Des jours pour aujourd'hui
Les grandes dates, liées à de grands événements, ont ceci d'important qu'elles font mieux apparaître des idées bien souvent essentielles. C'est en cela qu'elles n'ont pas simplement un caractère commémoratif mais qu'elles contiennent toujours une vision qu'il appartient à chacun de mettre en œuvre. Les 12 et 13 Tamouz en font incontestablement partie.
Cela nous ramène à un temps d'épreuve, une époque où l'obscurité paraît si épaisse qu'elle en est devenue comme infranchissable. Nous sommes en 1927, c'est le temps de l'URSS et des persécutions antijuives. Au cœur de ce combat, un homme se tient : Rabbi Yossef Its'hak Schneersohn, le précédent Rabbi de Loubavitch. Il en est à la fois le centre et le référent ultime. Le pouvoir en est conscient et cela le conduit à l'arrêter. Ce n'est pas là ce qui peut faire plier un tel homme. Il est ensuite condamné à mort, sa peine étant finalement commuée en relégation de plusieurs années dans un endroit reculé du pays, puis réduite, dans les faits, à quelques jours. Devant une volonté aussi puissante, une fermeté absolue, même la dictature a fini par renoncer. Et le 12 Tamouz, Rabbi Yossef Its'hak est libéré !
A notre tour, nous vivons un temps où la liberté est constamment remise en cause. Liberté d'être ce que l'on est vraiment, liberté de conscience, liberté spirituelle et son corollaire, la fidélité, tout cela semble avoir, dans l'esprit de beaucoup comme dans les usages sociaux, perdu de sa légitimité. Il faudrait se conformer à ce que la société environnante attend de nous. L'exemple de Rabbi Yossef Its'hak nous éclaire alors le chemin. La véritable liberté est d'abord une affaire de choix personnel. On ne peut être libre que lorsqu'on décide de l'être et qu'on vit pleinement une telle décision.
Lorsque D.ieu créa le monde, Il fit à l'homme ce prodigieux cadeau : pouvoir choisir ses actions, définir son chemin. Et, afin que nul ne se perde, il donna le guide qui nous permettrait de nous y conduire : la Torah. Celle-ci nous accompagne chaque jour de notre vie, afin que nous soyons des hommes authentiquement libres. Dans ce sens aussi, les 12 et 13 Tamouz sont des jours qui s'adressent à nous.
Quelle Techouva pour quel Tsadik ?
Le Zohar (III, 153b) enseigne que « Machia'h viendra pour faire faire Techouva aux Tsadikim ». Au-delà de l'explication qui veut que, la Techouva étant une forme à part entière du service divin, elle doit exister à tout instant et chez chacun, il en existe une autre plus profonde.
Au temps de Machia'h, une révélation divine infinie apparaîtra. Pour D.ieu, Qui est désigné comme (Rachi sur Berechit 18:28) « le Tsadik du monde », cette révélation sera une forme de « Techouva » pour avoir retenu cette lumière pendant toute la durée de l'exil.
(d'après Or Hatorah, Vayikra, p. 235) H.N.
Qu'est-ce que le 17 Tamouz ?
Cette année, le jeûne du 17 Tamouz sera le jeudi 2 juillet 2026.
On ne mange ni ne boit depuis le matin à 3h11 (en Ile-de-France) jusqu'à la tombée de la nuit 22h50 (en Ile-de-France).
C'est en ce jour que Moché Rabbénou (Moïse notre Maître) brisa les premières Tables de la Loi à la suite du péché du veau d'or. Bien plus tard, le sacrifice quotidien fut interrompu lors du siège de Jérusalem. Une première brèche apparut ce jour-là dans les murailles de la ville sainte. Enfin, Apostomos installa une idole dans le Temple et brûla un rouleau de la Torah, toujours un 17 Tamouz.
Durant les trois semaines suivantes, jusqu'au 9 Av (jeudi 23 juillet 2026), on augmente les dons à la Tsedaka. On évite d'acheter de nouveaux vêtements et on ne prononce pas la bénédiction « Chéhé'héyanou » (par exemple sur un fruit nouveau). On ne se coupe pas les cheveux et on ne célèbre pas de mariage. On évite de passer en jugement.
Suite à l'appel du Rabbi, à partir du 17 Tamouz, nous intensifions l'étude des lois de la construction du Temple (dans le livre d'Ezékiel, le traité Talmudique Midot et le Rambam - Maïmonide).
