Lettre n° 9804

Par la grâce de D.ieu, 14 Tévet 5730, Brooklyn, New York,

A madame Sarah Gansburg,

Je vous bénis et vous salue,

J’ai reçu votre lettre en son temps1 et, pour certaines raisons, ma réponse a été retardée jusqu’à maintenant. Vous me faites part du décès de votre mère2. Que D.ieu accorde une bonne et longue vie à vous-même, à tous les enfants et à votre père3. Vous me communiquez aussi vos sentiments et vos pensées, à ce propos.

« En réalité, qui sait ? »4, qui comprend le comportement de D.ieu, qu’Il soit loué et exalté ? Il crée l’homme et le dirige, lui accorde Sa Providence. Mais, il est absolument certain qu’Il est l’Essence du bien. Or, selon l’expression bien connue5, « il est dans la nature de Celui Qui est bon de faire le bien ». Parfois, les comportements de D.ieu sont absolument impénétrables à l’intellect humain, mais cela n’est nullement surprenant, car quelle valeur peut avoir une créature limitée, finie et réduite, par rapport à l’infini, sans limite, en particulier par rapport à l’En Sof véritable ? Malgré cela, D.ieu a voulu révéler une partie de Sa Sagesse aux fils de l’homme, de chair et de sang, dans Sa sainte Torah, qui est appelée « Torah de lumière »6 et « Torah de vie »7, ce qui veut dire qu’elle éclaire le chemin de l’homme, dans sa vie, de sorte qu’il perçoive la lumière également dans la mesure de ses forces limitées et humaines. En fonction de ce qu’explique notre Torah, dans la Loi écrite et dans la Loi orale, on peut effectivement comprendre et expliquer, au moins quelque peu, cet événement8 et tous ceux qui lui ressemblent.

Cette explication réside, en fait, dans deux décisions hala’hiques concrètement applicables, qui semblent se contredire et, bien plus, qui apparaissent dans le même paragraphe du Choul’han Arou’h, Yoré Déa, au chapitre 394. Au début de celui-ci, il est dit que l’on ne doit pas appliquer trop sévèrement les lois du deuil, comme l’enseignent nos Sages9 et, si on le fait sévèrement…10, comme l’indique ce texte. Puis, à la fin du même chapitre, il est dit que : « celui qui ne porte pas le deuil de la manière décrite par les Sages est cruel ». Or, de deux choses l’une, si, en pareil cas, il est naturel de porter le deuil, pourquoi blâmer celui qui le fait au-delà de la mesure, au point de lui infliger une punition sévère, comme le précise le Choul’han Arou’h, à la même référence ? Et, si la punition est si sévère, pourquoi un deuil inférieur à celui qui est prescrit par les Sages serait-il cruel ?

L’explication est la suivante. Il est dit, à la fin du chapitre définissant le deuil, selon les termes du Choul’han Arou’h reproduisant le Rambam11, qu’un homme : « s’emplira de peur et de crainte, examinera ses actions et accédera à la Techouva ».

Il est bien évident que l’âme est éternelle. En effet, il ne serait pas logique de penser qu’une maladie de la chair et du sang soit en mesure de réduire sa vitalité. Un tel disfonctionnement n’atteint que la chair, le sang et ce qui les relie à l’esprit et à l’âme. Cela veut dire qu’il peut en résulter une interruption de ce lien, la mort, ce qu’à D.ieu ne plaise. Lorsque le lien entre l’âme et la chair est rompu, cette âme remonte et, dès lors, elle se libère12 des limites du corps, de la mesure et du caractère fini qu’il lui impose. Grâce aux bonnes actions qu’elle a accomplies pendant qu’elle se trouvait dans ce corps, sur la terre, elle accède à un niveau élevé, plus élevé que celui qu’elle possédait avant d’y descendre. Selon l’expression bien connue13, la descente de l’âme au sein du corps doit se solder par une élévation, au-delà du niveau qu’elle possédait avant la descente.

Il en résulte que quiconque était proche de cette âme, pour qui elle était intime, doit avoir conscience qu’elle est remontée là-haut, au-delà de l’élévation qu’elle possédait au préalable. Néanmoins, pour ce qui est de la vie dans notre monde, sa perte est effective. Or, plus l’on est proche d’une âme, plus l’on doit accorder de valeur à son élévation, d’un niveau vers l’autre. Concernant le second point, la douleur est grande, car un manque important est causé par la séparation de l’âme et du corps, de la vie dans ce monde.

En outre, l’âme aurait pu monter encore plus haut, précisément dans ce monde, car, selon les termes de nos Sages, dont la mémoire est une bénédiction, dans leur Michna14, « un moment de Techouva et de bonnes actions dans ce monde est préférable à tout le monde futur ».

