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" Car cette loi est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu l'accomplisses "

C'est sur ce célèbre verset du Deutéronome que se fonde le Tanya.

L'Ecriture dit clairement ici que le respect des commandements divins est chose aisée (" très proche ") et qu'il s'effectue par trois canaux : la pensée (ton cœur), la parole (ta bouche) et l'action (que tu l'accomplisses).

A un second niveau " ton cœur " fait référence aux émotions, l'amour et la crainte de D. que le cœur expérimente lorsque est accompli un commandement positif (pour la première),ou respecté un interdit pour la seconde. C'est donc ces deux émotions qui constituent cette " chose très proche ".

Cela, pourtant , va-t-il de soi ? La Guémara n'interroge-t-elle pas : " la crainte de D. est-elle une petite chose ? ". Rabbi Schnéour Zalman veut mettre à jour les deux chemins par lesquels parvenir à la crainte et à l'amour. Proches tous les deux, l'un cependant est " long " (il consiste en une profonde méditation), l'autre est " court " (plutôt que de créer ces sentiments par la méditation, il s'agit de les révéler, de les " dévoiler " en tant qu'ils sont partie intégrante de chaque âme juive. Telle est la démarche première du Tanya que, dans son humilité, Rabbi Schnéour Zalman en réalité a simplement appelé Likoutei Amarim (Recueil de Commentaires), Tanya étant le premier mot par lequel commence ce " recueil " imprimé pour la première fois en 1796.

7 Kislev 5780 / 12.05.2019


Likoutei Amarim
Chapitre 31
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וזאת תהיה עבודתו כל ימיו בשמחה רבה, היא שמחת הנפש בצאתה מהגוף המתועב, ושבה אל בית אביה כנעוריה בשעת התורה והעבודה

Tel sera son travail toute sa vie durant dans une immense joie – la joie de l’âme lorsqu’elle quitte le corps répugnant, et s’en retourne « à la maison de son père, comme dans sa jeunesse » (c’est-à-dire à sa source originelle), au moment de [l’étude de] la Thora et du service [de D.ieu],

וכמאמר רז״ל: להיות כל ימיו בתשובה

conformément au dire de nos Sages : « Il sera toute sa vie durant en [état de] téchouva ».

La téchouva dont il est ici question ne fait pas simplement référence au repentir sur les fautes – car une fois accompli, pourquoi serait-il à nouveau nécessaire – mais aux actions entreprises en vue de permettre le retour de l’âme (téchouva) vers sa source. C’est cette forme de téchouva qui doit être recherchée toute la vie durant.

ואין לך שמחה גדולה כצאת מהגלות והשביה, כמשל בן מלך שהיה בשביה וטוחן בבית האסורים ומנוול באשפה

Et il n’est pas de joie plus grande que la libération d’exil et de captivité ; comme l’exemple d’un fils de roi qui était en captivité réduit à moudre en prison tout en étant couvert de souillure,

ויצא לחפשי אל בית אביו המלך

et qui sort en liberté pour la maison de son père le roi.

Tel un prince, l’âme procède du Roi suprême. Par la Thora et par les mitsvot, elle est libérée de la captivité et de l’avilissement imposés par le corps.

ואף שהגוף עומד בשיקוצו ותיעובו, וכמו שכתוב בזהר, דנקרא משכא דחויא

Et bien que le corps demeure abominable et répugnant, et comme le dit le Zohar, [le corps] est appelé « une peau de serpent »,

L’image du serpent renvoie aux trois klipot totalement impures. Le corps du juif, qui tient de la klipat noga, est décrit comme la peau (« l’enveloppe extérieure ») du serpent.

כי מהותה ועצמותה של הנפש הבהמית לא נהפך לטוב, ליכלל בקדושה

car l’être et essence de l’âme animale n’a pas encore été transformé en bien pour être absorbé dans la sainteté ;

Comme il a déjà été expliqué, les mitsvot et bonnes actions influent sur les vêtements de l’âme animale (pensée, parole, et action) par le truchement desquels elles sont accomplies. Mais l’âme animale en soi – qui consiste en facultés intellectuelles et émotionnelles – n’est pas transformée en bien. Comment donc se réjouir, quand le corps et l’âme animale demeurent inchangés ?

