Là où la joie se trouve…
Nous avons tous besoin de joie, c’est sans doute largement elle qui donne son sel à la vie. Et c’est encore plus vrai dans une période pour le moins confuse et morose comme celle que nous vivons. Alors, si la joie est si essentielle pour chacun au quotidien, au-delà même de sa seule nécessité spirituelle, la question mérite d’être posée : comment fait-on pour l’acquérir ? Autour de nous, le panorama général n’encline guère à un tel sentiment sincère, et il ne peut être question de se satisfaire d’un faux-semblant. Reste donc à trouver le chemin qui pourra nous y conduire et assurer son maintien.
Le texte que nous lisons dans le cycle de la Torah est toujours chargé d’une actualité profonde. C’est ainsi que depuis quelques semaines déjà, nous suivons l’histoire du premier de nos ancêtres, Avraham. Nous l’avons vu apparaître au grand jour et produire cette révolution dans l’âme et l’esprit humains : la reconnaissance de D.ieu. Puis nous l’avons vu entrer dans Son alliance dont nous sommes aujourd’hui les héritiers. Il y a ici un véritable bouleversement des choses ; après tout cela, le monde ne sera plus jamais pareil. Mais surtout, nous vivons au fil des jours avec Avraham. Nous ne faisons pas qu’assister à ses actes héroïques ou nous enthousiasmer devant la puissance de sa vision et de sa compréhension, nous partageons littéralement son existence. Et cela est cause d’une pure joie, que rien ne peut limiter, comparable à l’émergence et à la croissance irrésistible de la lumière du sein de l’obscurité.
Pleins de cet élan, nous arrivons cette semaine à ces jours particuliers du congrès international des délégués du Rabbi qui a lieu à New York. Tout a probablement été dit sur cette rencontre : ses milliers de participants venus de tous les pays du monde, le don de soi qui caractérise ces hommes et ces femmes dans leur action ininterrompue dans toutes les conditions, les défis qu’ils affrontent et leur victoire éclatante. Eux aussi constituent comme une éclosion de lumière là où ils se trouvent. Alors, quand nous considérons les choses comme elles vont et qu’on se prend à douter du lendemain, souvenons-nous : la lumière grandit, et avec elle la joie. A nous de porter le bon regard pour en être partie prenante.
Un rire profond
Les Psaumes (126 :2) annoncent que, lorsque le Machia’h sera venu, « notre bouche se remplira de rire ». Certes, ce nouveau temps sera celui d’une joie sans limite, cependant que signifie précisément le rire dans un tel contexte ?
En hébreu, la valeur numérique du mot « rire » est 414. C’est également celle de l’expression « Or Eïn Sof » qui signifie « lumière infinie » de D.ieu. Cette correspondance nous indique justement le sens profond de ce rire : la révélation de D.ieu. Infinie, elle nous conduira au plus haut et au plus essentiel du « plaisir » divin.
(d’après Likouteï Torah, Bamidbar p. 191) H.N.
‘Hayé Sarah
Sarah meurt à l’âge de 127 ans et est enterrée dans la Cave de Makhpéla à ‘Hévron qu’Avraham a achetée à Ephron le Hittite pour quatre cents Chékels d’argent.
Le serviteur d’Avraham, Eliézer, est envoyé à ‘Haran, chargé de cadeaux, pour trouver une femme pour Yits’hak. Au puits du village, Eliézer demande à D.ieu un signe : quand les jeunes filles arriveront au puits, il demandera de l’eau pour boire. Celle qui proposera d’abreuver également ses chameaux sera celle qui est destinée au fils de son maître.
Rivka, la fille du neveu d’Avraham, Betouel, apparaît au puits et réussit le « test ». Eliézer est invité dans sa maison où il relate à nouveau les événements du jour. Rivka revient avec Eliézer en terre de Canaan où ils rencontrent Yits’hak, priant dans un champ. Yits’hak épouse Rivka, l’aime et est consolé de la perte de sa mère.
Avraham prend une nouvelle épouse, Ketoura (Hagar) et engendre six autres fils mais Yits’hak est désigné comme son seul héritier. Avraham meurt à l’âge de 175 ans et est enterré, à côté de Sarah, par ses deux fils aînés, Yits’hak et Yichmaël.
