Lettre n° 9854

Par la grâce de D.ieu, 10 Adar Richon 5730, Brooklyn, New York,

A madame Ne’hama Lipchitz,

Je vous bénis et vous salue,

Je viens de recevoir votre lettre du 22/1 et je vous remercie pour vos bons vœux. J’ai été heureux d’avoir des nouvelles de votre succès effectif, à Londres. Bien plus, j’espère qu’en fonction et en application de ce dont nous avons parlé, lorsque vous étiez ici, votre réussite servira, à vous-même et à d’autres, pour rapprocher les Juifs du Judaïsme, du Judaïsme véritable duquel dépendent leur pérennité et leur force, où qu’ils se trouvent et dans toutes les situations, qu’il y ait des menaces et des craintes extérieures, des guerres et des conflits intérieurs. Dans tous ces cas, les Juifs doivent disposer de forces exceptionnelles afin de surmonter la difficulté et de connaître la réussite.

Il est certain, comme l’établit l’histoire plusieurs fois millénaires de notre peuple, qu’au final, les Juifs accomplissent tout cela. Il est dommage, néanmoins, de perdre du temps, de perdre des âmes1, ce qu’à D.ieu ne plaise. Il en est de même pour les corps de quelques Juifs, qui souffrent de ce qui leur est étranger, ou bien de ce qui ne leur est pas suffisamment proche, pas suffisamment lié, dans certains domaines du Judaïsme.

Plus précisément, compte tenu de l’immense importance d’un cœur juif et d’un sentiment juif, émanant l’un et l’autre de l’âme juive, tout ceci doit être mis en pratique dans l’action concrète. Tout comme un homme doit être vivant chaque jour et tout au long du jour, ses accomplissements doivent aussi se distinguer, au quotidien, par leur caractère juif. Les actions doivent, à l’évidence, être réalisées par un Juif, dans le but de se rattacher à sa source.

Un Juif ne mange pas comme les autres, ne conduit pas ses affaires comme les autres et ainsi de suite. Bien entendu, quand arrivent le Chabbat ou la fête, c’est l’ensemble de la journée qui est différent de tous les autres jours de l’année. Il n’en est pas de même, en revanche, pour les autres peuples, qui se contentent de ne pas travailler, de marquer un jour de repos. Les Juifs, par contre, parlent de jours de semaine, d’une part, de Chabbats et de fêtes, d’autre part, c’est-à-dire de jours sacrés, s’opposant aux jours profanes. Le repos n’est alors qu’un aspect, qu’une conséquence de la sainteté.

Après votre passage, vous avez pu constater la faillite de tous ceux qui, au préalable, avaient voulu assurer la pérennité du peuple juif. Le seul moyen efficace est, en effet, de lier un Juif à la joie de la Torah et à la synagogue. Ceci le maintient, jusqu’à ce qu’il ait le moyen de se comporter comme un Juif en tout point, qu’il étudie la Torah, notamment le Choul’han Arou’h et les Mitsvot, qu’il les mette en pratique à l’évidence. C’est alors qu’il ressentira la joie de la Torah et sa fonction véritable.

Un Juif se réjouit de la Torah lorsqu’elle devient sa2 Torah, de la même étymologie que Horaa, enseignement3, tout au long de l’année, lorsque la Torah elle-même se réjouit de se trouver chez lui, constatant qu’elle n’y est pas comme une simple pièce de musée, mais qu’elle est bien une Torah de vie2, imprégnant sa vie.

Comme nous en avons parlé lors de notre rencontre, j’espère que, pendant de nombreuses années encore, vous vous servirez de vos capacités pour mettre en éveil le lien avec le Judaïsme chez ceux que vous rencontrez. Et, puisque nous pouvons maintenant parler librement, vous leur communiquerez également le contenu et l’esprit de ce qui vient d’être dit, afin qu’ils expriment leur fierté d’être juifs, y compris quand ils se trouvent dans la rue.

La conclusion logique et inévitable de tout cela est bien simple. Il faut avoir une nourriture juive, c’est-à-dire cachère, un parler juif, en écartant la médisance, par exemple. De façon générale, on doit adopter le comportement qui vient d’être décrit, pendant les jours de semaine, le Chabbat et les fêtes. Je vous souhaite que votre succès se prolonge et que vous m’en donniez de bonnes nouvelles.

P. S.4 : Bien entendu, j’ai été peiné de voir le battage que l’on a fait autour de la situation de vos bons amis, là-bas5. J’espère, toutefois, que la discussion que nous avons eue, à ce sujet, sera utile pour les cas suivants. Ainsi, pour ce qui les concerne, tout au moins, on avancera sur le chemin qui convient, afin que l’issue soit positive, les concernant et que l’inverse ne soit pas vrai, ce qu’à D.ieu ne plaise.

P. P. S.4 : Je me permets également de formuler ici la remarque suivante, ce qui, bien évidemment, aurait été déplaisant, lorsque nous nous sommes rencontrés, en présence d’autres personnes. J’espère que vous vous préoccupez de l’état et de la situation de madame Ne’hama Lipchitz, qui aura une longue vie6. C’est effectivement à vous que je fais allusion. Tant que l’impression première, l’accueil sont encore forts, vous devez faire en sorte de vous organiser de la manière qui convient. Bien entendu, cela est vrai aussi dans le domaine matériel, conformément au dicton populaire bien connu selon lequel : « il faut battre le fer pendant qu’il est chaud ».


Notes

(1) Du fait de ce retard.

(2) Le Rabbi souligne les mots : « sa » et « Torah de vie ».

(3) Voir le commentaire du Radak sur le verset Tehilim 19, 8 et le Zohar, tome 3, à la page 53b.

(4) Le Rabbi écrit P. S. et P. P. S. au lieu de N. B., comme il le fait d’ordinaire.

(5) En U.R.S.S.

(6) De sa pratique de la Torah et des Mitsvot.