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tanya

" Car cette loi est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu l'accomplisses "

C'est sur ce célèbre verset du Deutéronome que se fonde le Tanya.

L'Ecriture dit clairement ici que le respect des commandements divins est chose aisée (" très proche ") et qu'il s'effectue par trois canaux : la pensée (ton cœur), la parole (ta bouche) et l'action (que tu l'accomplisses).

A un second niveau " ton cœur " fait référence aux émotions, l'amour et la crainte de D. que le cœur expérimente lorsque est accompli un commandement positif (pour la première),ou respecté un interdit pour la seconde. C'est donc ces deux émotions qui constituent cette " chose très proche ".

Cela, pourtant , va-t-il de soi ? La Guémara n'interroge-t-elle pas : " la crainte de D. est-elle une petite chose ? ". Rabbi Schnéour Zalman veut mettre à jour les deux chemins par lesquels parvenir à la crainte et à l'amour. Proches tous les deux, l'un cependant est " long " (il consiste en une profonde méditation), l'autre est " court " (plutôt que de créer ces sentiments par la méditation, il s'agit de les révéler, de les " dévoiler " en tant qu'ils sont partie intégrante de chaque âme juive. Telle est la démarche première du Tanya que, dans son humilité, Rabbi Schnéour Zalman en réalité a simplement appelé Likoutei Amarim (Recueil de Commentaires), Tanya étant le premier mot par lequel commence ce " recueil " imprimé pour la première fois en 1796.

11 Iyar 5778 | Jeudi, 26 Avril 2018



Likoutei Amarim
Chapitre 33
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Le Tanya, au Chapitre trente et un, a montré comment faire éclore la joie de l’âme ensuite de l’amertume née de préoccupations spirituelles. Ainsi a t-il prescrit de méditer sur le fait que, par les mitsvot accomplies, l’âme divine se trouve libérée de l’exil imposé par le corps et l’âme animale. Par ailleurs, l’âme animale elle-même reçoit une élévation lorsque ses « vêtements » que sont pensée, parole, et action consistent en l’étude de la Thora et la pratique des mitsvot.

פרק ל״ג עוד זאת תהיה שמחת הנפש האמיתית,

[Il y a] encore une chose qui [suscitera] la joie véritable de l’âme,

ובפרט כשרואה בנפשו בעתים מזומנים שצריך לזככה ולהאירה בשמחת לבב

particulièrement lorsque l’on voit en soi à des moments déterminés qu’il est nécessaire d’épurer et d’illuminer l’âme avec la joie du cœur :

אזי יעמיק מחשבתו ויצייר בשכלו ובינתו ענין יחודו יתברך האמיתי

on approfondira alors sa pensée et on figurera dans son intellect et sa compréhension l’idée de l’unité véritable de D.ieu.

La notion d’unité divine ne signifie pas simplement qu’il n’existe qu’un seul D.ieu, un Créateur, mais que D.ieu est La seule véritable existence, ainsi qu’il va être expliqué.

איך הוא ממלא כל עלמין עליונים ותחתונים

Comment Il emplit tous les mondes, supérieurs et inférieurs,

De même que l’âme emplit le corps pour l’animer, de même la vitalité et lumière divine est-elle présente en chaque élément de la Création. Cette vitalité, immanente, est limitée et adaptée à la mesure de chaque monde et de chaque être créé. Une distinction est donc faite de ce point de vue entre « mondes supérieurs » (où la lumière divine est davantage révélée) et « mondes inférieurs ».

ואפילו מלא כל הארץ הלזו הוא כבודו יתברך

et [comment] même ce monde est totalement empli de Sa gloire,

Il est ici fait référence à la seconde forme de vitalité divine, transcendante, celle qui « enveloppe tous les mondes » selon la terminologie de la ‘Hassidout et agit sur eux « d’en haut », c’est-à-dire sans s’ajuster à la nature particulière de chaque être créé. Il n’existe donc pas à ce niveau de distinction entre « mondes supérieurs » et « mondes inférieurs », si bien que même ce monde matériel est « empli de Sa gloire », l’expression « Sa gloire » renvoyant précisément à la lumière divine transcendante.

