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Samedi, 20 juin 2026

  • Kora’h
Editorial

 Un jour au cœur

Il existe des jours différents, des jours que l’on porte en cœur avant même qu’ils n’entrent en tête et pénètrent la conscience. Quand ils reviennent, le calendrier cesse d’être une simple mesure du temps pour devenir comme un battement d’âme. C’est ainsi que le 3 Tamouz résonne en chacun, 32ème anniversaire du départ de ce monde du Rabbi de Loubavitch. Le chiffre 32 est déjà porteur d’un véritable message. En hébreu, il s’écrit « Lev », ce qui signifie justement « cœur », comme pour nous dire que cette date n’est décidément pas comme les autres. Devant une telle idée, nous avons un choix essentiel : en être les spectateurs ou les acteurs.

De fait, nous pouvons décider de laisser passer ce jour avec de louables sentiments, par nature limités à eux-mêmes, ou nous pouvons nous saisir de ce moment pour en produire les merveilles d’aujourd’hui et sans doute de demain. C’est que la pensée, la vision, l’œuvre du Rabbi sont toujours présentes et peut-être encore davantage aujourd’hui. Il suffit de constater l’action toujours croissante des délégués Loubavitch dans le monde entier, jusque dans les endroits les plus improbables, pour en être convaincu. Et la question monte toujours : quelle est donc la motivation de tous ces hommes et ces femmes ? D’où ces familles prennent-elles le courage d’accomplir une telle œuvre ? Alors que revient le 3 Tamouz, il nous appartient d’en prendre la pleine mesure : le message du Rabbi est vivant, il retentit en eux et les porte.

Cela ne concerne pas qu’un groupe particulier, fut-ce celui des délégués. Cela concerne chacun. Avec le 3 Tamouz, ce jour au cœur, nous connaissons un élan nouveau et il nous revient d’en faire un point de départ renouvelé. Nous savons que nous pouvons y trouver la puissance de l’élévation, parallèle à celle du Rabbi, et ainsi, par les actes de bien que nous déciderons d’accomplir, amener le monde tout entier à son aboutissement, la venue du Machia’h, où, avec tous nos maîtres et nos sages, nous le retrouverons.

Etincelles de Machiah

 Une double lumière

Lorsqu’il est question de la nouvelle ère que Machia’h introduira, il est souvent fait référence à l’intense « lumière » Divine qui brillera alors sur le monde. Cette notion de « lumière » doit, bien entendu, être comprise dans son sens spirituel : elle désigne la révélation de D.ieu.

A ce sujet, il est enseigné que ce véritable dévoilement peut prendre deux formes. Il peut venir « d’en-Haut », c’est-à-dire sans que le monde change fondamentalement. Dans un tel cas, la « lumière » est infinie car elle ne tient pas compte des limites de la création.

En revanche, elle peut aussi apparaître après l’élévation du monde qui parvient au niveau de cette révélation. Dans ce sens, la « lumière » en question, révélée à la mesure du monde, peut le pénétrer plus profondément. Il en ressort que chacune de ces deux formes de révélation possède sa qualité propre. Aussi est-il précisé que, lorsque le Machia’h viendra, elles seront réunies : la Lumière divine apparaîtra révélée dans un monde à la mesure de l’Infini.

(D’après Likouteï Torah, Parchat Rééh 26a) 

Vivre avec la Paracha

 KORA’H

Kora’h, briguant pour lui-même la Prêtrise et le poste de dirigeant, confiés par D.ieu respectivement à Aharon et à Moché, est l’instigateur d’une révolte. D.ieu donne la preuve visible aux yeux de tous de la justesse de Son choix en faveur de Moché et d’Aharon.

D.ieu ordonne qu’une « Teroumah » (prélèvement) de chaque récolte de blé, de vin et d’huile ainsi que chaque premier-né ovin ou bovin et d’autres présents spécifiques (24), soient remis aux Cohanim (les Prêtres).

ÉTABLIR UNE CONNEXION PAR L'INTERMÉDIAIRE DE NOS LEADERS

Qu'a-t-il emporté ?

Kora’h s'affirma comme un rebelle s'opposant à Moché. Son argument fondamental, tel qu'il apparaît dans la Torah, consistait en l'affirmation selon laquelle « tout le peuple est saint, pourquoi vous [Moché et Aharon] élèveriez-vous au-dessus de la communauté de D.ieu ».

