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" Car cette loi est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu l'accomplisses "

C'est sur ce célèbre verset du Deutéronome que se fonde le Tanya.

L'Ecriture dit clairement ici que le respect des commandements divins est chose aisée (" très proche ") et qu'il s'effectue par trois canaux : la pensée (ton cœur), la parole (ta bouche) et l'action (que tu l'accomplisses).

A un second niveau " ton cœur " fait référence aux émotions, l'amour et la crainte de D. que le cœur expérimente lorsque est accompli un commandement positif (pour la première),ou respecté un interdit pour la seconde. C'est donc ces deux émotions qui constituent cette " chose très proche ".

Cela, pourtant , va-t-il de soi ? La Guémara n'interroge-t-elle pas : " la crainte de D. est-elle une petite chose ? ". Rabbi Schnéour Zalman veut mettre à jour les deux chemins par lesquels parvenir à la crainte et à l'amour. Proches tous les deux, l'un cependant est " long " (il consiste en une profonde méditation), l'autre est " court " (plutôt que de créer ces sentiments par la méditation, il s'agit de les révéler, de les " dévoiler " en tant qu'ils sont partie intégrante de chaque âme juive. Telle est la démarche première du Tanya que, dans son humilité, Rabbi Schnéour Zalman en réalité a simplement appelé Likoutei Amarim (Recueil de Commentaires), Tanya étant le premier mot par lequel commence ce " recueil " imprimé pour la première fois en 1796.

27 Tévet 5778 | Dimanche, 14 Janvier 2018



Likoutei Amarim
Chapitre 17
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פרק י"ז ובזה יובן מה שכתוב

Avec cette explication – à savoir que même l’amour et la crainte de D.ieu cachés dans l’esprit et les recoins du cœur suffisent pour imprégner de vitalité les mitsvot accomplies, et pour les élever, on comprendra le verset :

כי קרוב אליך הדבר מאד בפיך ובלבבך לעשותו

« Car cette chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, pour la mettre en pratique. »

Ce verset affirme qu’il est aisé pour tout un chacun d’accomplir la Thora et les commandements avec les trois « vêtements » de l’âme – pensée, parole et action. L’expression « dans ta bouche » fait référence à la parole, « dans ton cœur » à la pensée, et « pour la mettre en pratique » à l’action. Dans un sens plus profond, l’expression « dans ton cœur » ne fait pas seulement référence à la pensée, mais au cœur qui est le siège des émotions – l’amour, la crainte, etc. Ce verset enseigne donc qu’il est à la portée de chaque juif d’accomplir les commandements avec un sentiment d’amour et de crainte de D.ieu. Comme le relève Rabbi Chnéour Zalman, cet enseignement paraît cependant faire question :

דלכאורה הוא בלבבך נגד החוש שלנו

Au premier abord, [la déclaration « cette chose est très proche de toi…] dans ton cœur » semble contraire à notre expérience – être pénétré d’amour et de crainte de D.ieu n’est pas aisé.

(והתורה היא נצחית)

(Et la Thora est éternelle) l’enseignement qu’elle délivre reste vrai en tout temps et on ne peut donc pas répondre que ce verset ne concernerait que la génération de Moïse, qualifiée de « génération de la connaissance » pour son élévation spirituelle.

שאין קרוב מאד הדבר להפך לבו מתאוות עולם הזה לאהבת ה’ באמת

L’expérience montre, au contraire, que ce n’est pas une « chose très proche » que de changer [l’orientation de] son cœur, des désirs de ce monde vers un sincère amour pour D.ieu l’être humain étant, par nature, attiré par les plaisirs matériels.

Ainsi qu’il est dit dans le ‘Hovat Halevavot : « De même que l’eau et le feu ne peuvent coexister, ainsi, dans le cœur, ne peuvent se trouver ensemble les désirs pour les choses de ce monde et l’amour pour D.ieu ». Eprouver un véritable sentiment d’amour pour D.ieu implique donc de changer radicalement la nature du cœur : cela n’est sûrement pas chose facile.

וכמו שכתוב בגמרא אטו יראה מילתא זוטרתי היא

Et comme [s’interroge] le Talmud, à propos de la déclaration de Moïse : « Qu’est-ce que D.ieu te demande si ce n’est de le craindre ? » : « la crainte des cieux est-elle une petite chose ? »,

Le Rabbi souligne que cette question du Talmud montre à quel point la crainte de D.ieu n’était pas, même pour la génération de Moïse, et a fortiori pour les générations ultérieures, facile à acquérir.

וכל שכן אהבה.

et s’il en est ainsi de la crainte de D.ieu, a fortiori l’amour [pour D.ieu] puisque la crainte de D.ieu est généralement plus accessible que l’amour pour D.ieu.

Ce n’est donc pas simplement l’expérience, mais également cette citation du Talmud qui semble contredire l’affirmation du verset faisant référence à l’amour et à la crainte de D.ieu comme à une « chose très proche ».

וגם אמרו רבותינו ז”ל דצדיקים דוקא לבם ברשותם.

De plus, nos Sages ont dit que : « seuls les tsaddikim ont le contrôle de leur cœur » – sont à même d’éveiller un amour et une crainte de D.ieu dès qu’ils le souhaitent.

Comme le Rabbi le souligne, cette dernière citation du Talmud renforce encore la question. En effet, non seulement atteindre à l’amour et à la crainte de D.ieu serait difficile plutôt que « très proche », mais, bien plus, suivant cette citation, ces sentiments ne seraient à la portée que des seuls tsaddikim qui sont une minorité.

