Lettre n'' 9878

Par la grâce de D.ieu, 11 Nissan 5730, Brooklyn, New York,


Aux fils et filles d’Israël, en tout endroit, que D.ieu vous accorde longue vie¹,


Je vous salue et vous bénis,


Nos fêtes, comme tout ce qui est partie intégrante de la Torah et des Mitsvot, ont des aspects généraux, communs et d’autres qui leur sont spécifiques, particuliers. Le contenu riche et varié de ces fêtes permet de sélectionner certains points, pouvant délivrer un enseignement adapté et une leçon, en des situations spécifiques, à un certain moment et dans un certain lieu.


Bien entendu, c’est le cas également de Pessa’h, ou même d’une manière encore plus claire et plus affirmée, si l’on tient compte du fait qu’il s’agit de la première fête, de la « tête » de toutes les fêtes². Car, la sortie d’Egypte correspond à la naissance³ du peuple juif.


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On peut voir l’importance de Pessa’h également dans le fait qu’il s’agit d’une des deux Injonctions⁴, il n’en est pas d’autres, dont la transgression est punie par le retranchement de l’âme⁵, ce qu’à D.ieu ne plaise. Ces deux Mitsvot sont la circoncision⁶ et le sacrifice de Pessa’h⁶. L’une et l’autre sont intimement liées, puisque quelqu’un qui n’est pas circoncis ne peut pas offrir le sacrifice de Pessa’h⁷. En outre, la plus grave des deux est celle de Pessa’h, puisque l’obligation de se circoncire est maintenue par la suite⁸, alors que le sacrifice de Pessa’h ne peut être offert qu’au moment fixé, mais non plus par la suite.


En outre, par un certain aspect, le sacrifice de Pessa’h se démarque totalement des autres Mitsvot, y compris des sacrifices. En effet, non seulement le père doit être circoncis, mais ses fils⁹ doivent l’être également. S’il a un fils¹⁰ qui n’est pas circoncis, qui n’a pas contracté l’alliance éternelle avec D.ieu, le père lui-même est dans l’impossibilité d’apporter¹¹ ce sacrifice de Pessa’h¹² !


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Certes, les sacrifices, y compris celui de Pessa’h, étaient offerts uniquement à l’époque du Temple¹³ et ils seront rétablis lorsque celui-ci sera reconstruit, avec la venue de notre juste Machia’h¹⁴. Toutefois, on sait que toutes⁶ les idées de la Torah, qui est éternelle, contiennent des enseignements, clairs et pratiques, pour l’existence quotidienne⁶, à toutes les époques et dans tous les endroits.


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La fête de Pessa’h, qui porte ce nom du fait du sacrifice de Pessa’h⁶, souligne l’immense importance de l’éducation des enfants juifs. Celle-ci est l’un des aspects fondamentaux de tout le Séder de cette fête, comme l’indique la Haggadah : « l’enfant pose ici une question », « la Torah parle de quatre⁶ fils », « et, tu diras à ton fils ».


Néanmoins, le sacrifice de Pessa’h⁶ souligne d’une manière particulièrement claire l’immense impact que peut avoir cette éducation, non seulement pour les enfants eux-mêmes, mais aussi pour leurs parents. Si ces derniers ne se sont pas acquittés de leurs obligations envers leurs enfants, s’ils ne leur ont pas fait contracter une alliance éternelle avec D.ieu, de sorte que celle-ci soit gravée non seulement en leur âme, mais aussi en leur corps, « Mon alliance sera inscrite dans votre chair⁶, comme une alliance éternelle »²⁰, ils privent ces enfants, ce qu’à D.ieu ne plaise, de cette alliance éternelle avec D.ieu et des bénédictions qui en découlent, y compris du sacrifice de Pessa’h et, bien plus, ils perdent eux-mêmes la possibilité d’offrir ce sacrifice de Pessa’h, avec son contenu et les bénédictions qu’il apporte.


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Lorsque les enfants d’Israël se trouvaient en Egypte, le sacrifice de Pessa’h fit en sorte que la destruction, l’épidémie, ne pénètre pas dans les maisons juives pour y faire des victimes²². Il a protégé, notamment, les aînés.


De nos jours, les Juifs sont en exil en tout endroit⁶, un exil matériel, mais aussi un exil moral. Quelques parents n’ont donc pas effectué le sacrifice de Pessa’h, en fonction du contenu que lui donne la Torah : « Retirez et prenez pour vous un agneau », « Retirez vos mains de l’idolâtrie », des idéaux et « consacrez-vous aux Mitsvot »²³. Or, la destruction trouve une porte ouverte vers de telles maisons et elle écarte du droit chemin, ce qu’à D.ieu ne plaise, sans distinguer les aînés des autres, les garçons des filles. Cette épidémie s’est malheureusement répandue dans de nombreux foyers juifs.


