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La sidra de Chavouot 5786

  • Nasso
Editorial

 Un temps nouveau

Nous y sommes ! Après sept semaines d’attente impatiente et de décompte quotidien, depuis la fête de Pessa’h, celle de Chavouot remplit notre horizon spirituel. Il nous appartient donc de la revivre avec tout l’élan qui convient. Nous avons rendez-vous avec la Révélation Divine et ce n’est évidemment pas un événement anodin. C’est que, avec la venue d’une Loi dans ce monde, tout change. Lorsque D.ieu « descend » sur le mont Sinaï, c’est bien un élément fondamental de la création qui en est transformé : le spirituel pénètre et imprègne le matériel, lui donnant son véritable sens. L’homme, ici-bas, devient ainsi l’acteur de la Volonté Divine et, par ses actions, mène le monde à son accomplissement.

L’objectif est grand et sans doute peut-on s’interroger sur notre capacité à l’atteindre. Pourtant, avec le Don de la Torah, c’est bien de cela qu’il s’agit. Nous entrons ainsi véritablement dans l’histoire. Jusque-là, le monde tâtonnait dans l’obscurité. Nos ancêtres avaient entrepris de découvrir le chemin qui permettrait l’avancée. Ils avaient commencé à l’emprunter : Abraham, Isaac, Jacob y avaient planté leurs premiers jalons. Mais tout cela n’était encore qu’une amorce, il fallait passer à l’étape suivante. Et ce fut le premier Chavouot, et la Loi donna enfin le cadre attendu. A partir de ce moment, l’homme peut construire sa vie et créer ce lieu de civilisation qui deviendra un authentique cadre de développement.

Cela fait à présent un peu moins de 3400 ans que la Torah nous fut donnée. Et on pourrait se prendre à penser qu’au bout d’un temps si long, la valeur d’un tel jour devient essentiellement commémorative. Il n’en est rien. Le fait que la Loi nous ait été donnée, qu’elle soit devenue le socle de ce qui fait l’humain, est d’une impérative actualité. Alors qu’on constate une certaine perte de repères, que des choses autrefois évidentes semblent prises dans une sorte de flou, elle est plus précieuse que jamais. Nous savons depuis longtemps que la Torah, sagesse de D.ieu, est éternelle. Aujourd’hui, nous en faisons l’expérience concrète.

Etincelles de Machiah

 Le secret du secret

Les premiers ‘Hassidim, citant le troisième Rabbi de Loubavitch, le Tséma’h Tsédek, ont enseigné :

La Torah comporte quatre niveaux d’interprétation : le “Pchat” ou “sens premier”, le “Rémez” ou “sens allusif”, le “Drach ou “sens homilétique” et le “Sod”, “sens ésotérique” ou littéralement “secret”. Chacun de ces quatre niveaux se subdivise par les quatre autres. Ainsi, pour le “Sod”, on trouvera la partie “Pchat” du “Sod”, la partie “Rémez” du “Sod” etc.

Le “Pchat” du “Sod” a été révélé par Rabbi Chimon bar Yo’haï.

Le “Rémez” du “Sod” l’a été par Rabbi Its’hak Louria, le Ari Zal.

Le “Drouch” du “Sod” a été révélé par le Baal Chem Tov.

Quant au “Sod” du “Sod”, il le sera par le Machia’h.

(d’après la tradition ‘hassidique)

Vivre avec la Paracha

 CHAVOUOT

Le don de la Torah sans echo.

Pourquoi le miracle ?

Chavouot représente la célébration du Don de la Torah. Moché lorsqu’il procède à la description de la Voix divine, lors de la Révélation du Mont Sinaï, énonce : « Une Voix immense, qui ne se prolongea point ».

L'une des explications proposées par le Midrach à ce sujet suggère que la Voix de D.ieu était dépourvue d'écho.

Toutefois, l'explication du Midrach semble soulever plusieurs questionnements.

Tout d’abord, en quoi l'absence d'écho permet-elle de manifester la grandeur ? Si la voix était effectivement d'une puissance considérable, n’aurait-elle pas dû, par conséquent, engendrer un écho ?

En second lieu, pour quelle raison D.ieu aurait-Il altéré les lois de la nature dans l'unique dessein de faire en sorte que Sa voix ne produise aucun écho ?