וכולא קמיה כלא חשיב ממש

et tout est considéré comme néant devant Lui, vraiment.

והוא לבדו הוא בעליונים ותחתונים ממש כמו שהיה לבדו קודם ששת ימי בראשית,

Et Il est Lui seul dans les [mondes] supérieurs et inférieurs, vraiment, comme Il était seul avant les Six jours de la Création.

De même qu’il n’existait alors rien d’autre que Lui, de même la Création n’apporte-t-elle aucun changement en cet état, car tous les êtres sont comme inexistants devant Lui.

וגם במקום הזה שנברא בו עולם הזה, השמים והארץ וכל צבאם, היה הוא לבדו ממלא המקום הזה

Même en cet emplacement où le monde a été créé, les cieux, la terre et toutes leurs armées, Il emplissait Lui seul cet emplacement.

וגם עתה כן הוא לבדו בלי שום שינוי כלל,

Et maintenant aussi après la Création, Il est ainsi seul, sans aucun changement absolument,

מפני שכל הנבראים בטלים אצלו במציאות ממש

parce que toutes les créatures sont vraiment totalement annulées dans leur existence devant Lui.

Le texte entend à présent expliciter cette idée d’annulation des êtres créés par une analogie avec les « lettres » de la pensée et de la parole humaines.

Les lettres de la pensée et de la parole permettent l’expression des idées et des sentiments. A l’origine, l’idée conçue et méditée et le désir ressenti sont informes, dépourvus de mots. Les lettres et les mots qui serviront à leur expression ne sont pas encore épelés et seule l’idée ou l’émotion « à l’état pur » est perçue ; pour prendre un exemple, le désir ou l’idée connus par deux personnes de nationalité différente ne sont pas encore touchés par les différences de langue.

C’est seulement quand ils atteignent le stade de la pensée pratique que ce désir ou cette idée se « matérialisent » par ce que l’on appelle « les lettres de la pensée ». L’expression en pensées et en paroles varie dès lors d’une personne à l’autre. Certes, ces lettres de la pensée et de la parole sont contenues potentiellement dans le désir ou l’idée originels, mais elles sont alors totalement absorbées dans leur source, comme inexistantes.

De même, chaque créature reçoit son existence et sa vie du « verbe » divin, que sont les « lettres » de la parole divine à l’origine de sa création. Cette « parole » créatrice et les êtres ainsi crées sont totalement annulés devant leur source, le Divin, tout comme les lettres de la « pensée » sont annulées dans l’idée ou le désir où elles s’originent.

כביטול אותיות הדבור והמחשבה במקורן ושרשן, הוא מהות הנפש ועצמותה, שהן עשר בחינותיה, חכמה בינה ודעת וכו׳

Comme les lettres de la parole et de la pensée sont annulées à l’intérieur de leur source et racine, c’est-à-dire l’être et l’essence de l’âme, que sont ses dix facultés : ‘Hokhma, Bina, Daat, etc. les facultés intellectuelles ainsi que les facultés émotionnelles (ici appelées « l’essence de l’âme » au regard des vêtements de la parole et de la pensée).

שאין בהם בחינת אותיות עדיין קודם שמתלבשות בלבוש המחשבה [כמו שנתבאר בפרק כ׳ וכ״א באריכות, עיין שם]

dans lesquelles facultés il n’y a pas d’aspect de lettres encore, avant qu’elles se revêtent du vêtement de la pensée (comme expliqué longuement dans les Chapitres Vingt et Vingt-un, que l’on consultera).