Voici donc ce qu’il faut déduire du fait qu’une partie des parents n’ont pas encore abandonné ces idéaux fallacieux, étrangers au Judaïsme véritable. Certains mettent eux-mêmes en pratique les termes du verset : « Retirez et prenez », mais ils rejettent, en revanche, le joug et la responsabilité de faire en sorte que leurs enfants, depuis leur plus jeune âge, soient éduqués selon la voie d’un Judaïsme véritable, la voie de la Torah et des Mitsvot. A l’heure actuelle, il n’est pas nécessaire de chercher très loin les conséquences terribles et tragiques d’une telle conception, conséquences non seulement pour les enfants qui ont été égarés, mais aussi pour les parents, qui les ont égarés.


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La fête de Pessa’h et, en particulier, le sacrifice de Pessa’h soulignent, de la manière la plus claire, que les Juifs, s’ils veulent profiter, avec leurs enfants, du fait que D.ieu « saute au-dessus de vous » et, plus généralement, du « temps de notre liberté », afin de se libérer de tous les événements malencontreux et regrettables, des événements intérieurs, que l’on subit naturellement et, plus encore des influences dommageables de l’extérieur, à une époque en laquelle la destruction guette dans la rue et même dans les institutions éducatives, peuvent y parvenir uniquement en se défaisant de toutes les formes de cette « idolâtrie », en s’attachant au Judaïsme véritable et en donnant à leurs enfants une bonne éducation, fidèle à la Torah, depuis leur plus jeune âge.


De la sorte, tout ceci sera gravé⁶, dans leur corps et dans leur âme, par la pratique de la Torah et des Mitsvot, dans l’existence quotidienne⁶, en l’action concrète⁶. Dès lors, on pourra espérer, ou même être certain que les parents et les enfants, tous les enfants⁶, se réuniront à la table du Séder, afin de célébrer Pessa’h, la fête du temps de notre liberté, la libération dans tous les domaines.


Tout ceci rapprochera et hâtera la liberté véritable, la délivrance véritable et complète, par notre juste Machia’h. Avec ma bénédiction pour une fête de Pessa’h cachère et joyeuse, de même que pour une liberté véritable,


Mena’hem Schneerson,




¹ Voir la Haggadah de Pessa’h avec un recueil d’explications et de coutumes, tome 2, à la page 626.


² Le Rabbi note : « Traité Roch Hachana 4a. Commentaire de la Michna et Réchit ’Ho’hma. »


³ Le Rabbi note : « Yé’hezkel 16. »


⁴ Le Rabbi note : « Début du traité Kritout. »


⁵ Le Rabbi note : « On verra le commentaire de nos Sages sur le verset Yé’hezkel 16, 6 : ‘Vis par ton sang, Vis par ton sang’. » Le Rabbi souligne ici les deux verbes : « Vis…Vis ».


⁶ Le Rabbi souligne les mots : « circoncision », « sacrifice de Pessa’h », « toutes », « quatre », « votre chair », « en tout endroit », « gravé », « existence quotidienne », « action concrète » et « tous les enfants ».


⁷ Le Rabbi note : « Bo 12, 48. »


⁸ Le Rabbi note : « Néanmoins, chaque jour qui passe, il transgresse une Injonction. »


⁹ Le Rabbi note : « Le traité Yebamot 70b dit que la circoncision de ses garçons et de ses serviteurs fait obstacle. »


¹⁰ Le Rabbi note : « La fille est considérée comme si elle avait reçu la circoncision, selon le traité Avoda Zara 27a. »


¹¹ Le Rabbi note : « Est-on puni de retranchement de l’âme pour ne pas les avoir circoncis ? »


¹² Des questions-réponses détaillées du Rabbi sur la Hala’ha de cette lettre figurent dans les notes de l’original.


¹³ Le Rabbi note : « On connaît la discussion, à ce sujet, depuis le Kaftor Va Péra’h, au chapitre 6. »


¹⁴ Le Rabbi note : « Rambam, lois des rois, fin du chapitre 11. »


²⁰ Le’h Le’ha 17, 13.


²² Bo 12, 13.


²³ Le Rabbi note : « Bo 12, 21 et commentaire du Me’hilta. »