Lettre n'' 9862
Par la grâce de D.ieu, 24 Adar Richon 5730, Brooklyn, New York,
Au distingué ’Hassid qui craint D.ieu et se consacre aux besoins communautaires, le Rav Adin Steinzalts¹,
Je vous salue et vous bénis,
Je vous remercie de votre compte-rendu, bien qu’il ait été extrêmement concis, sur la manière dont vous avez brièvement transmis mes salutations² et, plus généralement, raconté votre visite ici. Le moment venu, vous me décrirez sûrement la transmission du discours ’hassidique du Tséma’h Tsédek et vous me direz quelle décision a été prise, au final, pour l’avenir du cercle d’étude. En effet, vous aviez des craintes et des doutes, en la matière.
Vous m’interrogez sur votre participation à un débat³ ou à un échange sur le christianisme. Si l’on tient compte de la confusion des esprits, de la perte effarante de toutes les valeurs, à notre époque, j’émettrai un avis totalement négatif, sur ce point.
Je m’explique. Même si l’on admet que la participation à cette rencontre ne présente pas le moindre risque, quelles que soient, en pareil cas, l’intention des participants et encore moins celle de l’orateur, peu importe. C’est, en fait, uniquement de celle du public, qui entendra parler de cette réunion, que l’on doit tenir compte. Or, cette réaction sera immédiate, comme on a pu l’observer concrètement aux Etats-Unis et « la terre a un même Maître »⁴. Il en déduira qu’il est bon et judicieux d’organiser de telles rencontres. Selon les termes de Daniel, « les choses se clarifieront, seront perçues et associées »⁵, sans tenir le moindre compte de la suite de ce même verset : « les impies resteront mauvais et tous les méchants ne sauront pas, alors que ceux qui sont avisés comprendront ». Vous devez comprendre ce que je veux dire.
Comme conséquence immédiate de cela, chacun se dira qu’il est apte à jouer le même rôle, à méditer à ces sujets, à en débattre et même à statuer. Car, la porte est ouverte. Bien plus, ce n’est pas une simple porte, mais une brèche béante, selon les deux significations de ce terme⁶. Tout d’abord, celui qui se consacre à cela transgresse une Interdiction clairement énoncée par la Torah, selon le Rambam, dans ses lois de l’idolâtrie, chapitre 2, au paragraphe 2. En outre, comme j’ai pu l’observer et le constater, le fait de traiter de cela dans les livres et dans les activités entraîne la confusion. Par manque d’information, on adopte des conceptions erronées et condamnables, allant même à l’encontre de la foi. Or, on ne pense pas, on ne ressent pas, non seulement que l’on s’écarte du droit chemin, mais qu’en outre : « vous vous détournerez… »⁷.
Ce qui vient d’être dit serait valable également si ces rencontres et ces débats présentaient un quelconque intérêt. A fortiori est-ce le cas alors que, jusqu’à maintenant, je n’ai pas vu, je n’ai pas trouvé un seul homme ou une seule femme qui, de cette façon, se soient rapprochés des domaines du Judaïsme, de notre Torah et de ses Mitsvot. Vous verrez ce que dit le Rambam, sur ce sujet, à la même référence, au paragraphe 3.
A quelqu’un comme vous, il est sûrement inutile de souligner qu’il s’agit d’un point de la Torah, l’un des trois Préceptes pour lesquels on doit se laisser tuer plutôt que les transgresser⁸. En conséquence, même s’il n’y avait là qu’une forme dérivée, qu’un simple doute, il faudrait, néanmoins, adopter une attitude rigoriste. A plus forte raison doit-il en être ainsi quand on a vu concrètement ce qui a résulté des réunions précédentes. Il n’y a donc plus de doute, en la matière.
