Lettre n° 9716

Par la grâce de D.ieu,


lendemain des jours de la libération, 12 et 13 Tamouz 5729,


Brooklyn, New York,


Au distingué et agréable ’Hassid qui craint D.ieu, élu du peuple, qui le surpasse, recherche le bien de son peuple, a des comportements généreux, est issu d’une illustre famille, le Rav Chnéor Zalman¹ Chlita,


Je vous salue et vous bénis,


Je commencerai, cette fois-ci, par le point le plus pénible². C’est avec le plus grand étonnement, mêlé d’une peine profonde, que j’ai pris connaissance de votre lettre. Il y a, tout d’abord, son contenu, les objections de Satmar et tout le reste³, qui me sont personnellement reprochées : « Pourquoi vous attaquez-vous à Erets Israël, à la Terre Sainte, à l’alliance entre les parts du bélier ? Pourquoi mêlez-vous D.ieu à tout cela ? »⁴. Tous ceux qui ont fait des efforts, en la matière, qui l’ont dirigés ou qui la dirigent, qui parlent en son nom, disent, soulignent, proclament qu’elle est un état fondé en l’année 5708, sur les territoires abandonnés par les Anglais. La Haganah en a chassé les arabes ou bien y a pénétré sans résistance. Les représentants des nations du monde, avec à leur tête les communistes d’Union soviétique, se sont concertés pour l’officialiser, sur un territoire dont une partie est Erets Israël et une autre partie lui est extérieure.


Bien entendu, ma réponse est la suivante : tout cela n’a jamais existé. Il n’y a là rien de nouveau. En 5708⁵, on a libéré une partie d’Erets Israël et, à cette occasion, on a conquis un certain territoire, extérieur à la Terre Sainte que l’on a annexé, de manière accessoire, à ce qui est essentiel, Erets Israël.


On écarte ces propos en prétendant qu’il s’agit d’une idée nouvelle, introduite par mes soins et la preuve en est, c’est que l’on annonce chaque année : « celle-ci est telle année », non pas depuis la libération ou depuis la constitution du gouvernement, mais bien depuis la création « de l’état d’Israël ». Bien entendu, il ne s’agit pas d’un jeu de mots mais du fondement, de l’essentiel de toute cette conception : ce qui a été créé en 5708, avec la volonté ou l’accord des nations du monde, n’a aucune valeur, aucun contenu permettant de répondre aux arguments avancés par les arabes, par le Vatican, par les Nations Unies, par les « canaanéens », déclarés ou cachés, parmi les enfants d’Israël : « Vous êtes des voleurs, car vous avez conquis ces territoires ! »⁶.


Je ne m’illussionne pas au point d’imaginer que des arguments basés sur la justice et la droiture permettraient de l’emporter aux Nations Unies et au Vatican. En revanche, c’est là un élément déterminant pour le moral de la jeunesse, y compris celui de Tsahal, des étudiants aux Etats-Unis et sûrement aussi dans les autres pays.


Autre point, qui est essentiel, la conception selon laquelle on parle d’état d’Israël, fondé avec l’accord des Nations Unies, en 5708 et non des enfants d’Israël qui sont revenus en Erets Israël, la terre de leur héritage depuis l’époque de Yochoua, fils de Noun, un héritage qui n’a pas d’interruption, même s’il a été spolié par la force⁷, cette conception est devenue le fondement, l’essentiel de la vision du monde de ceux qui arrêtent les positions, qui sont les porte-parole, qui décident les actions et les relations avec les autres nations, en général et en particulier. Elle a causé du tort et elle en cause encore. Elle a nuit et elle nuit encore aux intérêts vitaux, y compris ceux de l’état d’Israël. Au final, cette conception a fait des victimes, à proprement parler.


Du fait de ma grande peine, j’ai écrit tout cela et je n’ai encore abordé qu’une très petite partie du sujet, sans citer les faits, pas même les événements nouveaux du quotidien. Pourquoi dois-je vous faire de la peine, à vous également ?


Je n’ai pas imaginé d’emblée que mon propos serait aussi long, mais, l’ayant rédigé, je ne veux pas le raccourcir et vous voudrez bien m’en excuser. Je reprends l’ordre de votre lettre. Vous dites : « permettez-moi d’être ’Habad ». Or, vous étiez ’Habad avant même ma naissance et vous le resterez, avec l’aide de D.ieu, pour de longs jours et de bonnes années.


Le concept d’état est le suivant. Si l’on se réfère à Eilat et à sa région, qui sont extérieurs à la conquête de Yochoua et d’Ezra, pour lui accorder l’indépendance par rapport à Jérusalem et à Erets Israël, en général, on pourra effectivement parler d’état d’Israël.


Pour ce qui est de Jérusalem, en revanche, son nom a déjà été choisi par le Créateur du monde, Qui le dirige. Jusqu’à la conquête⁸ de Yochoua, c’était le pays de Canaan. Par la suite, cela devint Erets Israël⁹. En la matière, il n’y a pas lieu de voter ou d’organiser un référendum.


Bien entendu, je n’ai pas d’opposition au terme « état », y compris pour la majeure partie de ce territoire. Au contraire, d’après la Torah, Erets Israël inclut le Temple et le pays¹⁰, selon les termes des Sages dans leur Michna¹¹, y compris la Judée et la Galilée. Néanmoins, ma lettre se référait à la controverse entre les deux noms et les conceptions qu’ils sous-tendent, comme on l’a dit, Erets Israël et état d’Israël. C’est ce dernier nom qui l’a emporté, mais je précise qu’il en est ainsi uniquement pour l’heure car j’ai l’espoir qu’au final, ce sera la fierté d’Israël qui prendra le dessus chez chaque Juif et l’on proclamera, aux yeux de toutes les nations que ce fut, d’emblée, une erreur, que le nom et le contenu à retenir sont bien Erets Israël.