Comme on l’a dit, un tel événement présente donc deux aspects opposés, d’une part la libération de l’âme de l’emprisonnement au sein du corps et son élévation vers un monde plus haut, le monde de la Vérité, d’autre part, le manque et l’absence dont on a parlé. Les deux décisions hala’hiques précédemment citées en découlent. Pendant la période qui a été fixée par nos Sages, dont la mémoire est une bénédiction, en fonction de la Torah de Vérité, le deuil est effectivement nécessaire. Pour autant, il est interdit de le rendre trop sévère, de le prolonger ou d’en alourdir le contenu.

Bien plus, ce contenu du deuil est le suivant. Le vivant a besoin qu’on lui explique pourquoi lui surviennent ce manque et cette absence. C’est la raison essentielle pour laquelle un tel événement implique que l’on porte le deuil. De ce fait, on doit : « s’emplir de peur et de crainte, examiner ses actions et accéder à la Techouva ».

Un apport supplémentaire découle de tout cela. De la sorte, on entretient un lien entre ceux qui vivent dans ce monde et l’âme qui est remontée là-haut. Car, celle-ci existe encore et elle est éternelle. Elle observe ce qui est fait par ceux qui lui sont liés et ses proches. Toute bonne action qu’ils réalisent lui procure de la satisfaction, en particulier celle des personnes qu’elle a éduquées, élevées, de sorte que cette éducation a été à l’origine de tels accomplissements positifs. Cela veut dire, en effet, qu’elle reçoit une part de ces bonnes actions, grâce à l’éducation qu’elle a donnée à ses enfants et à ses élèves.

Les propos qui viennent d’être rapportés sont des enseignements de notre Torah, qui est la Sagesse et la Volonté du Saint béni soit-Il15. On sert donc D.ieu en les mettant en pratique et il est dit16 : « Servez D.ieu dans la joie ». La Torah demande à chacun et à chacune de le faire. Or, une Injonction de la Torah est aussi une force accordée pour la mettre en pratique17. Il est donc absolument certain que chacun et chacune a la force de la mettre en pratique et, bien plus, d’appliquer également les termes du verset ci-dessus : « Servez D.ieu dans la joie ».

Ce qui vient d’être dit est valable pour chacun et chacune des membres de la famille, mais dans une plus large part, avec une force accrue et une plus grande responsabilité, pour ceux qui peuvent exercer une influence sur les autres. Car, eux-mêmes et leur comportement seront imités par les autres, qui, à leur tour, en feront de même. Il incombe donc, avant tout, au chef de famille et à l’aîné des enfants de mettre pleinement en pratique ce qui a été dit ci-dessus. En l’occurrence, je fais allusion à vous-même et à votre père. Là encore, l’assurance nous a été donnée que : « si tu fais des efforts, tu trouveras »18.

Ceci est également la réponse à la question que vous posez, de quelle manière alléger…19. Vous déduirez cette réponse de ce qui vient d’être dit. Il faut, pour cela, adopter un comportement qui soit conforme à ce qui est exposé ci-dessus, avec une ferme confiance en D.ieu, Qui vous accordera la réussite dans ce domaine. Puisse D.ieu faire que vous me donniez de bonnes nouvelles de tout cela, d’un bien visible et tangible. Avec ma bénédiction afin de connaître le succès en tout ce qui vous concerne, de même que pour me donner de bonnes nouvelles,

M. Schneerson,


Notes

(1) Voir le Likouteï Si’hot, tome 35, à la page 332 et le Torat Mena’hem, Mena’hem Tsion, tome 2, à partir de la page 541.

(2) Il s’agit, en l’occurrence, de madame Rocha Gansburg, décédée le 16 Tichri 5730.

(3) Le Rav Tsvi Hirsh Gansburg. Voir, à son sujet, la lettre suivante.

(4) Tehilim 74, 9. Voir aussi la lettre 9381.

(5) Voir le Likouteï Si’hot, tome 24, à la page 334, dans les notes.

(6) Michlé 6, 23.

(7) Voir les Avot de Rabbi Nathan, à la fin du chapitre 34.

(8) Le décès d’un proche.

(9) Traité Moéd Katan 27b.

(10) On est blâmable, en agissant de la sorte, car alors l’âme du défunt est elle-même jugée sévèrement.

(11) Lois du deuil, à la fin du chapitre 13.

(12) Voir aussi le Tanya, Iguéret Ha Kodech, dans le commentaire du chapitre 27.

(13) Voir les références citées dans le Séfer Ha Mafte’hot sur les Maamarim de l’Admour Hazaken, aux articles : « âmes » et « descente devant se solder par une élévation ».

(14) Traité Avot, chapitre 4, à la Michna 17.

(15) Voir aussi le chapitre 4 du Tanya.

(16) Tehilim 100, 2.

(17) Voir aussi les traités Ketouvot 67a, Avoda Zara 3a.

(18) Traité Meguila 6b.

(19) La douleur du deuil.