Par la grâce de D.ieu,
2 Nissan 5729,
Brooklyn, New York,
A madame Ruth Ratner,
Je vous bénis et vous salue,
J’ai reçu votre lettre avec beaucoup de retard. Vous me demandez comment comprendre le verset : « Tu ne feras pas de représentation et pas d’image »¹. Vous m’interrogez aussi sur la différence fondamentale qui peut être faite entre la peinture et la musique. Vous pourrez vérifier la Hala’ha concrètement applicable qui est déduite de ce verset auprès d’un Rav de votre entourage, avec tous les détails qui vous intéressent.
J’ajouterai uniquement un point. Un peintre ou une dessinatrice ont un domaine particulièrement large en lequel ils peuvent exercer pleinement leurs talents, sans contrevenir aux lois de la Torah, qui est une Torah de vie², c’est-à-dire un enseignement pour la vie, au sens le plus littéral, dans ce monde, permettant d’avoir une vie digne de ce nom, dans toutes les acceptations de ce terme. Bien plus, le dessin peut insuffler de l’enthousiasme, une perception et une compréhension plus profonde en tout ce qui concerne le monde, en général et les paroles du Chantre d’Israël³, en particulier : « Comme sont grandes Tes actions, Eternel »⁴ et : « Comme sont nombreuses Tes actions, Eternel »⁵. C’est ainsi que l’on acquère, de façon merveilleuse, le respect et la crainte devant la grandeur du Créateur.
Il y a plusieurs causeries de mon beau-père, le Rabbi⁶, sur l’impression profonde que conçut son père⁷ en observant les tableaux d’un artiste. De ce fait, bien que chaque instant ait été précieux pour lui, il n’en consacra pas moins, se trouvant à Paris, plusieurs heures à visiter le Louvre, en particulier le département des peintures. Par la suite, il exposa à son fils et successeur, mon beau-père, le Rabbi, des concepts de ’Hassidout qui lui étaient venus à l’esprit en contemplant ses peintures.
Vous citez ce verset parce qu’il figure au début des dix Commandements, qui sont le fondement de toute la Torah, y compris des toutes dernières décisions hala’hiques figurant dans la Loi orale et j’espère que cela veut dire que votre vie est organisée en conformité avec les enseignements de ces Hala’hot, que vous le faites avec profondeur et sincérité. Bien plus, le rôle du peintre consiste à saisir et à transmettre la dimension profonde de ce qu’il représente, de sorte que celui qui n’est pas peintre puisse le ressentir également.
Puisse D.ieu faire que vous influenciez votre entourage en ce sens, que cette influence soit conforme à ce qu’elle doit être, par les paroles qui conviennent et surtout en donnant un bon exemple. Avec ma bénédiction pour une fête de Pessa’h cachère et joyeuse,
Notes
¹ Yethro 20, 4.
² Le Rabbi souligne l’expression : « Torah de vie ».
³ Le roi David.
⁴ Tehilim 92, 6.
⁵ Tehilim 104, 24.
⁶ Voir le Séfer Ha Si’hot 5696, à partir de la page 46, le Séfer Ha Si’hot 5698, à partir de la page 270, la longue explication de la lettre du 3 Tamouz 5695, imprimée dans le Séfer Ha Maamarim 5711, à partir de la page 125 et à partir de la page 129, les Iguerot Kodech du Rabbi Rayats, tome 3, lettre n°780, à partir de la page 394.
⁷ Le Rabbi Rachab.