La Paracha de cette semaine relate comment Kora’h entra en confrontation avec Moché en protestant : « Toute la nation est sainte et D.ieu est parmi eux. Pourquoi t’ériges-tu au-dessus de l’assemblée de D.ieu ? »

Pour comprendre cette histoire, il nous faut nous concentrer sur différentes approches de la fonction de chef. L’une d’entre elles s’appuie sur le charisme. Un tel dirigeant attire le peuple parce qu’il « brille ». Il projette une image d’un futur très prometteur. Kora’h était riche, il avait de l’humour et il promettait au peuple un avenir meilleur. C’est la raison pour laquelle il attirait dans son sillage de nombreux hommes crédules.

Moché était avare de paroles et avait des difficultés à communiquer. Les gens trouvaient difficile de le comprendre. Néanmoins, ils savaient que de Moché émanait la vérité de D.ieu. Il ne tirait pas la source de sa force de sa personne elle-même mais de son aptitude à se dépasser.

C’est la dissonance dans les sentiments qu’il inspira qui conduisit au conflit. Parce que Moché ne leur fit pas de promesses étincelantes, ils ne furent pas très inspirés par son message. Mais par ailleurs, ils prirent conscience, et D.ieu leur rappela constamment que Moché était Son messager. Il ne prononçait pas ses propres paroles. Il ne disait que ce que D.ieu voulait qu’il dise.

Ce que cela semble impliquer est que Kora’h était attirant mais Moché, droit. Cela voudrait-il donc dire que choisir Moché aurait signifié choisir la rigueur en renonçant au plaisir ?

Moché mérite plus que cela. Un dirigeant comme Kora’h pourvoit aux besoins de ses adeptes de manière superficielle. Il leur offre des gratifications rutilantes et immédiates. Mais il n’investira pas l’énergie nécessaire pour pénétrer dans l’essence de ses fidèles.

Un homme comme Moché est différent. Son souci est de donner à son peuple la force de découvrir et d’accomplir sa mission dans la vie. Chaque individu a été créé dans le but d’accomplir une mission divine qui lui est propre. Moché ne donne pas de réponses rapides et de solutions toutes faites. Il va plutôt inciter l’homme à pénétrer dans le fond de son être et comprendre ce que D.ieu attend de lui.

Il est vrai que cela requiert de se projeter au-delà du présent immédiat. L’homme ne doit pas aspirer au plaisir immédiat mais à ce qui est véritablement juste et vrai. C’est un plus grand défi mais aussi une réussite bien plus gratifiante. Car si quelque chose est vrai, bien que cela demande plus de sacrifice, au moment présent, cela conduit au bien véritable. Bien plus encore, le bien qui en résultera sera continu et perdurera dans l’avenir.

Moché donne au peuple une vision à long terme qui lui permet de vivre sa vie avec un but profond et dans la joie. Il fait surgir cette forme de bonheur qui jaillit de l’intérieur quand nous accomplissons quelque chose qui a du sens. Au lieu de ne viser qu’à une élévation immédiate, Moché aspire à la véritable réalisation de notre raison de vivre. Et la prise de conscience de cette mission le remplit de vitalité et de joie. Il est enthousiaste dans sa vie quotidienne parce que chaque acte qu’il accomplit résonne de signification.

Dans chaque génération, nous pouvons rencontrer des guides comme Moché et Kora’h. De la même façon, chacun d’entre nous peut être un Moché ou un Kora’h. En effet, que ce soit dans notre foyer, sur notre lieu de travail ou parmi nos amis, nous agissons tous, à un moment ou à un autre, comme des dirigeants. Quand nous exerçons donc cette fonction, nous ne devons pas nous concentrer sur l’intérêt personnel, immédiat, que ce soit le nôtre ou celui de la personne que nous cherchons à impressionner, mais sur des objectifs bien plus élevés.

Perspectives

Cette question évoque également le temps de la Délivrance. Car alors, il ne s’agira pas simplement d’une époque où l’humanité parviendra à son accomplissement total. Ce sera l’Ere de Machia’h. Un homme, Machia’h, initiera les changements qui embrasseront l’humanité tout entière.

Et pourquoi suivrons-nous Machia’h ? Pas à cause de son charisme et certainement pas à cause d’une campagne remplie de promesses.

Nous suivrons Machia’h parce qu’il portera un message de vérité. Ce qu’il dira aura un réel impact et nous reconnaîtrons qu’il s’agit du but et de l’objectif de la destinée humaine. Car lorsque nous sommes mis face à la vérité, nous la reconnaissons. En fait, la vérité nous valorise et nous hisse à son niveau, éveillant en nous le potentiel de véritablement la réaliser. Telle est la clé du rôle de guide de Machia’h.

Une grande partie du peuple soutenait Kora’h et Moché lança donc un défi : Kora’h et ses deux cent cinquante adeptes apporteraient des encens en offrande, ainsi qu’Aharon le Grand-Prêtre. D.ieu accepterait l’une des offrandes et ceux qui avaient apporté les autres mourraient. Ce fut l’offrande d’Aharon que D.ieu accepta et la terre s’ouvrit et avala Kora’h et toute sa faction.

Mais qu’y avait-il de si grave dans la revendication de Kora’h ? Il semblerait même qu’elle ait pu être fondée. Puisque tous les membres du peuple sont saints, chacun d’entre eux possède une étincelle de Divinité. Pourquoi donc une personne devrait-elle « s’ériger » au-dessus des autres ? Pourquoi donc D.ieu apporta-t-Il son soutien à Moché et Aharon ?

La réponse à ces questions dépend de la compréhension que l’on peut avoir de ce sujet. Il ne fait aucun doute que toute la nation était sainte mais pour exprimer cette sainteté, le peuple devait être motivé et inspiré. Et cela requérait un dirigeant, un « Moché ».

Un dirigeant donne à son peuple la force de réaliser son potentiel et de l’exprimer. Sans un tel homme, et bien que les membres du peuple possèdent des qualités extraordinaires, ils risquent de rester passifs et de ne pas les utiliser ni de les exprimer.

Bien que chacun possédât une étincelle essentielle divine, il était de la responsabilité de Moché de permettre la révélation de cette Divinité. Chacun possédait le potentiel mais comme l’indique le récit biblique, ils faillirent, à maintes occasions, à le réaliser. C’est Moché qui les motivait, les faisait aller de l’avant pour exprimer ce qu’ils étaient réellement.