Un son pénétrant

L'écho est généré par l'interaction des ondes sonores avec un objet. Lorsque les ondes sonores rencontrent un mur, une montagne, ou tout obstacle de cette nature, elles sont immédiatement renvoyées. La condition sine qua non à la production d'un écho réside dans la nécessité que l'objet déviant les ondes sonores soit intrinsèquement robuste et rigide. Par conséquent, si l'objet se révèle mou et malléable, le son sera simplement absorbé, de sorte qu'aucun écho n'en résultera.

Lorsque D.ieu déclara, « Je suis l’Éternel ton D.ieu », Sa voix manifestait une puissance si dominante qu'aucun élément du monde ne possédait la force suffisante pour dévier le son. En réalité, la voix de D.ieu pénétra et imprégna le monde physique. Chaque objet de l'univers, de l'inerte aux formes de vie supérieures, absorba la Voix divine et en fut affecté.

Le phénomène de la Révélation du Sinaï s'avère analogue à ce qui surviendra après l'avènement du Machia’h, lequel est décrit par ces termes : « Et la gloire de D.ieu sera révélée, et toute chair verra ». Ainsi, nos corps mêmes seront en mesure de percevoir la Divinité.

C'est la raison pour laquelle la Voix de D.ieu ne produisit aucun écho. Il ne s'agissait nullement d'un miracle, et les lois de la nature ne furent aucunement abrogées. Il est, en effet, conforme aux lois physiques que lorsqu'un son est absorbé, aucun écho ne soit produit. Et puisque la Voix fut intégralement intégrée à la réalité physique, il n'existait aucun élément susceptible de renvoyer le son. Par conséquent, l'absence d'écho démontre la puissance infinie de la Voix, plutôt que l'inverse.

Chaque fois qu'un Juif étudie la Torah, la voix sacrée de la Torah pénètre son environnement physique et élève le monde.

Nos Sages affirment que dans le Monde à venir, « les poutres mêmes de la maison témoigneront », car elles auront absorbé toute la sainteté produite lorsqu'une personne étudie la Torah dans son foyer.

Cela explique pourquoi de nombreux Tsaddikim ordonnèrent que leurs cercueils soient confectionnés à partir du bois de leurs bureaux et de leurs tables où ils avaient appris la Torah et distribué de la nourriture aux pauvres, car la Torah et les Mitsvot avaient été « absorbées » par les lattes elles-mêmes !

La puissance de la Torah est telle qu'aucun obstacle ne saurait se mettre sur son chemin. Le monde a été institué de telle sorte qu'il permette à la Voix éternelle de la Révélation de pénétrer l'ordre corporel, et ce, jusqu'à l'époque contemporaine.

Il convient de suggérer un autre aspect relatif à la dimension dépourvue d'écho de la communication survenue au Sinaï.

Fille d'une voix !

Le terme employé pour désigner un écho en hébreu est « Bat Kol ». Cette expression, traduite littéralement, signifie la « fille d'une voix ». Elle sous-entend que la voix ou le son ne sont pas originaux, mais plutôt dérivés.

Ce terme est également appliqué à une voix céleste qui s'apparente à une mesure prophétique, sans toutefois s'y identifier pleinement. La communication émanant de D.ieu, qualifiée de « Bat Kol », est celle par laquelle le message originel parvient au destinataire de manière indirecte.

Il nous est désormais possible de mieux appréhender les raisons pour lesquelles la Voix de D.ieu au Sinaï ne possédait point de « Bat Kol ». Cela signifie non seulement qu'aucun écho ne fut produit, car il fut absorbé par chaque fibre de l'existence, mais cela dépeint également l’aspect direct du message de D.ieu envers le monde. Il n'eut nul besoin de voyager depuis les hauteurs et d’effectuer de multiples étapes par le biais de divers intermédiaires afin de nous atteindre ici-bas sur la terre. Il s'agissait de la communication directe de D.ieu à notre égard.

Objection

L’on peut émettre une objection à cette affirmation.

Le Tanya, l'ouvrage classique de la ‘Hassidout ‘Habad, décrit (Chapitre 5) le processus par lequel la Torah a dû cheminer à travers des étapes, qui nous sont obscures, afin de descendre dans notre monde. Cela semblerait impliquer que la Torah nous parvient effectivement par des étapes intermédiaires secondaires et tertiaires, plutôt que par une ligne directe émanant de la « Bouche du Tout-Puissant ».