INVERSION DES RÔLES : DEUX ÉLOGES FUNÈBRES
D'où venait-il ?
La Paracha de cette semaine s'ouvre en nous relatant comment Avraham enterra sa femme Sarah. La Torah statue : « Et Avraham vint pour faire l'éloge de Sarah et pour pleurer sur elle ».
Le Midrach se demande pourquoi la Torah mentionne qu’il « vint ». De quelle provenance s'agissait-il ? Le Texte aurait pu se contenter d'énoncer qu'à la suite du décès de Sarah, Avraham célébra sa mémoire et pleura son départ. Il semble que c’est sa venue d’un lieu non spécifié qui lui permit l'éloge rendu à son épouse, ou bien que ce déplacement constituât le thème même de son oraison.
Une explication, adoptée par Rachi, soutient qu'il revenait de la « ligature de Yits’hak », sujet sur lequel s'achève la Paracha précédente. Lorsque Sarah reçut l'annonce que son fils allait être sacrifié, elle s'effondra et mourut. Elle ne put ainsi bénéficier de la fin du récit révélant qu'il avait été épargné. C’est pourquoi, le récit concernant l'inhumation de Sarah s'enchaîne directement avec celui de la ligature de Yits’hak.
La sensibilité de Sarah
La Torah cherche peut-être à nous transmettre une compréhension de l'estime dans laquelle Avraham tenait Sarah, comme il l'exprima dans son éloge funèbre.
Le fait que Sarah ait succombé à l'annonce du décès présumé de son fils ne semble pas suggérer que Sarah était une femme particulière. Certes, cela démontre qu'elle avait été une mère vertueuse et sensible. Toutefois, une telle affirmation ne pourrait-elle pas s’appliquer à la majorité des mères ?
Peut-être que l'éloge d'Avraham concernant Sarah abordait-il le fait que son incapacité à assimiler la perte de Yits’hak dépassait le simple instinct maternel. Cela constituait également le produit de son dévouement absolu envers l'avenir de la nation juive. Étant donné que Sarah avait montré tant de zèle à protéger son fils Yits’hak de la menace que représentait pour lui son frère Yichmaël, comment aurait-elle pu supporter la perte de Yits’hak ? Elle ne le pouvait, non seulement en raison de son amour pour son unique enfant, né alors qu'elle était âgée de quatre-vingt-dix ans, mais cela était également motivé par l'obsession qu'elle entretenait pour l'avenir de la nation juive.
Il est sûr qu’Avraham était également dévoué à l'avenir du Peuple juif. Néanmoins, il n'avait pas opposé de résistance au commandement de D.ieu de sacrifier son fils. Il existait dans son esprit une latitude pour la possibilité qu'il ne fût finalement pas le père de la nation juive, aussi inexplicable que cela ait pu lui paraître. Sarah, en revanche, n'accordait aucune place dans son esprit à cette éventualité.
Par conséquent, l'éloge d'Avraham affirmait que Sarah était la véritable mère et fondatrice du Peuple juif. Elle ne pouvait par aucun moyen subsister une seule minute face à la possibilité que Yits’hak ne soit plus vivant.
Les funérailles de Téra’h
Le Midrach propose une autre alternative selon laquelle Avraham revenait de la cérémonie funéraire et de l'éloge de son père, Téra’h. Cependant, lors du décès de Sarah, Avraham était âgé de 137 ans. Tera’h - dont l'âge excédait celui d'Avraham de soixante-dix ans - était décédé deux ans auparavant, lorsqu’Avraham avait 135 ans.
L’explication de Rabbénou Be’hayé permet de comprendre qu’il ne s’agit pas du lieu d’où venait Avraham mais de son état d’esprit : c’est le souvenir de l’enterrement de son père Téra’h qui lui fit prendre conscience de la grandeur de Sarah.
Avraham s'était opposé à son père Téra’h durant sa jeunesse. Il s'était révolté contre l'idolâtrie pratiquée par ce dernier, engendrant ainsi une rupture majeure entre le père et le fils.
Il est exceptionnel qu'Avraham ait été en mesure de persuader des milliers de païens d'abandonner leurs coutumes pour adopter le monothéisme, alors qu'il ne semblait pas pouvoir exercer une influence sur son propre père.