מכל מקום תיקר נפשו בעיניו לשמוח בשמחתה יותר מהגוף הנבזה,שלא לערבב ולבלבל שמחת הנפש בעצבון הגוף,

cependant, son âme [divine] sera plus chère à ses yeux que son corps méprisable, pour se réjouir dans la joie de [l’âme] lorsqu’elle s’affranchit du corps par la Thora et les mitsvot, sans [permettre à] la tristesse due à la bassesse spirituelle du corps de se mêler et de troubler la joie de l’âme.

והנה בחינה זו היא בחינת יציאת מצרים, שנאמר בה: כי ברח העם

Or, cette dimension du service divin par laquelle l’âme divine s’affranchit de l’exil imposé par le corps et l’âme animale, tandis que ces derniers ne connaissent aucun changement, est la dimension de la sortie d’Egypte, dont il est dit que : « le peuple a pris la fuite ».

Les juifs avaient avisé Pharaon de leur départ d’Egypte pour une période de trois jours seulement, et ils saisirent l’occasion pour fuir.

דלכאורה הוא תמוה למה היתה כזאת, וכי אילו אמרו לפרעה לשלחם חפשי לעולם, לא היה מוכרח לשלחם

Au premier abord, c’est étonnant : pourquoi en fut-il ainsi, c’est-à-dire pourquoi l’Exode devait-il prendre l’allure d’une fuite ? S’ils avaient demandé à Pharaon de les renvoyer libres à jamais, n’aurait-il pas été contraint de le faire, après avoir été accablé par les dix plaies ?

L’explication qui va suivre tient à la signification spirituelle donnée à l’Exode, chaque évènement de l’Histoire d’Israël résonnant comme l’écho d’un « évènement » spirituel.

L’asservissement des Hébreux en Egypte traduit en fait l’exil des âmes d’Israël sous la domination de l’impureté (de l’Egypte). L’Exode doit donc aussi être compris comme la libération spirituelle de ce mal. Et dès lors que cette libération, dans sa dimension spirituelle, implique la fuite de l’âme divine devant un mal toujours présent, l’Exode dans sa dimension physique fut également caractérisé par une fuite. Dans les termes du Tanya :

אלא מפני שהרע שבנפשות ישראל עדיין היה בתקפו בחלל השמאלי

Mais c’est parce que le mal dans les âmes d’Israël (au regard de leur corps et de leur âme animale) était encore dans toute sa puissance dans le côté gauche du cœur (siège de l’âme animale et du mauvais penchant),

כי לא פסקה זוהמתם עד מתן תורה

car leur souillure (l’impureté de la klipa adhérant à leur corps et leur âme animale) ne cessa point jusqu’au Don de la Thora.

רק מגמתם וחפצם היתה לצאת נפשם האלקית מגלות הסטרא אחרא, היא טומאת מצרים, ולדבקה בו יתברך

Seulement ils avaient pour aspiration et désir de [voir] leur âme divine sortir de l’exil [imposé par] la sitra a’hara, c’est-à-dire l’impureté d’Egypte, et de s’attacher à D.ieu ;

וכדכתיב: ה׳ עוזי ומעוזי ומנוסי ביום צרה וגו׳, משגבי ומנוסי וגו׳, והוא מנוס לי וגו׳,

et comme il est écrit : « D.ieu est ma force et mon soutien, mon refuge au jour du malheur, etc. » (le terme מנוסי « ce vers quoi je fuis », « mon refuge », renvoie à cette forme de service divin par laquelle l’âme divine fuit vers le Divin), « mon rempart et mon refuge, etc. » et « Il est un refuge pour moi… ».

L’allure de fuite que prit l’Exode était donc l’expression de cette évasion spirituelle de l’âme divine fuyant le mal existant.

ולכן לעתיד, כשיעביר ה׳ רוח הטומאה מן הארץ, כתיב: ובמנוסה לא תלכון כי הולך לפניכם ה׳ וגו׳

Et c’est pour cela qu’au [sujet du Monde] Futur, lorsque D.ieu retranchera l’esprit d’impureté de la Terre, il est écrit : « [Vous ne partirez pas dans la hâte] et vous ne marcherez pas dans la fuite, car D.ieu marchera devant vous. » A la différence de l’Exode d’Egypte, la Délivrance future ne sera nullement marquée par la fuite, car le mal ayant alors disparu, nulle évasion n’aura plus lieu d’être.

Ainsi, le service de D.ieu caractérisé par l’échappée de l’âme qui aspire à la Divinité, faisant abstraction du corps, appartient à la dimension spirituelle de la Sortie d’Egypte.