Lorsque la Torah introduit la rébellion de Kora’h, elle énonce textuellement : « Et Kora’h - fils de Yitshar, fils de Kehat, fils de Levi - prit conjointement avec Datan et Aviram… »

(Bamidbar 16 : 1)

L'ensemble des commentateurs soulève la problématique de l'ambiguïté de ce verset : celui-ci mentionne qu'il « prit », sans toutefois spécifier l'objet de cette prise.

Rachi explique que le terme « prit » signifie qu'il se prit lui-même en dehors de la communauté en initiant cette rébellion. Alternativement, Rachi suggère que cela signifie qu'il entraîna avec lui certains des personnages les plus importants dans cet acte de trahison.

Le Midrach interprète les termes « Vayika’h » (« et il prit ») - comme ayant la connotation d'une acquisition. « Il effectua un mauvais achat pour lui-même » en initiant cette rébellion, car en définitive, non seulement sa cause fut rejetée par D.ieu, mais il fut également englouti par la terre.

La difficulté inhérente à l'ensemble de ces explications réside dans le fait que l’expression « et il prit » implique l'appropriation d'un objet, alors que seule sa généalogie est mentionnée dans le texte. Pourquoi la Torah ne précise-t-elle pas explicitement ce qu'il prit ?

Ne vous prenez pas trop au sérieux

En s’approfondissant sur la question, il est possible d’y répondre en observant que c’était précisément là que résidait le problème de Kora’h. Il n'emporta ni un objet ni une tierce personne ; il n’emporta que sa propre personne, et il s'accorda une importance excessive.

Ceci explicite deux points distincts :

Tout d’abord, il existe des individus caractérisés par l'autosuffisance narcissique. Même lorsqu'ils amènent autrui à se joindre à leurs entreprises, ils demeurent fondamentalement préoccupés par leur propre honneur et leur propre objectif, sans manifester de réelle sollicitude ou de connexion envers leurs alliés. Cela peut également constituer le sens du Midrach : « Il effectua pour lui-même un mauvais achat ». Le Midrach signifie en réalité que le « mauvais achat » était « lui-même », c'est-à-dire la considération de sa propre personne comme l'élément ultime et exclusif dans l'ensemble de ses transactions.

D’autre part, Kora’h considérait qu'il n'éprouvait nul besoin de leader ou de mentor. Lorsqu'il contesta la fonction de direction de Moché en avançant l'argument selon lequel : « tout le peuple est saint », Kora’h ne défendait point les droits de la population. Il s'agissait plutôt de sa manière de déclarer : « Je n'ai nul besoin de Moché comme leader et guide. Je suis moi-même saint et je peux entrer en connexion avec D.ieu sans l'assistance d'aucun autre individu, y compris Moché ».

L'impossibilité de l'autosuffisance humaine

Afin de consolider l'affirmation de son indépendance à l'égard d'autrui, la Torah poursuit en traçant sa généalogie. L'intention de Kora’h consistait à postuler que son lignage éminent lui conférait des attributs supérieurs, lui permettant par conséquent d'accéder à D.ieu sans avoir recours à des intermédiaires.

Kora’h se méprenait manifestement. D.ieu a instauré un monde au sein duquel l'être humain ne saurait agir de manière isolée. Nous sommes tributaires de nos alliances ainsi que de nos connexions avec autrui.

Cette condition ne traduit nullement une quelconque faiblesse de notre part ; bien au contraire, la reconnaissance que nous faisons partie d’une structure plus vaste constitue une manifestation de maturité, tout comme le fait de comprendre que notre contribution individuelle est conditionnée par nos liens avec les autres, tout en considérant que d'autres dépendent également de nous.

Ce concept d'interdépendance souligne en réalité notre singularité, selon laquelle nous - investis de notre propre petit domaine restreint - sommes en mesure d'influencer l'intégralité de ce tableau global.

Erreur sur deux points

L’approche de Kora’h était ainsi erronée sur deux plans distincts. En opérant une distinction entre sa personne et le reste de la communauté - y compris de ses propres cohortes - Kora’h se privait de l'intégralité des ressources mises à notre disposition par D.ieu. Par ailleurs, en contestant la nécessité d'être dirigé par Moché, il rompait simultanément son lien avec D.ieu, qui avait désigné Moché pour assumer la fonction de leader de l'ensemble d'Israël.

L'impératif de se connecter à autrui ainsi qu'à son dirigeant a fréquemment été explicité par le recours à l'analogie du corps humain. Un organisme humain ne jouit de la santé que lorsque l'ensemble de ses organes fonctionne de manière harmonieuse. Afin de rendre cette cohésion possible, il est impératif que tous les organes demeurent connectés au cerveau.

