Lettre n° 9670

Par la grâce de D.ieu,


11 Nissan 5729,


Brooklyn, New York,


Aux fils et filles d’Israël, en tout endroit,


que D.ieu vous accorde longue vie,


Je vous salue et vous bénis,


La fête de Pessa’h¹, Roch Hachana et première de toutes les fêtes², avec son contenu, la sortie d’Egypte qui fit des enfants d’Israël un peuple³, reçoit une signification particulière en tant qu’événement de portée générale⁴, au point que chacun de ses aspects délivre un enseignement de portée globale et, bien entendu, éternelle⁵, comme tout ce qui appartient à la Torah, qui est immuable et n’est pas modifiée par le temps et par l’espace.


Nous envisagerons ici un aspect du sacrifice de Pessa’h et de la sortie d’Egypte. Le sacrifice de Pessa’h suppose et implique la Mitsva de la circoncision, ainsi qu’il est dit : « sacrifie tout mâle et c’est alors qu’il s’approchera pour le sacrifier…⁶ celui qui n’est pas circoncis⁷ ne l’offrira pas »⁸. De même, la sortie d’Egypte se passa, comme le disent nos Sages⁹, par le mérite de deux Mitsvot, le Pessa’h et la circoncision.


Il existe aussi une relation profonde¹⁰ entre ces deux notions¹¹ :


La circoncision : Le huitième jour après la naissance¹² représente le lien, l’alliance entre les Juifs et D.ieu dès le début de l’existence, de sorte que toute la vie¹³ soit conforme à la Volonté de D.ieu.


Le sacrifice de Pessa’h : est avant tout une Injonction incombant au chef de famille, « un¹⁴ agneau par famille, un agneau par maison, ¹⁵ selon leurs familles », à un stade médian de la vie, lorsqu’un Juif est d’ores et déjà un chef de famille et un maître de maison.


A propos du premier sacrifice de Pessa’h, en Egypte, il est dit : « Retirez et prenez pour vous », retirez-vous de l’idolâtrie¹⁶ et prenez pour vous le sacrifice de Pessa’h, ce qui nous enseigne qu’à cette époque de la vie, il est un passé qui a pu ne pas être pleinement ce qu’il devrait être et qu’il convient donc de rectifier.


Si l’on applique le contenu des notions exposées ci-dessus à l’existence quotidienne, on peut en tirer l’enseignement suivant. Chaque instant de la vie¹⁷ est le début des heures et des jours suivants. C’est aussi le prolongement du passé. Plus généralement, il y a des jours et des périodes en lesquels on introduit des accomplissements nouveaux, alors qu’en d’autres on raffermit et l’on renforce les accomplissements précédents.


Il est dit que : « j’ai été créé pour servir mon Créateur »¹⁸. Bien plus, on est assujetti à : « Je suis l’Eternel ton D.ieu »¹⁹ parce qu’Il « t’a fait sortir du pays de l’Egypte »²⁰. Or, les deux éléments qui ont été mentionnés ci-dessus, l’alliance de la circoncision et le sacrifice de Pessa’h, correspondent également à deux formes du service de D.ieu, celle du Tsaddik, le Juste, qui recherche essentiellement des domaines d’action nouveaux, de nouveaux accomplissements et celle de l’homme qui accède à la Techouva, devant, avant tout, améliorer et parfaire le passé.


A un stade plus élevé de la Techouva, au sens de retour vers la source²¹, cela signifie aussi qu’un tel homme était, au préalable, d’ores et déjà proche de cette source, puis qu’il s’en est éloigné. En effet, l’âme, avant de descendre ici-bas afin de vivifier le corps physique, n’était que spiritualité. Il faut donc faire en sorte qu’elle la conserve, se trouvant dans le corps. Bien plus²², elle doit la transmettre également au corps et à l’âme animale.


Il en est de même, plus spécifiquement, chaque jour, pour chaque Juif. Dès son lever, celui-ci est une créature²³ nouvelle et il commence cette nouvelle vie en disant Modé Ani, « Je te rends grâce »²⁴. A l’autre extrême, avant d’aller dormir, il établit le bilan moral²⁵ de la journée qui vient de s’écouler dans le Chema Israël du coucher, avant de restituer le gage à D.ieu : « Je dépose mon esprit en Ta main »²⁶.


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Tel est également le sens du temps de notre liberté et de la sortie d’Egypte, dans l’existence quotidienne²⁷. On doit être libre et se défaire des menaces, des obstacles et des limites de sa propre nature et de son accoutumance à son environnement étranger. Pour cela, un effort prenant deux formes²⁸ est nécessaire. Il faut adopter, d’une part, le service de D.ieu du Tsaddik, introduire systématiquement des accomplissements nouveaux, « fais le bien », d’autre part, celui de l’homme qui accède à la Techouva²⁹, « écarte-toi du mal et fais le bien » afin³⁰ de réparer ce qui doit l’être dans le passé et de s’élever sans cesse pour se rapprocher de sa source première en la Divinité.


Quand on se trouve, malheureusement, dans des situations comparables à celle de l’Egypte, à l’époque, sous l’emprise de très nombreux éléments étrangers, il suffit de décider³¹ sincèrement d’appartenir à D.ieu, de proclamer que : « l’Eternel est notre D.ieu³², l’Eternel est Un », notre force et notre vitalité³³. Aussitôt, se réalise : « Je suis l’Eternel ton D.ieu Qui t’ai fait sortir du pays de l’Egypte », à l’heure actuelle comme ce fut le cas à l’époque. Ainsi, disparaît l’esclavage au Pharaon et à l’Egypte, abomination de la terre³⁴. De la sorte, on quitte le bourbier, on rectifie le passé et l’on commence une nouvelle vie, une vie juive véritable, la liberté véritable à travers la Torah et les Mitsvot.


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Puisse D.ieu faire qu’il en soit comme lors de la sortie d’Egypte, la première fois, « la main haute », avec fierté³⁵, dans l’allégresse et la joie. Grâce à tout cela, on hâtera³⁶ et l’on rapprochera la réalisation de la prophétie et promesse³⁷ : « Comme aux jours de ta sortie d’Egypte, Je montrerai des merveilles », lors de la délivrance véritable et complète, par notre juste Machia’h. Avec ma bénédiction pour une fête de Pessa’h cachère et joyeuse,


Mena’hem Schneerson,