En outre, nos Sages enseignent que seuls les deux premiers commandements furent entendus directement de la part de D.ieu, tandis que les suivants nous furent, en réalité, transmis par le biais de Moché.

Inchangée

Deux réponses liées peuvent être avancées :

La première postule que, bien que la Torah traverse de multiples étapes, elle ne subit aucune altération fondamentale de sa nature Divine essentielle. Comme l’affirme le Tanya lui-même, la Torah dont nous disposons ici-bas constitue la Sagesse et la Volonté mêmes de D.ieu, et D.ieu, Sa Sagesse et Sa Volonté sont une seule et même entité.

Bien que l'intégralité de l'existence soit sujette à de nombreuses contractions, tout comme la Torah, quelle distinction peut-on établir entre les deux modalités par lesquelles D.ieu insuffle Son énergie ?

Une distinction élémentaire réside dans le fait qu'il existe deux manières pour une entité de transiter d'un point A vers un point B : soit en s'arrêtant à chaque jonction, subissant ainsi l'influence et l'expérience de la culture locale, soit en effectuant un simple passage.

À titre d'illustration, lorsqu'un individu consigne une idée par écrit, l’idée passe par l’intermédiaire de sa main et de son stylo, sans pour autant être entachée, diminuée ou diluée de la moindre manière. La main et le stylo ne constituent que de simples conduits pour l'idée, et non ceux qui l’enseignent. À l'inverse, un enseignant qui emploie une parabole pour expliciter un sujet abstrait s'approprie un concept élevé et le simplifie.

Lorsque l'énergie divine pénétra notre monde durant le processus de la Création, elle subit des contractions et des diminutions majeures, désignées dans la Kabbale comme « Tsimtsoum ».

Néanmoins, le mécanisme par lequel la Torah a pénétré notre sphère physique est comparable aux idées qui passent par la main et la plume. Bien que ce processus rende l'idée accessible, il n'a aucun effet sur l’idée elle-même. Par conséquent, la Torah telle qu’elle se manifeste ici-bas ne diverge nullement de la Torah résidant dans les sphères supérieures ; elle est simplement rendue accessible.

La seconde réponse avance que, de fait, seuls les sons du Sinaï pénétrèrent l'intégralité de l'existence. Toutefois, il est implicite que ces sons originels recèlent l'ensemble des enseignements subséquents de la Torah.

En réalité, il ne nous était nécessaire que de percevoir les deux premiers commandements, dans la mesure où ceux-ci englobent l'intégralité des autres préceptes, de manière analogue à la façon dont une semence contient en elle toutes les plantes futures qui en pousseront.

En effet, chaque Juif présent au Mont Sinaï entendit la totalité de la Torah, telle qu'elle était encapsulée au sein des deux premiers commandements.

Le lien avec le Machia’h

Ce que l’on vient d’évoquer contribuera à nous aider à comprendre les paroles du prophète lorsqu'il transmet (de la part de D.ieu) qu' «une nouvelle Torah émanera de Moi ».

Il ne s'agit nullement d'une altération, fût-ce d'un iota, de la Torah, D.ieu nous en préserve. Mais cela signifie que le Machia’h révélera des dimensions inédites de la compréhension de la Torah.

Néanmoins, ces nouveaux enseignements étaient d'ores et déjà implicites dans la communication originelle survenue au Sinaï.

Le Coin de la Halacha

 Chavouot : 

On a coutume de se couper les cheveux la veille de Chavouot, donc cette année le jeudi 21 mai 2026.

Qu’est-ce que le Erouv Tavchiline ?

Lorsque les 2 jours de fête tombent un vendredi et un samedi (comme c’est le cas cette année), on prépare avant la fête (jeudi) le Erouv Tavchiline pour pouvoir préparer pendant le premier jour de Yom Tov la nourriture pour les besoins du second jour qui tombe un Chabbat. Pour cela, on préparera une Matsa ou un pain ainsi qu’un mets cuit (viande, poisson ou œuf) et l'on récitera la bénédiction suivante :

« Baroukh Ata Ado-naï Elo-hénou Mélèkh Haolam Achère Kidéchanou Bémitsvotav Vétsivanou Al Mitsvat Erouv. » (Béni sois-Tu, Eternel, notre D.ieu, Roi de l’univers, Qui nous as sanctifiés par Ses commandements et nous as ordonné le commandement du Erouv. »)

Puis on les mettra soigneusement de côté et on les consommera pendant un des repas de Chabbat.

