Lettre n'' 9866

Par la grâce de D.ieu, 3 Adar Chéni 5730, Brooklyn, New York,


Au distingué ’Hassid qui craint D.ieu et se consacre aux besoins communautaires, aux multiples accomplissements, le Rav Moché Munk¹,


Je vous salue et vous bénis,


Je vous accuse réception, bien qu’avec retard, de votre lettre et également de votre brochure intitulée : « La Torah et les voies du monde ». Je vous remercie d’avoir pris la peine de me l’adresser. Vous faites allusion à un institut scientifique. Dans la situation actuelle, et dans la mesure où cela suppose un programme de poursuite des études dans une atmosphère qui n’est pas convenable du tout, comme nous en avons longuement parlé, lors de votre visite, et je ne veux pas en dire plus car cela est douloureux et ne correspond pas au mérite d’Israël, je ne peux pas, pour l’heure, participer à un programme qui, au final, conduira à ce qui vient d’être dit. Vous voudrez bien m’en excuser. A n’en pas douter, il est possible de trouver une autre issue, apportant une meilleure solution au problème posé, dont nous nous sommes entretenus et que vous abordez également dans cette lettre.


Pour passer d’une idée à une autre tout en restant dans le même contexte, je ne sais pas si cela vous concerne, mais vous connaissez la direction de l’institut scientifique et j’ai donc l’obligation de formuler une remarque essentielle. Je m’en suis ouvert à ses membres et à ses représentants dans d’autres pays. Cette remarque est la suivante. Par principe, il est indispensable d’établir, de la manière qui convient, que cet institut n’est pas habilité à trancher la Hala’ha, ni à déterminer le comportement que l’on doit adopter concrètement. Cela est livré à la compétence exclusive des Rabbanim, qui ont la fonction d’enseigner la Hala’ha, non pas au jugement d’un ingénieur² ou d’un docteur, même s’ils possèdent des compétences rabbiniques, dès lors qu’ils tranchent la Hala’ha à titre de scientifiques dans l’exercice de leurs fonctions.


En dehors de nombreuses autres raisons, il en est une, très simple, qui n’a pas besoin d’être prouveée, car elle est largement établie par la pratique. On peut observer que de tels instituts ont voulu intervenir dans la fixation de la Hala’ha et l’intention des fondateurs était bonne. Puis, une année plus tard, plus ou moins, peu importe, « un nouveau roi vint »³ et les conséquences en ont été destructrices. En conséquence, il est certain et évident que si cet institut adopte une telle compétence, il le conservera pour toutes les générations. Au final, l’issue en sera une lamentation pour toutes ces générations.


Je sais que l’institut dispose d’un département dit « rabbinique », mais, à mon sens, aucun de ses départements, pas même le « rabbinique », n’a compétence pour trancher la Hala’ha. Et, le fait de dire que cette Hala’ha n’est pas concrètement applicable, qu’un Rav doit encore être consulté pour savoir ce qu’il y a lieu de faire, n’est pas une solution. Car, si l’on découvre un allègement de la Hala’ha dans un domaine quelconque, nul ne pensera à interroger un Rav. Le sage saura se contenter d’une allusion.


Bien entendu, mon propos n’est pas de diminuer l’importance de l’institut. Je veux dire uniquement qu’il doit éclairer les différents aspects de la Loi, ce qui conduit à l’alléger ou à la rendre plus rigoureuse, mais sans trancher la position qu’il convient d’adopter, dans un sens ou dans l’autre. Il en est de même également pour les formulations. Chaque fois qu’une question est posée, il faut souligner qu’il ne s’agit pas d’y répondre, mais uniquement d’en envisager les différents aspects. Il en est de même dans un tribunal. Les parties peuvent présenter différents arguments, mais le verdict est prononcé par le juge qui est alors en fonction⁴ et : « Ifta’h en sa génération est comme Chmouel en la sienne »⁵. Je fais allusion au Rav, tranchant la Hala’ha, qui occupe des fonctions rabbiniques, non pas à celui qui considère que son domaine de compétence est la technologie. Selon l’expression bien connue, toutes les sciences sont : « la préparation des parfums et la cuisine » de la Torah⁶, non l’inverse, ce qu’à D.ieu ne plaise.


Je devrais maintenant traiter du contenu de votre brochure sur la Torah et les voies du monde, d’autant que j’ai pu observer moi-même, à Berlin, au 31 rue de l’Artillerie, le bastion de la crainte de D.ieu qui était lié à cette conception. Néanmoins, tous ont compris quelle était réellement la situation et ils ont commencé à envoyer leurs enfants dans les Yechivot se consacrant uniquement aux études sacrées, sans la moindre étude extérieure. Dans un premier temps, cela a soulévé des oppositions, puis, au final, tous ont compris qu’il ne pouvait pas en être autrement. Mais, je ne veux pas mélanger deux sujets⁷. Avec mes respects et ma bénédiction,


N. B. : Je me permets d’ajouter à ce qui vient d’être dit les termes du Séfer Meïrat Enaïm sur le Choul’han Arou’h, ’Hochen Michpat, chapitre 3, au paragraphe 13, cité par le Netivot Michpat, à cette référence : « Ne te tiens pas auprès de l’assemblée, en tout jugement, car je sais que le verdict des profanes et celui des érudits vont à l’opposé l’un de l’autre ». Il est bien clair qu’il ne s’agit pas ici de profanes ignorants, n’ayant pas reçu l’ordination rabbinique et n’ayant pas étudié. Sans ce conseil, on n’aurait pas imaginé qu’il y ait le moindre risque à associer ce profane. C’est précisément pour cela que cette mise en garde est nécessaire. En outre, la formulation est précise : le verdict d’un tel homme pourrait aller à l’encontre de celui des érudits.




¹ Voir, à son sujet, la lettre n°9628 et les références indiquées.


² En anglais dans le texte.


³ Selon les termes du verset Chemot 1, 8.


⁴ Textuellement, « le juge qu’il y aura à cette époque-là », selon les termes du verset Choftim 17, 9.


⁵ Selon le traité Roch Hachana 25b.


⁶ Selon l’expression du verset Chmouel 1, 8, 13.


⁷ Cette conception des études et l’institut dont il était question au préalable.