Les leaders que D.ieu a choisis constituent le cerveau du Peuple juif. Ce n'est qu'en établissant une connexion avec nos enseignants et mentors que nous pouvons pleinement actualiser et jouir de notre propre contribution individuelle. Cela justifie l'importance que la tradition juive - depuis les époques biblique et talmudique et de manière continue - a accordée à l'obéissance et au lien avec nos leaders et nos enseignants de la Torah.

Le Moché de notre génération

Si l’on considère la guidance qu'a exercée le Rabbi de Loubavitch auprès du Peuple juif et l'orientation qu'il a tracée pour nous, il ne fait aucun doute que le Rabbi s'illustre en tant que « Moché » de notre génération. Le Rabbi s’est consacré à la revitalisation de l'esprit du Peuple juif dans l'ère post-Shoah. Par son optimisme, son amour universel et son dévouement désintéressé, visant à nous guider vers l'objectif ultime de l'avènement du Machia’h et de la Rédemption finale, le Rabbi est parvenu à transformer la face du Judaïsme à travers le monde. Le Rabbi a accompli l'ensemble de ces desseins en mettant en lumière la dimension positive en chacun de nous et en nous aidant à mobiliser nos talents individuels ainsi que notre spiritualité intérieure, afin que nous puissions pleinement actualiser notre potentiel.

Alors que nous célébrons cette semaine, le troisième jour du mois de Tamouz - date à laquelle la présence physique du Rabbi nous fut enlevée - il convient de mener une réflexion sur la leçon tirée de Kora’h et de consolider notre lien avec le Rabbi, le Moché de notre temps. Nous y parvenons en suivant sa méthode consistant à discerner le bien et le sacré en chacun et en actualisant cette bonté et cette sainteté par un dévouement accru envers le Judaïsme.

Le Coin de la Halacha

 Coutumes liées au jour de la Hilloula du Rabbi 3 Tamouz
(cette année jeudi 18 juin 2026)

Le Rabbi avait fixé un certain nombre de coutumes à respecter à l’occasion de la Hilloula du Rabbi précédent. Ce sont ces mêmes coutumes qui ont été reprises pour le 3 Tamouz. En voici quelques-unes :

• On allumera une bougie de vingt-quatre heures depuis le mercredi soir 17 juin.

• Pendant chacune des trois prières du jour, cinq bougies resteront allumées devant l’officiant.

• On donnera de la Tsedaka (charité), au nom de chacun des membres de sa famille, pour une institution du Rabbi.

• On consacrera un moment dans la journée pour parler du Rabbi et de sa grande Ahavat Israël (amour du prochain) à sa famille et son entourage.

• On étudiera les chapitres de Michnayot correspondant aux lettres qui constituent le nom du Rabbi.

• On étudiera les enseignements du Rabbi.

• On rédigera la veille un « Pane », « Pidyone Néfech », une lettre de demande de bénédictions (en y précisant les prénoms et les prénoms des mamans de chacun) qui sera lue sur le Ohel du Rabbi.

N° de fax du Ohel : 00 1718 723 44 44

N° de fax du Beth Loubavitch : 01 45 26 24 37

Adresse du Ohel : 226-20 Francis Lewis Blvd – Cambria Heights, New York 11411

E-Mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Le Recit de la Semaine

 Le Juif de l’équipe de foot de Damas

Alex Eisenbach était un homme d’affaires bien connu et prospère en Israël pendant près de quarante ans. Un jour, il me stupéfia en glissant, mine de rien : « Bien que je ne sois pas Loubavitch, j’ai un jour rendu un grand service au Rabbi de Loubavitch ! ».

Vous imaginez ma surprise !

Et il me raconta sa vie :

Enfant, je suis arrivé de Roumanie avec mes parents dans ce qui était alors la Palestine sous mandat britannique. En 1946, j’ai choisi d’étudier la pharmacie mais il n’y avait pas d’école pour cela en Palestine. L’école la plus proche était située à Damas, en Syrie. C’est là que j’ai créé l’équipe de football et nous avons joué dans toutes les villes du Moyen-Orient. Nul ne soupçonnait qu’en fait, je travaillais pour la Hagana, l’organisation secrète qui se battait pour établir le futur état juif : je lui ai fourni des renseignements d’une valeur inestimable lors de la guerre d’Indépendance.

En mai 1948, les cinq pays arabes encerclant le nouvel état d’Israël lui déclarèrent la guerre et, avec tous les autres étudiants juifs, je fus expulsé de l’université de Damas alors qu’il ne me restait plus qu’un an d’études pour obtenir mon diplôme.