La plupart des gens soutiennent qu'infléchir les convictions de sa propre famille s'avère plus difficile que d'affecter un parfait étranger. Il est d'autant plus ardu pour un enfant de démontrer à son parent l'erreur de son existence et de l'amener à reconnaître ses torts.
Bien que cette affirmation soit effectivement vraie dans la majorité des cas, il demeure néanmoins difficile de concevoir qu'un individu d'une sainteté et d'une force de persuasion aussi considérables qu'Avraham, qui transforma le monde, ne pût contraindre son père à renoncer à des absurdités telles que l'idolâtrie.
Nos Sages nous enseignent que, de fait, vers la fin de son existence, Téra’h rectifia sa conduite et abandonna l'idolâtrie. Il apparaît, par conséquent, que ce sont les efforts constants d'Avraham qui finirent par porter leurs fruits.
Le lien entre les deux éloges funèbres
Par la juxtaposition du récit de l'éloge funèbre prononcé par Avraham en l'honneur de Téra’h, qui contenait certainement des louanges relatives à sa Techouvah (repentance et retour), la Torah suggère que cet éloge était intrinsèquement lié à un autre éloge : celui de son épouse Sarah.
La raison de ce parallélisme réside dans l'intention de nous suggérer que, bien qu'Avraham méritât certainement d’être reconnu pour avoir exercé une influence sur son père, en dépit des épreuves qu’impliquait une telle entreprise, il s'avère que c'est en réalité Sarah qui fournit à Avraham l'inspiration nécessaire pour persévérer et, finalement, triompher. C'était la capacité propre à Sarah de transposer les idéaux d'Avraham dans la réalité, et ses efforts mêmes qui couronnèrent l'œuvre d'Avraham de succès.
La première opinion, stipulant qu'Avraham venait de la « ligature de Yits’hak, » illustre l'obsession de Sarah pour l'avenir. La seconde opinion, décrivant l'arrivée d'Avraham suite aux funérailles de son père Téra’h, démontre la capacité dont Sarah était également pourvue d'influencer la génération passée.
Quelle perspective représente-t-elle le plus grand accomplissement ? S'agit-il de la faculté de garantir l'avenir, ou bien de celle d'affecter le passé ?
Les jeunes font revenir les anciens
L'une des prophéties relatives à l'Ère du Machia’h indique que la jeunesse exercera une influence sur ses aînés. Le dernier prophète biblique, Malakhi, énonce : « Il ramènera le cœur des pères vers [selon Rachi : par l'intermédiaire des] enfants ».
Les parents manifesteront une réaction favorable à la manière dont leurs descendants découvriront la vérité dans le Judaïsme et réintégreront leurs parents dans la communauté.
À quel moment ce processus d'influence de la jeunesse sur les anciens a-t-il débuté ?
Avraham et Sarah furent les premiers à instaurer cette inversion des rôles par laquelle la jeunesse influence et guide les plus âgés.
Il apparaît que, lors des derniers soubresauts de l'exil, la capacité de la nouvelle génération à influencer ses aînés se trouve particulièrement mise en exergue.
Qu’est-ce que le Chaatnez ?
Un tissu de laine cousu avec du fil de lin (ou le contraire) est appelé Chaatnez. Tout vêtement constitué avec du Chaatnez est interdit Deoraïta, c’est-à-dire explicitement par la Torah (Devarim - Deutéronome 22 : 11). On n’a pas le droit de le porter ni même de s’asseoir dessus ou de s’en envelopper comme d’une couverture. Des spécialistes sont formés pour distinguer le Chaatnez des habits – essentiellement les vestes de costumes et les manteaux mais aussi parfois des vêtements de femmes ou d’enfants – surtout quand il s’agit d’habits de bonne qualité (car le fil de lin est très solide et donc privilégié dans ces tissus).
Le Chaatnez se trouve souvent dans les renforts et les boutonnières des vestes et manteaux ainsi que dans les tissus provenant de pays étrangers où ces matières (laine et lin) sont abondantes.
Même si l’étiquette mentionne uniquement des matières synthétiques, il se peut que les fils utilisés soient constitués d’un mélange de laine et lin.
Tant que ces vêtements n’ont pas été sérieusement vérifiés par un spécialiste, il est interdit de les porter même une fois (sauf si c’est pour les essayer).