Pour qu’il vous soit plus aisé de ne pas apporter votre participation à cela, vous devez savoir et, de fait, vous le savez sûrement, que, malgré toutes les déclarations selon lesquelles ces réunions n’ont pas de vocation prosélyte, la réalité va exactement à l’inverse. La plupart de ceux qui organisent de telles réunions n’ont pas pour objectif de trouver la vérité. Leurs motivations sont toutes autres et, bien souvent, elles vont à l’encontre de la vérité. Néanmoins, il n’y a pas lieu d’évoquer et de parler longuement d’un point qui n’est pas à l’honneur d’Israël.
Il découle de tout ce qui vient d’être dit que, si vous avez également la possibilité d’empêcher d’autres personnes de participer à ces réunions et, bien entendu, de ne pas leur apporter votre propre concours, il serait judicieux de les faire annuler, purement et simplement. Vous en serez béni et le mérite du plus grand nombre en dépend. Car, comme je l’ai dit, ceci remet en cause les fondements même de notre foi.
Vous en déduirez aussi ce qu’est ma position sur la collaboration à des magazines et des mensuels qui sont liés à ces rencontres.
Quant à la question bien connue, que feront ceux qui sont égarés, en notre génération, s’ils n’entendent que les arguments des idolâtres, mais non la voix de ceux qui sont fidèles à la foi d’Israël, la réponse est bien simple. Pour cela, il n’est nul besoin d’organiser des discussions et des rencontres, surtout avec ces personnes, alors que l’on peut se demander si, d’après la Loi de notre Torah, il est permis de les regarder⁹. Il suffit de prévoir des conférences ou bien, selon les termes de la Tradition d’Israël, de commenter les principes de notre foi, ses fondements et ses différents aspects, de bien les expliquer avec la détermination qui siéd à notre Torah, qui est une Torah de vérité et une Torah de vie, affirmant que l’on ne doit pas s’affecter de ceux qui se moquent. Les propos qui émanent du cœur pénètrent dans le cœur et font leur effet¹⁰. Néanmoins, on ne doit pas troubler celui qui les écoute par des entrées en matière inexactes, y compris quand il s’agit de les réfuter par la suite.
Puisse D.ieu faire que vous vous serviez de vos capacités et de vos connaissances d’une manière qui sera réellement bonne, à la fois « bonne pour les cieux et bonne pour les créatures »¹¹, en étant pénétré de la lumière et de la vitalité de la ’Hassidout, qui est appelée « l’arbre de vie », car le mal n’y est pas enchêtré, ce qu’à D.ieu ne plaise. Vous consulterez, à ce sujet, le chapitre 26 d’Iguéret Ha Kodech. Et, vous vous servirez pleinement de vos forces, dans la joie et dans l’enthousiasme. Avec ma bénédiction de réussite, de même que pour me donner de bonnes nouvelles de tout ce qui vient d’être dit,
N. B. : La semaine prochaine¹², le professeur Zeev Green viendra, en visite, en Terre Sainte, puisse-t-elle être restaurée et rebâtie¹³. Il serait bon que vous vous rencontriez et que vous échangiez des propos. Peut-être serait-il judicieux qu’il participe au cours que vous donnez aux scientifiques. Vous pourrez contacter le docteur Green par l’intermédiaire du Rav Ch. Y. Zevin, qui connaît son adresse.
¹ Voir, à son sujet, la lettre n°9583 et les références indiquées.
² Voir, sur ce point, la lettre n°9827 et les références indiquées.
³ Voir, à ce sujet, la lettre n°9796.
⁴ Selon le traité Kiddouchin 27b.
⁵ Daniel 12, 10.
⁶ Une ouverture, mais aussi une remise en cause.
⁷ Ekev 11, 16.
⁸ En l’occurrence, les pratiques idolâtres, selon le traité Sanhédrin 74a.
⁹ En effet, « il est interdit de fixer le visage d’un impie », selon les termes du Sifteï Cohen.
¹⁰ Voir le Séfer Ha Yachar, de Rabbénou Tam, au chapitre 13.
¹¹ Selon l’expression du traité Kiddouchin 40a.
¹² Voir, à ce sujet, la lettre suivante.
¹³ Voir les Iguerot Kodech du Rabbi, tome 24, à la page 87.