La Hagana devint l’armée officielle d’Israël. Je sollicitai son aide pour pouvoir terminer mes études et on m’aida à être admis à l’université de Boston aux Etats-Unis. Cela signifiait un voyage en bateau jusqu’à New York puis le train jusqu’à Boston, ce qui était très excitant et stimulait la curiosité de tout mon entourage. Toute la ville en parlait. Juste avant mon départ, une dame frappa à ma porte et se présenta : Madame Arié Leib Schneerson. Elle me demanda si je pouvais lui rendre un grand service et apporter un paquet de documents importants au frère de son mari qui habitait près de son beau-père, Rabbi Yossef Yits’hak Schneerson de Loubavitch. Elle précisa que son mari, Israël Arié Leib avait emporté ces documents inestimables quand il avait quitté la Russie vingt ans plus tôt et que son frère – de fait celui qui allait devenir le Rabbi de Loubavitch à la mort de son beau-père – en avait besoin en urgence. Elle ne voulait pas prendre le risque de les envoyer par la poste et n’avait confiance que dans un autre Juif. Dès mon arrivée à New York, je devais immédiatement quitter Manhattan et me rendre en métro à Crown Heights où habitait le Rabbi.

Un mois plus tard, j’arrivai aux Etats-Unis, frappai à la porte de la demeure du Rabbi ; son épouse, la Rabbanit ‘Haya Mouchka m’ouvrit. Elle me remercia profusément et m’assura qu’elle remettrait le paquet personnellement à son mari. Puis elle me demanda de revenir à 16 heures pour le rencontrer.

Cependant, quand je revins, la Rabbanit s’excusa : son mari était très occupé et n’avait pas pu venir mais il lui avait demandé de me transmettre sa grande satisfaction pour le service que je lui avais rendu : « Aucun mot ne peut exprimer notre gratitude envers vous pour cette immense Mitsva que vous avez accomplie et mon mari vous bénit du fond du cœur ».

En l’an 2000 (à peu près), Alex vint me voir dans mon bureau, les larmes aux yeux : le lendemain, il était convoqué au tribunal avec deux collègues. Tous trois avaient conclu une très grosse affaire de plusieurs millions de dollars, après avoir pris conseil auprès d’un avocat pour éviter de payer trop d’impôts. Cependant, au lieu de les conseiller correctement, l’avocat les avait trompés et ils étaient maintenant soupçonnés d’avoir fraudé – et en grand ! Tous trois étaient condamnés à payer des millions de taxes et aussi à un an de prison ! Alex conclut : « Pour moi, ce n’est pas une peine de prison, c’est une sentence de mort ! A 80 ans, je sais que je ne pourrais pas survivre en prison et, même si je m’en sors, je n’aurai plus d’argent pour vivre ! ».

Tandis qu’il me parlait, je repensai à l’histoire qu’il m’avait racontée dix ans plus tôt !

- Alex ! Vous avez rendu un très grand service au Rabbi et il vous était très reconnaissant ! Pensez-vous que le Rabbi vous laisserait maintenant dans cette situation ? Venez, priez et placez votre confiance en D.ieu ! Nous allons écrire une lettre qui sera placée sur la tombe du Rabbi et tout va s’arranger !

Le lendemain, à 17 heures, j’ai appris par la radio que le tribunal avait acquitté les trois accusés : en effet, ils avaient agi honnêtement, de bonne foi mais avaient été mal conseillés.

Alex vint me voir le lendemain, avec un sourire éclatant et je l’embrassais !

- Le Rabbi n’a pas oublié le service que je lui ai rendu il y a si longtemps ! s’exclama-t-il.

- Bien sûr, j’en suis convaincu !

- Oui, vous en êtes convaincu mais moi, j’en ai eu la preuve !

Et constatant mon air étonné, il continua :

- Quand je suis entré dans la salle du tribunal, j’ai regardé le président droit dans les yeux et quelque chose d’extraordinaire s’est produit, comme si son visage disparaissait pour prendre les traits du visage du Rabbi de Loubavitch qui me souriait ! Puis quelques secondes plus tard, le visage du juge réapparut…

A ce moment, j’ai compris au plus profond de moi que le Rabbi était avec nous et que nous allions certainement gagner ce procès.

Et D.ieu merci, j’ai eu raison !

Rav Yaakov Cass – Adapté par Yerachmiel Tilles - Ascent

Traduit par Feiga Lubecki