Lettre n° 9823

Par la grâce de D.ieu, 13 Chevat 5730, Brooklyn,

Au distingué ’Hassid qui craint D.ieu et se consacre aux besoins communautaires, le Rav Moché Ha Cohen1,

Je vous salue et vous bénis,

Vous2 m’interrogez sur le traité ’Haguiga 9a3, qui explique la différence par le cas du boiteux qui guérit, plutôt que par celui de Pessa’h, dans le traité Pessa’him 93a, d’autant que, dans ce même passage du traité ’Haguiga, une comparaison est établie entre ce même cas et la fête de Pessa’h, puisque le texte montre ce qui les distingue4.

Je répondrais, à première vue, qu’en apparence, l’explication relative à Pessa’h fait une différence entre le premier et le second, qui sont séparés par un laps de temps d’un mois. Il est donc impossible qu’il n’y ait pas, pendant cette période, des enfants qui deviennent Bar Mitsva et peut-être même des personnes qui se convertissent.

Par contre, le complément des sacrifices de la fête est d’un jour sur l’autre et il n’est pas réellement fréquent, parmi ceux qui se trouvent à Jérusalem, qu’un enfant grandisse et qu’il présente des signes de puberté, a fortiori qu’une personne se convertisse, car, entre temps, le tribunal5 doit être consulté. De fait, que ferait un non-Juif à Jérusalem, en particulier pendant la période des fêtes ? Et, il est particulièrement rare que ce non-Juif repousse sa conversion de la veille de la fête à ’Hol Ha Moéd. C’est pour cette raison que la Guemara préfère présenter, comme différence, le cas d’un boiteux qui guérit.

Par la suite, je me suis dit que l’on peut donner à tout cela une explication très simple5. Le traité ’Haguiga cite le cas du boiteux qui guérit parce qu’il présente un aspect nouveau, une situation particulière dans le cadre du pèlerinage de la fête, dans le Temple. De ce fait, il doit être préféré.

En outre, on peut penser aussi qu’une autre idée nous est enseignée, de cette façon. On écarte, de la sorte, la conception selon laquelle, d’après tous les avis, un boiteux serait tenu d’offrir son sacrifice pendant les jours de complément. En effet, c’est bien, en l’occurrence, une contrainte qui s’impose à lui6, selon le traité Erouvin 78b, non pas une absence d’obligation, comme pour l’enfant ou bien pour le converti. La différence est bien évidente. Avec mes respects et ma bénédiction.


Notes

(1) Le Rav M. Munk. Voir, à son sujet, la lettre n°9628.

(2) Voir le Likouteï Si’hot, tome 23, à la page 356.

(3) A cette référence, les Sages de la Guemara se demandent si les jours de complément d’une des trois fêtes de pèlerinage sont tous le complément du premier jour ou bien si l’on complète l’autre. La Guemara précise que la différence entre les deux conceptions est le cas de l’homme qui boitait le premier jour et qui était alors dispersé du sacrifice de ’Haguiga, puis qui a guéri par la suite.

(4) On verra aussi, à ce sujet, la causerie de la veille du 12 Sivan 5747.

(5) Le Rabbi souligne les mots : « tribunal » et « très simple ».

(6) Textuellement : « Un lion qui s’abat sur lui », selon l’expression de la Guemara.