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" Car cette loi est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu l'accomplisses "

C'est sur ce célèbre verset du Deutéronome que se fonde le Tanya.

L'Ecriture dit clairement ici que le respect des commandements divins est chose aisée (" très proche ") et qu'il s'effectue par trois canaux : la pensée (ton cœur), la parole (ta bouche) et l'action (que tu l'accomplisses).

A un second niveau " ton cœur " fait référence aux émotions, l'amour et la crainte de D. que le cœur expérimente lorsque est accompli un commandement positif (pour la première),ou respecté un interdit pour la seconde. C'est donc ces deux émotions qui constituent cette " chose très proche ".

Cela, pourtant , va-t-il de soi ? La Guémara n'interroge-t-elle pas : " la crainte de D. est-elle une petite chose ? ". Rabbi Schnéour Zalman veut mettre à jour les deux chemins par lesquels parvenir à la crainte et à l'amour. Proches tous les deux, l'un cependant est " long " (il consiste en une profonde méditation), l'autre est " court " (plutôt que de créer ces sentiments par la méditation, il s'agit de les révéler, de les " dévoiler " en tant qu'ils sont partie intégrante de chaque âme juive. Telle est la démarche première du Tanya que, dans son humilité, Rabbi Schnéour Zalman en réalité a simplement appelé Likoutei Amarim (Recueil de Commentaires), Tanya étant le premier mot par lequel commence ce " recueil " imprimé pour la première fois en 1796.

9 Elloul 5778 | Lundi, 20 Août 2018



Likoutei Amarim
Chapitre 32
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Au cours du chapitre précédent, le Tanya a expliqué que la joie doit être recherchée après que le bilan spirituel effectué a provoqué un sentiment d’amertume et de contrition du cœur. Il faut réfléchir alors au fait que, quel que soit l’état spirituel du corps et de l’âme animale, une âme divine demeure intangiblement en soi, parcelle de D.ieu absolument. Cette âme en situation d’exil inspire une immense pitié. Par la Thora et les commandements, on œuvrera donc ardemment à sa délivrance afin de la ramener à sa source divine : ainsi jaillira en elle la joie du retour libérateur. Quant à la conscience, restée entière, de la bassesse du corps et de l’âme animale, elle n’assombrira pas cette joie car infiniment plus chère à ses yeux sera l’âme divine.

פרק ל״ב והנה על ידי קיום הדברים הנ״ל, להיות גופו נבזה ונמאס בעיניו, רק שמחתו תהיה שמחת הנפש לבדה

Or, par l’accomplissement des principes précédemment évoqués, [à savoir] que son corps soit à ses yeux comme méprisable et répugnant, et que sa joie soit la joie de l’âme seulement,

הרי זו דרך ישרה וקלה לבא לידי קיום מצות ואהבת לרעך כמוך, לכל נפש מישראל למגדול ועד קטן

c’est là un chemin droit et aisé pour parvenir à l’accomplissement du commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » à l’égard de toute âme d’Israël, du [plus] grand au [plus] petit (au regard de sa stature spirituelle et de ses actions).

כי מאחר שגופו נמאס ומתועב אצלו, והנפש והרוח, מי יודע גדולתן ומעלתן בשרשן ומקורן באלקים חיים

En effet, puisque son corps est pour lui un objet de dégoût et de répugnance, l’importance accordée au corps ne permettra pas un excès d’amour-propre ; et une telle estime portée à soi-même ne saurait non plus trouver place au regard de son âme, car l’âme et l’esprit, qui connaît leur grandeur et leur hauteur dans leur racine et source dans le D.ieu vivant ? Comment donc prétendre à une supériorité vis-à-vis d’autrui ?

בשגם שכולן מתאימות, ואב אחד לכולנה

D’autant plus qu’elles sont toutes équivalentes, et plus encore, il ne s’agit pas uniquement d’entités équivalentes, mais distinctes, indépendantes l’une de l’autre ; au contraire, il y a un [seul et même] père pour elles toutes – c’est-à-dire que toutes les âmes d’Israël partagent une même source et ne forment qu’un en celle-ci.

ולכן נקראו כל ישראל אחים ממש מצד שורש נפשם בה׳ אחד

Aussi tous les juifs sont-ils appelés « frères », véritablement (c’est-à-dire au sens littéral du terme et non dans un sens figuré, celui de personnes « proches » ou « semblables dans leurs traits », au regard de la racine de leur âme dans le D.ieu unique.

Cette dernière idée permet de répondre à une question implicite. Aimer son prochain littéralement comme soi-même ressemble à un impossible défi : comment l’amour porté à autrui, qui ne peut s’enraciner que dans l’expérience, pourrait-il jamais atteindre à la force de cet amour de soi inhérent à tout être humain ?