F.L.
12 Tamouz, pendant le repas
Extrait du « Sefer Hasi'hot » une compilation des causeries qui furent prononcées par Rabbi Yossef Its'hak Schneerson, le Rabbi Rayats, précédent Rabbi de Loubavitch, au cours de l'année 5701 (1940-1941).
En effet, elles ont été prononcées durant la seconde année après l'installation définitive du Rabbi Rayats aux Etats-Unis, alors que la communauté 'hassidique n'était pas encore pleinement structurée. Le Rabbi s'adressait donc essentiellement, à l'époque, à ceux qui avaient été atteints, à des degrés divers, par l'assimilation du nouveau monde ou encore à ceux qui pensaient réellement que : « En Amérique, c'est différent », qu'il est impossible de mettre les Mitsvot en pratique dans le monde moderne. Avec des mots simples, le Rabbi Rayats apporte à ces Juifs les valeurs traditionnelles du Judaïsme.
Chez nous, 'Hassidim 'Habad, ce jour, le 12 Tamouz, est la fête spécifique de la révélation de la Lumière profonde et essentielle de la 'Hassidout 'Habad, qui a emporté la victoire sur l'obscurité des opposants, descendants de 'Hassidim, desquels nos Sages disent : « ce sont les plus éloignés ». Ils ont obscurci les yeux des 'Hassidim par leurs décrets contre la Torah et la prière. D.ieu fasse qu'il n'en soit pas de même à l'heure actuelle.
Pour moi, le 12 Tamouz est également la date à laquelle mon âme est descendue dans mon corps, en ce monde, afin d'y accomplir la finalité divine pour laquelle l'âme vient ici-bas. Chez les enfants d'Israël, respectant la Torah et les Mitsvot, en général, le 12 Tamouz est un jour de victoire. La lumière du service de D.ieu consistant à diffuser la Torah a alors vaincu l'obscurité de ceux qui s'opposaient à la Torah et à la foi d'Israël.
Chaque Juif, à titre personnel, possède une dimension communautaire, en ce sens et c'est pour lui que le monde a été créé. Il est dit que : « au commencement (Béréchit), D.ieu (Elokim) créa le ciel et la terre ». Béréchit, « au commencement » signifie aussi pour Israël, qui est appelé « commencement ». Le service de D.ieu porte sur : « D.ieu (Elokim) créa ». Le Nom Elokim est celui de l'occultation.
Quelle différence y a-t-il, dans la signification divine, entre les Noms Avaya et Elokim ? L'un et l'autre sont des Noms de D.ieu, mais Elokim correspond au voile, à la Divinité Qui est introduite dans les voies de la nature, alors qu'Avaya est la révélation, la Divinité Qui transcende la nature.
Les enfants d'Israël sont un peuple divin. Quiconque possède une intelligence humaine et connaît l'histoire du monde, de l'humanité, perçoit clairement que le peuple du D.ieu d'Israël est le peuple élu, chargé d'accomplir la finalité divine, à l'origine de la création du monde.
Chaque fils ou fille d'Israël, à titre individuel, a une mission spécifique de la Providence céleste, celle d'accomplir tout ce qui concerne la Torah et les Mitsvot, dans ce monde matériel. La Providence divine conduit le peuple élu d'un pays à l'autre, d'un endroit à l'autre, afin d'y accomplir la finalité céleste, pour laquelle les mondes furent créés.
Le sort incombant à notre génération est l'abnégation pour sanctifier le Nom de D.ieu à tous les niveaux. Que D.ieu, béni soit-Il, ait pitié de Son peuple, en tout endroit où il se trouve et qu'Il accorde la vie aux Juifs et aux membres de leur famille, matériellement et spirituellement.
Chaque individu, qui qu'il soit, grand érudit, Juif du Talmud, ou bien simple Juif des Tehilim, doit ressentir la responsabilité consistant à mettre en pratique les Mitsvot, qui lui incombent. En plus de sa responsabilité personnelle, inhérente à la descente de son âme dans ce monde, il doit ressentir une responsabilité collective.
'Houkat - Balak
'Houkat
D.ieu enseigne à Moché les lois de la « Vache Rousse ».
