Par la grâce de D.ieu, 17 ’Hechvan 5730, Brooklyn, New York,
A monsieur ’Haïm Tsourya1, Netanya, Emek ’Hefer, 4,
Je vous salue et vous bénis,
A la demande du Rabbi Chlita, j’accuse réception de votre lettre du 4 Tichri. Vous voudrez bien excuser le retard pris par la présente, du fait des nombreuses activités et, en particulier, des jours de fêtes qui se sont passés entre-temps. Pour répondre à votre question concernant l’étude de l’alphabet d’après la méthode traditionnelle, selon votre expression : « la méthode qui était utilisée au ’Héder », il convient, tout d’abord, de distinguer deux points :
A) Il y a, d’une part, la méthode proprement dite, c’est-à-dire l’enseignement de l’alphabet aux enfants avec le nom des lettres, Aleph, Beth, dans l’ordre, d’une manière progressive, puis l’étude des voyelles, de la même façon, avec leur nom et en les accolant aux lettres, de façon ordonnée.
B) Il y a, d’autre part, la manière d’enseigner selon cette méthode, qui est une technique spécifique car il est nécessaire de savoir comment2 se servir d’une technique, fut-elle la meilleure. En effet, à l’issue de plusieurs années d’utilisation, l’un peut connaître la réussite et l’autre non ou, en tout cas, à un degré moindre. Or, quand on observe que quelqu’un ne connaît pas la réussite, on ne peut rien en déduire sur la méthode elle-même, car il faut déterminer s’il sait se servir de cette méthode et s’il le fait effectivement.
Pour ce qui est du paragraphe A) ci-dessus, la référence d’un enseignement reprenant l’alphabet dans l’ordre, celui-ci trouve son origine dans la plus haute sainteté, comme cela est bien connu et il n’y a pas lieu de développer ce point ici. A n’en pas douter, vous saurez retrouver toutes les sources3, en la matière. Non seulement il est interdit de renoncer à cette approche, mais, bien plus, celui qui le fait remet gravement en cause la perception de la sainteté, dans l’esprit de l’enfant.
Aussi, même si l’on imaginait, ce qui concrètement n’est pas le cas, que l’étude selon cette méthode est moins intéressante que celle de méthodes plus modernes, cela ne justifie pas pour autant, le retrait d’une méthode qui a été sanctifiée, pour la remplacer par une autre méthode, moderne, dont l’apport est contrebalancé par le tort qu’elle cause.
Néanmoins, si l’on considère l’affirmation de nos Sages selon laquelle D.ieu : « consulta la Torah pour créer le monde »4, et : « ses voies sont des voies agréables »5, il devient très clair que, si l’on se sert de l’enseignement de l’alphabet de la manière qui convient, conformément aux instructions de notre sainte Torah, on connaître la réussite non seulement dans le domaine de la sainteté, en relation avec cette méthode, mais aussi dans l’étude proprement dite et l’avancement de l’élève, au sens le plus simple.
L’expérience a fait la preuve que les enseignants qui se sont spécialisés dans la connaissance et dans la manière d’enseigner le début de la lecture, ont pu constater que cette méthode était la plus efficace. A titre d’exemple, je connais plusieurs écoles de formations des maîtres, en Europe et aux Etats-Unis, qui, pour la méthode d’enseignement des débuts de la lecture, ont privilégié la méthode traditionnelle, par rapport à toutes les autres. Mais, bien entendu, il faut étudier cette méthode et savoir s’en servir.
A la lumière de tout ce qui vient d’être dit, non seulement il n’y a pas lieu de changer la méthode, mais, en outre, il faut encourager les enseignants qui l’utilisent. Quant à ceux qui, pour une quelconque raison, ont des difficultés à le faire, il faut les orienter vers les experts qui, en plus de leur crainte de D.ieu, savent aussi former les enseignants afin qu’ils éduquent leurs élèves de la meilleure façon, selon cette méthode.
Nous sommes convaincus qu’en tant que guide pédagogique délégué par le ministère de l’éducation nationale auprès des écoles religieuses, vous méditerez à tout cela et vous en prendrez largement connaissance. Vous viendrez vous-même en aide, en tout cela, dans toute la mesure du possible, afin de conférer le mérite au plus grand nombre, un mérite considérable et immuable.
Je vous remercie de votre intérêt pour les écoles ’Habad. Dans l’espoir d’obtenir de vos bonnes nouvelles et en vous adressant ma bénédiction pour tout le bien,
Rav H. M. A. Hadakov6,
Notes
(1) Il s’agit d’un conseiller pédagogique délégué par le ministère de l’éducation nationale auprès des écoles religieuses d’état.
(2) Le Rabbi souligne le mot : « comment ».
(3) Voir les Iguerot Kodech du Rabbi, tome 11, à la page 9 et tome 22, à la page 24.
(4) Selon le Zohar, tome 2, à la page 161b.
(5) Michlé 3, 17.
(6) Directeur du secrétariat du Rabbi.