J’ai écrit, à ce sujet, non pas à une journaliste, mais à celle¹² qui a su organiser une étude de la Torah dans des cercles où cela était, de manière naturelle, très improbable et, à ce propos également, la colère de Satmar se déchaîne contre moi. Cette femme a mené campagne contre l’épidémie des avortements et dans d’autres domaines encore. J’espère qu’elle continuera à le faire.


« J’ai fait le serment d’être fidèle à l’état d’Israël »¹³ : bien entendu, j’en ai conscience et je suis surpris que vous ne vous souveniez pas que, longtemps avant ce serment, je vous avais conseillé de ne pas refuser cette nomination¹⁴. Néanmoins, je suis convaincu que, lorsque vous avez juré et affirmé que vous serez : « fidèle à l’état d’Israël », vous avez clairement pensé à Erets Israël et, en outre, à la Terre Sainte, plus encore au « pays vers lequel toujours sont tournés les yeux de D.ieu, du début de l’année à la fin de l’année »¹⁵.


Le discours de ’Habad doit être franc, responsable, être en mesure d’exprimer ce qu’il ressent. Bien plus, je pense qu’il y a là l’un des principes de l’amitié qui nous lie. Selon la formule bien connue¹⁶, « la joie est implantée en mon cœur, d’un côté¹⁷ », de ce fait et ma peine s’explique par le fait que vous me soupçonniez, en votre cœur, de ce dont je suis innocent. Bien plus, je dis et je répète une seconde fois, puis une troisième, que le peuple résidant à Sion se trouve en Erets Israël, un pays particulier, qui n’a pas son équivalent. Il ne s’agit en aucune façon d’un état se trouvant au milieu d’autres états, la Syrie, le Liban, la Jordanie et l’Egypte. Je revendique, non pas avec « un peu d’émotion », comme vous l’écrivez, mais bien avec beaucoup d’émotion, que les représentants à Washington et aux Nations Unies annoncent tout cela, en tapant sur la table.


Tel est également l’avis des non-Juifs de Washington. En revanche, les représentants d’Israël disent qu’ils n’ont pas été autorisés à s’exprimer de cette façon et encore moins à taper sur la table. En effet, ils s’expriment au nom d’un pays qui a reçu l’autorisation, la permission d’être compté parmi les nations et qui doit donc savoir se tenir. A deux reprises, un représentant auprès des Nations Unies¹⁸ a perdu patience et il a prononcé un peu de « son éloge » en public. Aussitôt, dans les vingt-quatre heures, est parvenue une grave réprimande de Jérusalem : « Comment cela est-il concevable ? » et on l’a forcé à revenir publiquement sur sa position. D’une manière naturelle, ceci et tout ce qui y ressemble contribuent à maintenir l’antagonisme et le terrorisme, les victimes, dont D.ieu vengera le sang.


Pour conclure cette lettre, j’évoquerai le papier à en-tête. A n’en pas douter, vous continuerez à m’écrire sur le même papier et vous ne m’ôterez pas le plaisir de constater encore une fois, « noir sur blanc », que c’est bien vous qui assumez cette fonction¹⁹. Etant de bonne humeur, j’ajoute que vous-même regrettez profondément, pas moins que moi, que l’on ait fait le choix de ce nom et de cette conception. Et, vous attendez le jour en lequel les Juifs écriront et officialiseront le mot Erets à la place de état. Quant aux non-Juifs, ils n’ont jamais imaginé qu’il puisse en être autrement.


Tout comme je commençais la présente en constatant que vous êtes un élu du peuple et que vous le surpassez, je vous souhaite de conserver ces fonctions, cette manière de vous exprimer, d’écrire et d’agir. Le mérite de ce qui est public vous viendra en aide. Avec ma considération, mes respects et ma bénédiction,




Notes


¹ Chnéor Zalman Chazar, président d’Erets Israël.


² Voir le Likouteï Si’hot, tome 35, à la page 259.


³ Le Rabbi souligne de nombreux mots dans cette lettre.


⁴ Voir, à ce sujet, la lettre n°9698.


⁵ 1948.


⁶ Selon le commentaire de Rachi sur le verset Béréchit 1, 1.


⁷ Voir le traité Baba Batra 129b et 133a.


⁸ Selon les versets Le’h Le’ha 17, 8 et Masseï 34, 2.


⁹ Selon les versets Yé’hezkel 40, 20 et 47, 18.


¹⁰ Voir l’Encyclopédie talmudique, article : « Erets Israël », au paragraphe 8.


¹¹ Voir, notamment, les traités Shekalim, chapitre 1, à la Michna 3.


¹² Gueouéla Cohen. Voir la lettre n°9698.


¹³ Ceci est une deuxième citation de la lettre de Chazar.


¹⁴ Voir Nassi Ve ’Hassid, aux chapitres 25 et 26.


¹⁵ Ekev 11, 12.


¹⁶ Zohar, tome 3, à la page 75a.


¹⁷ Et, les larmes de l’autre côté.


¹⁸ Il s’agit de Chazar lui-même.


¹⁹ Celle de président d’Erets Israël.