Jeudi 21 mai 2026, on allumera avant 21h 15 (en Ile-de-France) une bougie de 24 heures (au moins) pour pouvoir aussi allumer les bougies vendredi soir. Puis les jeunes filles et petites filles allumeront chacune une bougie – les femmes allumeront au moins deux bougies en récitant les bénédictions :

1) « Baroukh Ata Ado-naï Elo-hénou Mélèkh Haolam Achère Kidéchanou Bémitsvotav Vétsivanou Lehadlik Nèr Chèl Yom Tov. » (« Béni sois-Tu Eternel, notre D.ieu, Roi du monde, qui nous as sanctifiés par Ses commandements et nous as ordonné d’allumer les bougies du jour de fête. »)

2) « Baroukh Ata Ado-naï Elo-hénou Mélèkh Haolam Chéhé’héyanou Vékiyémanou Véhiguianou Lizmane Hazé. » (« Béni sois-Tu Eternel, notre D.ieu, Roi du monde, qui nous as fait vivre, exister et qui nous as fait parvenir à ce moment. »)

Dans nombre de communautés, on a la coutume de décorer la synagogue et sa maison de fleurs, en souvenir du don de la Torah, quand le désert et le mont Sinaï se sont couverts de fleurs.

Il est de coutume d’étudier la Torah toute la première nuit de Chavouot, donc la nuit de jeudi 21 mai à vendredi 22 mai 2026. On lira donc le « Tikoun Leïl Chavouot » appelé également « Kériei Moéd ».

Tous, hommes, femmes et enfants, même les nourrissons, se rendront à la synagogue vendredi matin 22 mai 2026 pour écouter la lecture des Dix Commandements.

On marque ainsi l’unité du peuple juif autour de la Torah, et on renouvelle l’engagement d’observer ses préceptes.

On a l’habitude de prendre une collation lactée avant le vrai repas de viande vendredi midi.

Vendredi 22 mai 2026, avant 21h 16 (en Ile-de-France), les femmes, jeunes filles et petites filles allumeront leurs bougies à partir de la bougie de 24 heures et prononceront les bénédictions :

1) « Baroukh Ata Ado-naï Elo-hénou Mélèkh Haolam Achère Kidéchanou Bémitsvotav Vétsivanou Léhadlik Nèr Chèl Chabbat Véchèl Yom Tov. » (« Béni sois-Tu Eternel, notre D.ieu, Roi du monde, qui nous as sanctifiés par Ses commandements et nous as ordonné d’allumer les bougies de Chabbat et du jour de fête »).

2) « Baroukh Ata Ado-naï Elo-hénou Mélèkh Haolam Chéhé’héyanou Vékiyémanou Véhiguianou Lizmane Hazé ». (« Béni sois-Tu Eternel, notre D.ieu, Roi du monde, qui nous as fait vivre, exister et qui nous as fait parvenir à ce moment. »)

Samedi matin 23 mai 2026, on récite, pendant l’office du matin, la prière de Yizkor en souvenir des parents disparus : on donnera de l’argent à la Tsedaka pour leur mérite après la fête.

La fête se termine samedi soir 23 mai 2026 après 22h 37 (en Ile-de-France) avec la prière de la Havdala.

Rappelons qu’on ne récite pas la prière de Ta’hanoun (supplications) depuis Roch ‘Hodech Sivan (dimanche 17 mai 2026) jusqu’au jeudi 12 Sivan (28 mai 2026).

Le Recit de la Semaine

 Le Séfer Torah ambulant…

En 2021, un immeuble s’effondra tragiquement à Surfside (Floride). Parmi la centaine de victimes se trouvaient mon beau-frère et son épouse, Tsvi et Itty Ainsworth et la douleur fut immense dans notre famille. Nous avions alors décidé de faire écrire en Israël un Séfer Torah en leur mémoire. Comme chacun le sait, écrire un Séfer Torah, sur du parchemin spécialement traité, à la main, avec de l’encre et une plume prend du temps. (Et comme l’a fait remarquer un Sofer (scribe), ce « métier » est exercé de la même façon depuis plus de trois mille ans et ne pourra jamais être exercé par une machine ou par un robot !).

