Par la grâce de D.ieu, 25 Nissan 5730, Brooklyn, New York,
A l’attention de monsieur Elyahou Amikam¹,
Je vous salue et vous bénis,
Vous voudriez bien m’excuser de ne pas avoir accusé réception de votre lettre, en son temps. A n’en pas douter, vous ne me soupçonnerez pas de ce qui n’a pas lieu d’être, car la raison en est uniquement mes nombreuses occupations et, bien souvent, celles-ci ne sont pas des occupations joyeuses, tout au contraire. En outre, une préoccupation essentielle s’est ajoutée, particulièrement sérieuse, ces derniers mois, qui est la suivante.
Tout d’abord, j’introduirai mon propos par une bénédiction, en formulant le vœu que vous avez eu une fête de Pessa’h cachère et joyeuse. Puisse D.ieu faire que l’influence de cette fête se manifeste tout au long de l’année, son contenu profond étant notre liberté, la délivrance de tout ce qui dresse un obstacle.
Je parlais d’une préoccupation sérieuse et je faisais allusion à la succession des événements autour de l’affaire de : « Qui est Juif ? »², notamment de la formulation de la loi. A quelqu’un comme vous, il est sûrement inutile d’expliquer longuement à quel point tout cela est sérieux et grave. Ceci rend chacun responsable et même : « le faible dira : je suis fort »³. A fortiori doit le faire celui qui est fort, en particulier quand il exerce son influence auprès des autres. Celui-là doit exprimer son avis, avec des termes tranchés, afin de décrire le problème dans toute sa gravité, son sérieux et son caractère fondamental. En notre époque, en cette génération orpheline de l’époque du talon du Machia’h, lorsque la pénombre est intense et multiple, cette description doit immédiatement être suivie par une conclusion. Il est impossible de résoudre le problème autrement qu’en indiquant clairement et en soulignant, dans la formulation de la loi, que ceci doit être « conforme à la Hala’ha »⁴. Tous savent, en effet, que l’on s’est demandé si cette précision devait être prise en compte, puis qu’elle a été écartée afin d’éviter une soi-disant « dictature » de la Hala’ha. Vous devez comprendre ce que je veux dire.
J’ai traité de ce sujet à différentes occasions⁵ et j’espère que vous avez eu au moins des échos de mes propos. Comme je l’ai dit, il est inutile d’expliquer tout cela à quelqu’un comme vous, mais, en quelques mots et d’une manière synthétique, l’idée est la suivante. La loi, telle qu’elle est formulée actuellement, ouvre une porte, ou même une large brèche, sans la moindre limite, ce qui veut dire, puisse D.ieu nous en préserver et faire qu’il n’en soit pas ainsi, que l’on annonce publiquement, au nom de notre peuple, Israël, résidant en Erets Israël que ce pays est désormais abandonné et livré, ce qu’à D.ieu ne plaise, à tous les peuples du monde qui voudraient venir le prendre, ce qui va à l’encontre de la Torah d’Israël !
Si vous avez déjà fait une intervention, à ce propos, j’ai bon espoir que vous ne vous en contenterez pas, mais que vous accomplirez l’Injonction de nos Sages, dont la mémoire est une bénédiction, selon laquelle : « Tu formuleras des reproches⁶, cent fois s’il le faut⁷ ». Et, le chiffre cent n’est pas ici une exagération. Comme elle le souligne à différentes références, notre Torah, Torah de vérité, nous enseigne ce qu’il faut penser, en la matière et elle nous dit que si l’on a fait quatre-vingt-dix-neuf reproches, sans obtenir de résultat, ce qu’à D.ieu ne plaise, on est encore astreint à la pratique de cette Mitsva et l’on doit en formuler un centième, avec autant de vigueur. Bien plus, au final, le cœur d’Israël est en éveil et il est donc certain qu’il sera inutile de formuler ce reproche de nombreuses fois, ce qu’à D.ieu ne plaise. Pour que l’on puisse admettre un tel reproche, il est nécessaire de prononcer ces paroles, avec la détermination qui convient et de ne pas se ranger à l’avis de ceux qui incitent, qui tentent de convaincre et qui détournent en affirmant que tout cela est : « si tu veux recevoir beaucoup, tu ne recevras rien du tout »⁸.
Je vous transmets mes salutations, je vous souhaite un été en bonne santé et joyeux, à la fois matériellement et spirituellement. Avec mes respects et ma bénédiction,
¹ Voir, à son sujet, la lettre n°9794 et les références indiquées.
² Voir la lettre précédente et ses références.
³ Yoël 4, 10.
⁴ Le Rabbi souligne le mot : « Hala’ha ».
⁵ Voir, notamment, la causerie de Pourim 5730, dans le Likouteï Si’hot, tome 21, à partir de la page 404.
⁶ Kedochim 19, 17.
⁷ Traité Baba Metsya 31a. On verra aussi la lettre n°9979.
⁸ Que cela est au-delà de ce que l’on peut espérer obtenir et risque donc de causer du tort, selon l’expression du traité Roch Hachana 4b.