu’ils lanceraient donc un appel vigoureux, à la mesure de cette importance et avec une large diffusion, ainsi qu’il est dit : « Ne craignez aucun homme »⁸, de sorte que le mérite de ce qui est public leur vienne en aide.
Il est un autre point dont j’ai également fait mention, lors de la réunion ’hassidique, mais qui n’apparaît pas non plus dans la note, pour des raisons tout aussi évidentes. On quitte ces quartiers pour en gagner d’autres et une telle fuite est contraire à la Hala’ha. Elle a malheureusement pour effet de renforcer précisément ce qui est à l’origine de cette fuite, c’est-à-dire un danger pour le nouveau quartier, celui dans lequel on s’installe. En effet, on donne l’exemple aux Juifs de cet endroit en leur suggérant ce qui va à l’encontre des enseignements de notre Torah, Torah de vérité, ce qu’à D.ieu ne plaise. Comme je l’ai maintes fois souligné, D.ieu a eu pitié de cette génération orpheline, celle du « talon du Machia’h ». Il a donc permis que l’on observe plusieurs points de la Torah, d’une manière évidente et selon les voies naturelles. Et, c’est bien le cas en l’occurrence. Quand un non-Juif passe dans la rue et rencontre ce Juif, fraîchement installé dans le quartier, il lui demandera d’où il vient et pourquoi il a déménagé. Ce dernier lui racontera donc ce qui s’est passé et l’homme en déduira comment imiter le comportement des ennemis d’Israël, parvenus à renvoyer ce Juif de l’endroit où il se trouvait au préalable.
Il est curieux de constater que, précisément dans ces pays d’opulence où les Juifs auraient dû marquer plus fermement leur position et ne pas s’affecter devant ceux qui se moquent d’eux, même s’ils sont « la minorité d’entre les nations », ceux-ci ont un profond sentiment d’infériorité face à un petit non-Juif ou, a fortiori, à celui qui n’est pas petit. Ils se soumettent donc à lui et l’une des manifestations de cet effroyable sentiment d’infériorité est la fuite, ce qu’à D.ieu ne plaise. On s’efforce de mettre en pratique les termes du verset : « Soyons comme tous les peuples » et l’on adopte même le comportement inqualifiable que nos Sages décrivent en quelques mots : « Ils ont profité du festin de cet impie » en estimant qu’il était un honneur de recevoir une invitation émanant d’un impie.
Il en résulte ce comportement curieux, que l’on observe aux Etats-Unis. Chaque célébration à laquelle un non-Juif n’a pas pris place à la table centrale n’est pas digne de ce nom. Combien plus est-ce le cas, si l’on doit, au cours de cette célébration, distribuer des distinctions. En pareil cas, on comprend qui reçoit, tout naturellement, la première de ces distinctions. Point n’est besoin d’en dire plus, tant cela est douloureux.
Nous nous trouvons dans les jours qui séparent le temps de notre liberté du don de la Torah¹⁴ et puisse donc D.ieu faire que chacun d’entre nous connaisse la réussite, au sein de tout Israël, qu’il se libère de l’exil et du joug qu’il exerce sur sa vie profonde. Bien entendu, mon propos n’est pas, ce qu’à D.ieu ne plaise, d’aller à l’encontre de l’Interdiction faite par nos Sages de « monter et dresser une muraille »¹⁶, ni même de défier un petit non-Juif¹⁷. Pour autant, cela ne justifie en aucune façon les comportements décrits ci-dessus. Chaque jour, on redoublera d’ardeur dans le but de recevoir la Torah et ses Mitsvot, comme le rapportent le Midrash et le Ran à la fin du traité Pessa’him, à propos de la Mitsva de compter l’Omer.
Je vous adresse mes respects et ma bénédiction afin de donner de bonnes nouvelles, en général et dans ce domaine, en particulier. Vous me direz que vous vous servez de votre influence, en tout endroit où celle-ci parvient, dans le but de contenir ce manquement et de le faire disparaître, avec succès.