Après quarante ans d'errance dans le désert, le Peuple juif arrive dans le désert de Tsin. Myriam quitte ce monde et le peuple, privé du puits de Myriam, réclame de l'eau. C'est alors que Moché va frapper (au lieu de lui parler) le rocher pour qu'en jaillisse de l'eau. L'eau jaillit mais ni Moché ni Aharon ne pourront entrer en Terre Sainte.
Aharon meurt et lui succède son fils Elazar. Le peuple parle encore une fois contre D.ieu et Moché. Une épidémie frappe alors le peuple. Celle-ci sera enrayée par un serpent d'airain brandi par Moché.
Moché mène des batailles contre les rois Si'hon et Og, conquiert leurs terres, à l'est du Jourdain.
Balak
Balak, roi de Moav, engage le prophète Bilaam pour maudire le Peuple juif. Incapable d'y parvenir, ce sont des paroles de bénédictions qui sortent de sa bouche ainsi que la prédiction de la venue de Machia'h.
Le peuple faute avec les filles de Moav qui les poussent à pratiquer l'idolâtrie. L'un des princes de tribu conduit publiquement une princesse Midianite dans sa tente. Pin'has les tue alors tous deux, ce qui met immédiatement fin à la plaie qui s'était abattue sur le peuple.
Le dilemme de Moché
Chaque fois que nous sommes amenés à indiquer une pratique du Judaïsme qui échappe à l'entendement rationnel, la loi de la « Vache rousse » (Para Adouma), évoquée dans la Paracha de cette semaine, est citée.
Lorsqu'un individu entrait en contact avec un corps sans vie, la Torah exigeait qu'il passe par un rite de purification qui impliquait que l'on asperge sur lui des cendres d'une Vache rousse. À défaut de quoi, il se voyait dans l'impossibilité d'accéder au Beth Hamikdach, le Saint Temple de Jérusalem. Ce rituel était si énigmatique que même le roi Chlomo (Salomon), « le plus sage des hommes », en fut déconcerté. Et lorsque Moché reçut directement de D.ieu les lois relatives à l'impureté générée par la mort, il pâlit, exprimant ainsi son incapacité à concevoir le mécanisme d'une telle purification.
Afin d'appréhender le dilemme de Moché, il convient de tenter au préalable de comprendre les raisons pour lesquelles une personne entrant en contact avec un mort est qualifiée de « Tamé ». Quelle est la signification réelle du terme « Tamé » ?
Erreur de traduction
La plupart du temps, on traduit ce terme par « impur ». Il serait plus exact d'employer l'expression « rituellement impur ». Mais en réalité, il n'existe aucun équivalent français au terme « Tamé » ; par conséquent, une traduction exacte s'avère impossible.
Plutôt que d'être traduit, le concept de « Tamé » doit être explicité par une analyse approfondie des enseignements de la Torah, et plus précisément de la littérature mystique, concernant la vie et la mort. De fait, cette approche particulière exige de notre part un changement quant à notre manière de penser sur la nature même de la vie et de la mort.
La plupart d'entre nous affirmons que la mort est un phénomène naturel et inévitable. Tout ce qui est vivant est voué à la mort. Il est axiomatique que la vie est transitoire, tandis que la mort est permanente.
La mort est fondamentalement temporaire
Le Judaïsme postule que c'est l'inverse qui est exact.
Lors de la création d'Adam et 'Hava, antérieurement à la consommation du fruit défendu, leur immortalité était assurée. En d'autres termes, l'état naturel du monde, tel qu'il avait été institué par D.ieu, prévoyait une continuité indéfinie de la vie. Ce n'est que par le non-respect du commandement divin interdisant la consommation du fruit de l'Arbre de la Connaissance que la mort s'est intégrée à notre réalité.
Au moment où les Juifs reçurent la Torah au mont Sinaï, la mort s'est évanouie, pour n'être réintroduite qu'à cause de la fabrication du Veau d'Or.
C'est également une croyance fondamentale du Judaïsme (l'un des treize principes de la Foi établis par Maimonide) que, suite à l'avènement du Machia'h, les défunts ressusciteront. Selon la majorité de nos Sages, nous jouirons alors d'une existence éternelle.