F.L. (d’après Rav Yossef S. Ginsburgh – Si’hat Hachavoua N° 1912)
Anciens élèves…
Le Docteur Ira Weiss était un cardiologue de renommée mondiale, établi à Chicago. Il eut le privilège, en 1977, de soigner le Rabbi qui avait subi une grave crise cardiaque. Il continua par la suite de s’occuper de la santé du Rabbi et de son épouse, la Rabbanit ‘Haya Mouchka.
En 1981, il reçut un appel de Rav Binyamin Klein, un des secrétaires, qui l’informa que la Rabbanit souffrait et les symptômes qu’il décrivit évoquèrent tout de suite dans l’esprit de Docteur Weiss une possible infection coronarienne. Immédiatement, il envisagea de se rendre à New York pour se rendre compte personnellement de la gravité de la situation.
Or ce week-end, il était supposé assister à la 20ème réunion d’anciens élèves de son université : quand le Rabbi apprit ce détail, il informa Dr. Weiss qu’il devait assister à cette réunion et ne s’envoler pour New York qu’après cela.
Cependant, vendredi après-midi, Dr. Weiss décida que, malgré la directive du Rabbi, il devait rater la réunion et partir au plus vite au chevet de la Rabbanit car il avait compris que son état était grave et qu’il ne devait pas retarder la consultation. Il était déjà tard ce vendredi et il n’arriva à New York que pendant Chabbat. (Mais pour un malade en danger, il est permis de transgresser Chabbat). Après avoir pris plusieurs métros et bus, il arriva à 21 h au domicile de la Rabbanit et fut accueilli chaleureusement par le Rabbi qui, apparemment, l’attendait – bien qu’auparavant il l’ait dissuadé de venir si vite et de rater la réunion d’anciens élèves.
Son diagnostic initial avait été correct, il s’agissait bien d’une infection de la valve coronarienne. Avec Robert Feldman – le docteur de la communauté juive de Crown Heights – il établit un programme pour traiter l’infection qui, effectivement, guérit progressivement.
Soulagé de voir la Rabbanit se rétablir, le Rabbi remercia profusément le cardiologue puis discuta avec lui de la réunion qu’il avait ratée : Dr. Weiss haussa les épaules, remarquant qu’il y aurait encore d’autres réunions de ce type dans dix ans et dans vingt ans et qu’il se ferait un plaisir d’y assister. Le Rabbi demanda alors :
- Un livret a-t-il été édité en préparation de ce congrès ?
- Oui, répondit le docteur, plutôt étonné de la question : chacun des cent-cinquante anciens étudiants a écrit environ une page chacun, sur sa vie actuelle.
- Connaissez-vous tous les 150 anciens étudiants ? continua le Rabbi.
- J’en connais environ la moitié et je ne lirai que leurs contributions.
- Vous devriez lire tous les articles, conseilla le Rabbi, et en détail !
Quand il retourna chez lui à Chicago après Chabbat, Dr. Weiss retrouva le livret et se mit à le lire attentivement, y compris le compte-rendu d’une ancienne camarade de classe – Doreen – dont il se souvenait vaguement. Elle décrivait comment son mari avait souffert d’une maladie rénale aigue – ce qui l’avait amené à devenir un des premiers bénéficiaires d’une transplantation rénale à l’Université du Minnesota.
En lisant cela, Dr. Weiss pensa à un de ses voisins qui souffrait justement d’une insuffisance rénale que les dialyses ne parvenaient plus à réguler. Il décida de téléphoner à Doreen et de la mettre en contact avec ce voisin. Les deux couples devinrent de très bons amis et, bien vite, le voisin put lui aussi bénéficier d’une transplantation dans le même hôpital que le mari de Doreen.
Quarante ans, plus tard, il était encore vivant et profitait d’une vie saine et de qualité.
Ce sauvetage miraculeux n’aurait pas pu se produire si Dr. Weiss n’avait pas lu attentivement l’article de Doreen sur le conseil du Rabbi.
Humblement, Dr. Weiss racontait cet épisode en concluant qu’il n’avait jamais osé demander directement au Rabbi pourquoi il avait insisté qu’il lise toutes les 150 histoires racontées par ses anciens camarades mais il avait toutes les raisons de deviner la pertinence de ce conseil…
Mme Henya Laine - COLlive
Traduite par Feiga Lubecki