Nous avons réservé les services d’un Sofer à Kfar ‘Habad en Israël. A l’automne 2023, celui-ci m’informa que le Séfer Torah serait bientôt prêt : je décidai d’aller le chercher moi-même tout en profitant de passer la fête de Souccot en Israël et rendre visite à la famille sur place.

L’avion depuis New York vers Tel-Aviv décollait tôt le matin et, comme je ne voulais pas rater la lecture de la Torah, j’emportai un petit Séfer Torah facilement transportable. Au moment de la prière du matin, je me levai et déambulai dans l’avion pour réunir les dix Juifs nécessaires pour la prière en commun. Les stewards de la compagnie El Al me regardaient d’un air curieux car visiblement, cela les dérangeait mais je choisis d’ignorer leurs mines renfrognées et réussis ainsi à rassembler autour de moi huit hommes. Nous étions neuf et il m’en manquait donc un mais j’avais ma petite idée : j’ôtai ma Kippa de sous mon chapeau et la plaçai tout simplement sur la tête d’un steward : « Vous êtes le dixième ! ». Malgré ses regards courroucés auparavant, dès que la Kippa couronna sa tête, il changea d’expression, devint très émotif, embrassa le Séfer Torah et en écouta attentivement la lecture.

Un Séfer Torah ne laisse personne indifférent, n’est-ce pas ?

Mais ce mini-Séfer Torah joua encore un rôle très important.

Le jour de Sim’hat Torah, le 7 octobre 2023, comme tout le peuple juif l’apprit d’une manière ou d’une autre, eut lieu la terrible attaque terroriste. Une longue guerre – qui n’est pas encore terminée s’enclencha immédiatement pour sauver les otages et garantir que pareille catastrophe ne se reproduirait plus. Une conséquence secondaire fut l’annulation de tous les transports aériens.

Pour nous, le retour aux Etats-Unis devenait impossible, tous les vols avaient été annulés. De plus, le Séfer Torah que nous avions commandé n’était pas encore terminé et je décidai d’attendre.

Sachant que nous devrions rester sur place plus longtemps que prévu, je m’inquiétai pour une question de Halakha (loi juive à propos de celui qui reste plus que trente jours en Terre d’Israël : a-t-il le droit de quitter alors le pays ?). Le Rabbi avait, à l’époque, conseillé à mon beau-père de « sortir d’Israël » en se rendant à Eilat qui n’est pas inclus dans les frontières bibliques d’Erets Israël. Je téléphonai donc à mon collègue Rav Mendy Klein, Chalia’h (émissaire) du Rabbi à Eilat en lui demandant si je pouvais lui rendre visite.

- Pourriez-vous en profiter, proposa-t-il, pour visiter des bases de l’armée afin de redonner un peu le moral à tous ces soldats épuisés et surtout terriblement déprimés par tout ce qu’ils ont vu et subi pendant ces jours atroces ?

- Bien sûr, répondis-je tout en emportant mon mini-Séfer Torah.

Alors que nous approchions de l’entrée de la base, j’eus soudain une idée :

- Ces soldats ont été enrôlés le matin de Sim’hat Torah pour de terribles combats et des tâches insupportables pour porter secours dans les implantations proches de Gaza attaquées avec tant de cruauté. Ils n’ont pas eu la possibilité de célébrer Sim’hat Torah comme il convient, avec des chants et danses. Nous devrions leur en donner la possibilité maintenant, qu’en pensez-vous ? demandai-je à mon collègue Rav Mendy Klein.

Au début, il hésita mais quand nous avons rencontré les soldats, nous les avons sentis prêts pour cela. Les terroristes leur avaient volé la fête de Sim’hat Torah mais nous leur avons donné la possibilité de réparer ce manque : j’avais emporté mon mini-Séfer Torah ! Ces soldats pourtant peu pratiquants embrassèrent le manteau de velours et de cuir, les larmes aux yeux puis se mirent à chanter les mélodies traditionnelles pour finalement éclater en une danse joyeuse qui semblait ne devoir jamais plus s’interrompre.

Le peuple juif vit !

Rav Raphaël Tennenhaus - South Broward Hallandale (Floride)

COLlive Illuminations

Traduit par Feiga Lubecki