Et pourtant, la Thora ne s’adresse pas seulement aux tsaddikim ; comment peut-elle donc qualifier l’amour pour D.ieu de « chose très proche » de chacun, signifiant par là que chacun peut contrôler son cœur et le détourner, des désirs pour les choses du monde, vers un sentiment d’amour pour D.ieu ?

אלא דלעשותו רוצה לומר האהבה המביאה לידי עשיית המצות בלבד

En fait, [l’expression] « pour la mettre en pratique » indique qu’il s’agit seulement de l’amour qui amène à l’accomplissement des commandements, bien que cela ne soit pas un véritable amour au sens propre du terme.

Rabbi Chnéour Zalman interprète les mots « tu peux la mettre en pratique » comme précisant le sens de l’expression précédente « car cette chose est très proche de toi… dans ton cœur ». Qu’est-ce donc qui est « très proche de toi dans ton cœur ? » (autrement dit, quelle est cette forme d’amour à laquelle il est facile d’accéder ?). C’est l’amour qui conduit à l’action (« tu peux la mettre en pratique »).

Dès lors, le sens de l’ordre même des mots du verset apparaît. « Dans ta bouche, dans ton cœur, tu peux la mettre en pratique » : il est, certes, ici fait référence aux trois vêtements de l’âme que sont la pensée, la parole, et l’action. Mais l’ordre dans lequel ils sont cités semble, a priori, faire question dans la mesure où il n’est ni ascendant (action, parole, pensée), ni descendant (pensée, parole, action). En l’occurrence, la faculté médiane (la parole) est mentionnée la première, suivie de la pensée (« dans ton cœur »), et enfin de l’action (« tu peux la mettre en pratique »). A la lumière de l’interprétation ici donnée, le sens de cet enchaînement devient clair : l’expression « tu peux la mettre en pratique » définit et qualifie les mots « dans ton cœur ». En d’autres termes, l’amour dont il est question dans ce verset et auquel renvoient les mots « dans ton cœur » est celui qui conduit à l’action, désigné par l’expression « tu peux la mettre en pratique ».

שהיא רעותא דלבא שבתעלומות לב גם כי אינה בהתגלות לבו כרשפי אש

c’est-à-dire le désir dans les recoins du cœur : même s’il ne brûle pas de manière dévoilée comme un feu ardent, il peut cependant conduire à l’accomplissement des commandements.

ודבר זה קרוב מאד ונקל לכל אדם אשר יש לו מוח בקדקדו

Et cela le fait d’éveiller un amour qui reste dissimulé dans le cœur est très proche et accessible à tout homme qui a un cerveau dans sa tête.

כי מוחו ברשותו ויכול להתבונן בו בכל אשר יחפוץ

Car son cerveau est sous son contrôle même si son cœur ne l’est pas, et il peut méditer sur tout sujet qu’il souhaite.

וכשיתבונן בו בגדולת אין סוף ברוך הוא ממילא יוליד במוחו על כל פנים האהבה לה’ לדבקה בו בקיום מצותיו ותורתו

Et s’il médite sur la grandeur de D.ieu, il engendrera, dans son cerveau au moins, même si ce n’est pas dans son cœur, un amour pour D.ieu, [et désirera] s’attacher à Lui par l’accomplissement de Ses commandements et [l’étude de] Sa Thora.

וזה כל האדם כי היום לעשותם כתיב שהיום הוא עולם המעשה דוקא

C’est là – l’étude de la Thora et l’accomplissement des commandements – « tout[e la finalité de] l’homme », car il est dit : « Tu garderas… que Je t’ordonne en ce jour d’accomplir », [l’expression « en ce jour »] faisant exclusivement référence à ce monde d’action.

Rabbi Chnéour Zalman insiste ici sur le fait que l’objectif premier du commandement d’aimer D.ieu ne réside pas dans l’amour lui-même, mais dans l’accomplissement concret et sincère des commandements inspiré par cet amour, car l’essentiel en ce monde est l’action.

ולמחר כו’ כמו שכתוב במקום אחר.

[Seul] « le lendemain » c’est-à-dire le monde futur [est le temps de la récompense], comme il est expliqué ailleurs.

Ainsi, l’amour véritable pour D.ieu, s’il constitue une récompense partielle du service divin, n’a pas dans la vie ici-bas le caractère primordial de l’accomplissement des commandements. Il suffit, pour cet accomplissement, d’un amour même dissimulé dans l’esprit et le cœur.

C’est donc à cette forme d’amour que fait référence le verset : « cette chose est très proche de toi, […] dans ton cœur, tu peux la mettre en pratique » – un amour qui, malgré son défaut d’expression dans le cœur, suffit pour conduire à l’accomplissement des commandements.

Comment cet amour mène-t-il à l’accomplissement des commandements ? Cette question est maintenant étudiée :

והמוח שליט בטבעו ותולדתו על חלל השמאלי שבלב ועל פיו ועל כל האברים שהם כלי המעשה

Le cerveau maîtrise, de par sa nature innée, le côté gauche du cœur, le siège de l’âme animale d’où sont issus les désirs des choses du monde et les mauvaises pensées, la bouche et les autres membres [du corps], qui sont les instruments de l’action.

Celui qui a, en son esprit au moins, un amour pour D.ieu et un désir d’accomplir les commandements, peut ainsi, en vertu de la domination naturelle de l’esprit sur le cœur, réfréner les désirs de son cœur, et motiver sa bouche et les autres membres de son corps à étudier la Thora et à accomplir les commandements. Ceci peut être achevé par tout homme, même si, au contraire du tsaddik, il n’a pas le contrôle de son cœur.