וכמו שכתוב גם כן במקום אחר משל גשמי לזה,

Ainsi qu’il est rapporté ailleurs à ce propos une analogie [à un phénomène] physique,

מענין ביטול זיו ואור השמש במקורו, הוא גוף כדור השמש שברקיע

concernant l’annulation de la ligne lumineuse du soleil dans sa source, la sphère céleste du soleil ;

שגם שם מאיר ומתפשט ודאי זיוו ואורו, וביתר שאת מהתפשטותו והארתו בחלל העולם, אלא ששם הוא בטל במציאות במקורו, וכאילו אינו במציאות כלל

là aussi [dans la sphère solaire], sa ligne lumineuse brille et se diffuse avec certitude, bien plus qu’elle ne se diffuse et brille dans l’espace de l’univers. Plus proche de sa source, le soleil, la lumière est plus intense. Si ce n’est que là (dans le soleil) elle est annulée dans son existence à l’intérieur de leur source, comme si elle n’avait aucune existence. Seul le soleil apparaît, et non la lumière qui est simplement un produit, un dérivé du soleil.

Cette idée peut être rapprochée d’une autre phrase du Talmud : « Une chandelle en plein jour, à quoi sert-elle ? » La chandelle ne cesse pourtant pas de diffuser sa lumière. Mais cette lumière se fond alors dans la puissante clarté du jour et n’est plus perceptible. Or, la lumière se définit par la propriété qu’elle a d’éclairer et perd donc, ici, son identité. Il en va de même, et bien plus encore, des rayons du soleil à l’intérieur de leur source, le soleil.

וככה ממש דרך משל הוא ביטול העולם ומלואו במציאות לגבי מקורו, שהוא אור אין סוף ברוך הוא, וכמו שכתוב שם באריכות

Comme cela vraiment, par analogie, le monde avec tout ce qu’il contient est-il annulé dans son existence par rapport à sa source, qu’est la lumière du Ein Sof, comme expliqué là-bas longuement.

Telle est la signification de la notion d’Unité divine : D.ieu est Un, Il est le seul existant, toute existence étant annulée devant Lui.

והנה כשיעמיק בזה הרבה, ישמח לבו ותגל נפשו אף גילת ורנן בכל לב ונפש ומאד באמונה זו כי רבה היא

Or, lorsqu’il méditera profondément cette notion d’Unité de D.ieu, son cœur sera joyeux et son âme se réjouira, avec jubilation et exultation, de « tout son cœur », « toute son âme » et « tout son pouvoir » dans cette foi, car elle est immense.

כי היא קרבת אלקים ממש

Elle [signifie l’expérience de] la proximité à D.ieu, vraiment.

וזה כל האדם ותכלית בריאתו ובריאת כל העולמות עליונים ותחתונים

C’est là tout l’homme, la finalité de sa création et de la création de tous les mondes, supérieurs et inférieurs,

להיות לו דירה זו בתחתונים, כמו שכתוב לקמן באריכות

[à savoir] que D.ieu ait cette demeure ici-bas, comme expliqué longuement plus loin.

D.ieu a créé tous les mondes en vue de disposer d’une « demeure » ici-bas. Pour un homme, la demeure est le lieu où il peut être pleinement lui-même. De la même manière D.ieu veut que Son Unité soit révélée ici-bas.

והנה כמה גדולה שמחת הדיוט ושפל אנשים בהתקרבותו למלך בשר ודם המתאכסן ודר אתו עמו בביתו

Or, combien grande est la joie d’un homme simple et bas, quand il est rapproché d’un roi de chair et de sang, qui de plus est hébergé et plus encore habite avec lui dans sa demeure à lui plutôt que dans le palais royal.

וקל וחומר לאין קץ, לקרבת ודירת מלך מלכי המלכים, הקדוש ברוך הוא

A fortiori, infiniment plus [grande est la joie dans] la proximité du Roi des rois, le Saint Béni soit-Il et Son habitation dans ce bas monde, la « maison » de l’homme.

וכדכתיב: כי מי הוא זה אשר ערב לבו לגשת אלי, נאם ה׳

Et comme il est écrit : « Car qui est celui dont le cœur oserait m’approcher ? dit D.ieu. »

Par la foi en l’unité divine, cependant, une telle proximité est accessible : D.ieu partage alors sa demeure.