Par conséquent, tant dans l'état originel de l'existence que dans sa forme ultime, la vie revêt un caractère permanent. La mort constitue une aberration et n'est autorisée qu'afin de nous permettre d'apprécier la valeur intrinsèque de la vie. La mort nous permet de prendre conscience que nos actions produisent des effets significatifs, et que nous devons maximiser le bien durant notre présence ici-bas. Toutefois, ultimement, l'accumulation du bien restaurera de nouveau le statut de la vie à sa position originelle et intrinsèque.
En somme, l'état naturel de l'existence réside dans la vie. La mort, introduite dans le monde lorsque Adam et 'Hava consommèrent le fruit défendu, représente l'état de fait le plus contre nature et constitue une véritable énigme.
« Tamé » nous alerte sur la définition véritable de la vie
Il convient de revenir à l'étymologie et au concept de « Tamé ». L'état de « Tamé » ne constitue nullement un péché et ne suggère pas que l'individu « Tamé » ait commis une transgression, ou qu'il soit intrinsèquement malveillant ou impur.
Le terme « Tamé » peut être compris comme une disposition mentale qui sensibilise l'individu à la nature intrinsèque de l'existence, ainsi qu'à l'absurdité absolue et à l'énigme de la mort. Il constitue un rappel impérieux selon lequel, bien que D.ieu crée l'ensemble des choses dans leur normalité, la capacité nous a été donnée soit de préserver l'état normal du monde, soit de le corrompre, quand bien même cela est de manière temporaire.
Nous pouvons dès lors comprendre la raison pour laquelle Moché ne parvenait pas à concevoir la manière dont un individu peut se purifier de son contact avec la mort. Étant donné que la mort constitue, par essence, l'état de fait le plus contre-nature, elle s'avère si absurde et irrationnelle qu'il devient ardu de déterminer comment on peut la gérer.
Sortir du cadre
Ce à quoi D.ieu répondit par le rituel de la Vache rousse, tout aussi énigmatique et manifestement irrationnel. Afin de traiter une problématique « normale », il est possible de proposer une solution « normale ». Toutefois, pour faire face à une déviation « anormale » de la normalité, il devient impératif de « sortir du cadre », en entreprenant une action non conventionnelle, aux frontières de l'incrédulité.
Notre existence en exil a été assimilée à l'expérience d'un état de « Tamé ». Nous considérons les maux de la société comme la norme, tandis que les expériences positives sont perçues comme l'aberration. Nous appréhendons la mort comme un phénomène naturel et la vie (physique ou spirituelle) comme l'exception.
Par conséquent, nous avons sombré dans le cynisme, le scepticisme et le pessimisme.
L'unique solution à ce problème réside dans une approche non conventionnelle de l'existence, ainsi que dans des pensées, un langage et des comportements affirmant la vie. Comme l'écrit Maimonide, un bâton dont la forme a été déformée ne peut être rétabli dans son état initial en le courbant dans le sens de sa forme d'origine. Il est nécessaire de le courber dans la direction opposée, et ce n'est qu'à cette condition qu'il pourra être redressé.
Le sensé par l'insensé
La voie permettant de restaurer au monde une perspective pleine de sens consiste, pour nous, à contrer la mentalité de l'exil contre-nature, de manière générale, et plus particulièrement la haine et le mal absolument irrationnels, par des actions de bonté proportionnées qui dépassent nos propres limites. Bien que le mal doive être combattu sans relâche, il nous incombe également d'introduire dans le monde une bonté et une sainteté non conventionnelles, imprévisibles et affirmant la vie.
Conseils pratiques
En termes pratiques, cela signifie que :
Nous devons tout d'abord réorienter notre conception de l'existence et de la bonté en général. Il nous faut percevoir la vie, la bonté ainsi que la Rédemption ultime par Machia'h comme l'état de fait le plus naturel.
En outre, avant même que nos structures mentales ne puissent évoluer, nous devons nous exprimer sur un ton positif concernant le bien en nous et chez autrui, et affirmer, du moins verbalement, la prééminence du bien ainsi que notre certitude en l'avènement de l'Ère Messianique. Le discours positif possède, en soi, la capacité de susciter des sentiments positifs.
Enfin, et c'est primordial, nous devons modifier nos comportements. Quand bien même notre cœur et notre esprit pourraient ne pas être encore en adéquation avec notre observance juive, nous devons effectuer le saut symbolisé par la nature irrationnelle de la Vache rousse. En transcendant nos propres limites, nous pouvons susciter une force qui transformera le monde et le ramènera à sa véritable normalité.