Lettre n° 9889

Par la grâce de D.ieu, 25 Nissan 5730, Brooklyn, New York,


A monsieur Oury Tsvi Greenberg¹,


Je vous salue et vous bénis,


Je n’ai pas eu de vos nouvelles depuis bien longtemps, même si, bien évidemment, je m’en enquère, en particulier auprès de notre ami, monsieur Hillel Zeidman, qui m’a transmis aussi, notamment ces derniers jours, que votre fils se trouve encore dans Tsahal, dans le bataillon des parachutistes². Puisse D.ieu faire que s’accomplisse en lui, comme en tous les soldats juifs, les termes du verset qui dit clairement : « Ton campement sera saint, on ne verra pas en ton sein de nudité… car l’Eternel ton D.ieu va et vient dans ton campement, afin de te sauver et de placer tes ennemis devant toi » (Ki Tetsé 23, 15, dans un ordre différent).


Je vous prie de m’excuser pour ce qui va suivre. Néanmoins, il me semble que je n’ai pas le choix et que je dois vous l’écrire. Vous connaissez tous les détails du problème posé par la loi : « qui est Juif ? »³, de même que la suite des événements. A quelqu’un comme vous, il est sûrement inutile d’expliquer longuement la gravité de tout cela, surtout dans le contexte actuel. Le sérieux de cette situation rend chacun responsable et même : « le faible dira : je suis fort »⁴. A fortiori doit le faire celui qui est fort, en particulier quand il exerce son influence auprès des autres. Celui-là doit exprimer son avis, avec des termes tranchés, en décrivant le problème dans toute sa gravité, son sérieux et son caractère fondamental. A notre époque, en cette génération orpheline de l’époque du talon du Machia’h, lorsque la pénombre est intense et multiple, une telle description doit immédiatement être suivie par une conclusion. Il est impossible de résoudre le problème autrement qu’en indiquant clairement et en soulignant, dans la formulation de la loi, que ceci doit être « conforme à la Hala’ha »⁵. Tous savent, en effet, que l’on s’est demandé si cette précision devait être prise en compte, puis qu’elle a été écartée dans le but d’éviter une soi-disant « dictature » de la Hala’ha. Vous devez comprendre ce que je veux dire.


J’ai traité de ce sujet à différentes occasions⁶ et j’espère que vous avez eu au moins des échos de mes propos. Comme je l’ai dit, il est inutile d’expliquer tout cela à quelqu’un comme vous, mais, en quelques mots et d’une manière synthétique, l’idée est la suivante. La loi, telle qu’elle est formulée actuellement, ouvre une porte, ou même une large brèche, sans la moindre limite, qui veut dire, puisse D.ieu nous en préserver et faire qu’il n’en soit pas ainsi, que l’on annonce publiquement, au nom de notre peuple, Israël, résidant en Erets Israël, que ce pays est désormais abandonné et livré, ce qu’à D.ieu ne plaise, à tous les peuples du monde qui voudraient venir le prendre, ce qui va à l’encontre de la Torah d’Israël !


Si vous avez déjà fait une intervention, à ce propos, j’ai bon espoir que vous ne vous en contenterez pas, mais que vous accomplirez l’Injonction de nos Sages, dont la mémoire est une bénédiction, selon laquelle : « Tu formuleras des reproches⁷, cent fois s’il le faut⁸ ». Et, le chiffre cent n’est pas ici une exagération. Comme elle le souligne à différentes références, notre Torah, Torah de vérité, nous enseigne ce qu’il faut penser, en la matière et elle nous indique que, si l’on a fait quatre-vingt-dix-neuf reproches, sans obtenir de résultat, ce qu’à D.ieu ne plaise, on est encore astreint à la pratique de cette Mitsva et l’on doit donc formuler un centième reproche, avec autant de vigueur⁹. Bien plus, au final, le cœur d’Israël est en éveil et il est donc certain qu’il sera inutile de formuler ce reproche de nombreuses fois, ce qu’à D.ieu ne plaise. Pour que l’on puisse admettre un tel reproche, il est nécessaire de prononcer ces paroles, avec la détermination qui convient et ne pas se ranger à l’avis de ceux qui incitent, qui tentent de convaincre et qui, au final, détournent en affirmant que tout cela est : « si tu veux recevoir beaucoup, tu ne recevras rien du tout »¹⁰.


Je vous transmets mes salutations et j’espère que votre épouse va bien, puisqu’il est permis de demander de ses nouvelles à son mari¹¹. J’espère que vous passerez l’été en bonne santé, dans la joie, à la fois matérielle et spirituelle, de même que dans l’honneur. J’attends de vos bonnes nouvelles,


M. Schneerson,


N. B. : Je vous adresse la présente en express, car un nouvel « argument » a été avancé, dans cette question : il doit y avoir, en la matière, un statu quo. En effet, plusieurs semaines sont passées et nul ne dit rien. Ma réponse a été que la Torah impose un statu quo depuis trois millénaires et demi, mais l’on m’a dit que l’on vit, D.ieu merci, dans les temps modernes et que « le vieux doit être remplacé par le nouveau »¹². Il n’est pas nécessaire d’en dire plus, car tout cela n’est pas pour le bien d’Israël, ni à son honneur.




¹ Voir, à son sujet, la lettre n°9723 et les références indiquées.


² Voir, à ce sujet, la lettre n°9722.


³ Le 11 Adar 5730, la loi israélienne du retour a été amendée afin de préciser qu’« est juif celui qui est né d’une mère juive ou bien qui s’est converti », sans indiquer que cette conversion doit être conforme à la Hala’ha.


⁴ Yoël 4, 10.


⁵ Le Rabbi souligne le mot : « Hala’ha ».


⁶ Voir, notamment, la causerie de Pourim 5730, dans le Likouteï Si’hot, tome 21, à partir de la page 404.


⁷ Kedochim 19, 17.


⁸ Traité Baba Metsya 31a. On verra aussi la lettre n°9979.


⁹ Que le premier.


¹⁰ Selon l’expression du traité Roch Hachana 4b.


¹¹ D’après le traité Baba Metsya 87a et Choul’han Arou’h, Even Ha Ezer, chapitre 21, au paragraphe 6.


¹² Selon les termes du verset Be’houkotaï 26, 10.