Mais il est ici question d’âmes qui se trouvent en parfaite unité dans leur source commune : on comprend dès lors que l’amour du prochain est dans leur nature même, comme l’amour qui unit des frères.

רק שהגופים מחולקים

C’est seulement que les corps sont distincts.

ולכן העושים גופם עיקר ונפשם טפלה אי אפשר להיות אהבה ואחוה אמיתית ביניהם אלא התלויה בדבר לבדה

C’est pourquoi, [pour] ceux qui font de leur corps l’essentiel et [considèrent] leur âme [comme] accessoire, il ne peut y avoir d’amour et de fraternité véritables entre eux, mais seulement un amour dépendant de quelque chose.

Car, à la différence de l’âme, le corps institue une séparation entre les êtres. Et cette séparation est d’autant plus radicale que grande est l’importance accordée au corps. Dès lors, pour qui privilégie le corps, le sentiment d’amour pour autrui ne peut être ni naturel ni qualifié de fraternel. Au contraire, il est contingent : d’une part, il n’existe qu’aussi longtemps que ce qui l’a motivé demeure et, d’autre part, sa force reste mesurée à celle du motif qui l’a inspiré.

Le texte s’est jusqu’à présent intéressé à la signification propre de l’amour du prochain (ahavat israël) ; il aborde maintenant ce commandement en tant qu’il est le fondement de tous les autres. Ainsi, « se réjouir avec la joie de l’âme seulement » conduit à l’accomplissement d’un commandement qui constitue « la Thora toute entière ».

Le Talmud relate l’histoire d’Hillel l’Ancien, abordé par un Gentil qui lui fit part de son souhait de se convertir au judaïsme à la condition que la Thora toute entière lui soit enseignée sur un pied. Hillel lui répondit : « Ce qui t’est détestable, ne le fais pas à ton prochain. C’est là toute la Thora, le reste est commentaire… »

Cet aphorisme fait question : les mitsvot sont partagées en deux catégories : (a) ben adam la’havéro – « entre l’homme et son prochain » et (b) ben adam lamakom – « entre l’homme et D.ieu ». De fait, les mitsvot qui relèvent de la première catégorie peuvent être motivées par l’amour du prochain ; mais quel lien existe-t-il entre l’amour d’autrui et les mitsvot de la seconde catégorie, l’observance du Chabbat par exemple ?

La réponse apportée réside dans le principe précédemment posé, selon lequel l’amour du prochain n’est possible qu’au regard de la prééminence donnée à l’âme sur le corps. Ce qui est, effectivement, le fondement de toute la Thora.

וזהו שאמר הלל הזקן על קיום מצוה זו: זהו כל התורה כולה, ואידך פירושא הוא וכו׳

C’est là ce qu’a dit Hillel l’Ancien à propos de l’accomplissement de ce commandement : « C’est là la Thora toute entière, le reste est commentaire… »

כי יסוד ושורש כל התורה הוא להגביה ולהעלות הנפש על הגוף מעלה מעלה עד עיקרא ושרשא דכל עלמין

Car le fondement et la source de toute la Thora est de hisser et d’élever l’âme très haut au-dessus du corps, jusqu’à la racine et source de tous les mondes,

וגם להמשיך אור אין סוף ברוך הוא בכנסת ישראל, כמו שכתוב לקמן,

et aussi d’attirer la lumière du Ein Sof dans la Communauté d’Israël, comme il sera expliqué plus loin, ce qui signifie dans la source des âmes de tout Israël

דהיינו, במקור נשמות כל ישראל, למהוי אחד באחד דוקא

de sorte qu’il y ait « Un dans un » exclusivement c’est-à-dire que Celui qui est Un réside dans la Communauté d’Israël, cela n’étant possible que lorsqu’elle aussi ne fait qu’un,

ולא כשיש פירוד חס ושלום בנשמות, דקודשא בריך הוא לא שריא באתר פגים

et non quand il y a division, à D.ieu ne plaise, entre les âmes, car « D.ieu ne repose pas en un lieu défectueux, c’est-à-dire en l’absence d’une parfaite unité »,

וכמו שכתוב: ברכנו אבינו כולנו כאחד באור פניך, וכמו שכתוב במקום אחר באריכות

et comme on le dit dans nos prières : « Béni-nous, notre Père, tous comme Un, avec la lumière de Ta Face », (autrement dit, quand pareille bénédiction peut-elle être appelée ? Lorsque les juifs se trouvent unis « tous comme Un »,) comme il est expliqué longuement ailleurs.

Il ressort de tout ce qui vient d’être dit que le commandement d’amour du prochain porte sur chaque juif, sans distinction. Dès lors qu’il se fonde sur le principe d’unité entre les âmes d’Israël et que chaque juif possède effectivement une âme divine, aucune différence ne saurait être établie.

Cependant, un passage de Talmud semble s’inscrire en contradiction avec ce principe :