Par la grâce de D.ieu, 11 ’Hechvan 5730, Brooklyn, New York,
A l’attention de monsieur Daniel1,
Je vous salue et vous bénis,
J’ai bien reçu votre lettre du 30 Tichri, qui m’est parvenue avec retard. J’y ai pris connaissance, avec beaucoup de plaisir, du jugement que vous portez sur la foi essentielle : « le seul moyen d’unir le peuple d’Israël, en tout endroit où il est dispersé ». J’inclus également, dans l’expression : « en tout endroit où il est dispersé », nos frères, les enfants d’Israël se trouvant en Erets Israël. Comme vous le dites dans votre lettre, c’est dans la foi d’Israël « qu’est cachée la force morale du peuple d’Israël, lui permettant de se renforcer et de protéger sa terre ».
Vous savez sans doute que la foi d’Israël présente deux caractères spécifiques, qui la décrivent. D’une part, elle englobe toute la vie de l’homme, depuis le premier instant de sa naissance jusqu’à son dernier instant sur cette terre. Le verset2 dit : « en toutes tes voies, connais-Le », connais D.ieu et nos Sages, dont la mémoire est une bénédiction, expliquent3 que ces mots se rapportent à la nourriture, à la boisson et à tout le reste. D’autre part, elle est une foi concrète et, selon les termes de la Michna4 : « l’acte est essentiel ». Si l’on observe les cinq livres de la Torah et les six ordres de la Michna, on peut constater qu’ils contiennent, pratiquement dans leur intégralité, des directives concrètes. Quant aux opinions, notamment celles qui sont abstraites, elles ne sont que très peu nombreuses, numériquement, exprimées de manière concise et par allusion, bien que la dimension qualitative en soit importante et que ces quelques notions aient un contenu immense.
Conformément à cette introduction, j’ai bon espoir que votre sentiment envers la foi d’Israël trouve une application concrète dans votre existence quotidienne. En l’occurrence, vous possédez un mérite double et multiple, car il est certain que vous donnez l’exemple à de nombreuses personnes, d’autant que vos fonctions de commandant d’un bataillon de Tsahal ajoutent de la force à tout cela. En effet, un homme est naturellement influencé par son supérieur, non seulement dans le domaine en lequel il est placé sous ses ordres, mais aussi par son attitude dans les autres domaines et dans sa vie privée.
Il est également un autre point. De manière naturelle, un militaire, en particulier un commandant, est habitué à obéir aux ordres5 sans les remettre en question, sans demander des explications, y compris quand il s’interroge sur les directives qu’il reçoit. D’après la formule traditionnelle, il applique le principe : « nous ferons et (ensuite) nous comprendrons »6. Cela veut dire que votre comportement et celui de tous les membres de votre famille, lorsqu’il est basé sur la foi d’Israël d’une manière effective, est multiplié par de nombreuses fois grâce à toutes les personnes qui vous imiteront. De ce fait, même si cela impose une concentration et un effort, il est clair qu’une telle démarche est justifiée, afin de conférer un mérite au plus grand nombre.
A quelqu’un comme vous, il est sûrement inutile de souligner qu’il n’y a pas lieu d’être affecté par les difficultés et les empêchements, y compris quand on y est confronté. Je n’ajouterai qu’un point, conformément à l’enseignement du Baal Chem Tov7, selon lequel on doit, de toute chose, déduire un enseignement pour le service du Créateur. En effet, le principe du parachute est basé sur la capacité de retenue de l’air, qui en ralentit la chute. Bien plus, on se sert de cette capacité pour que le saut en parachute se déroule avec succès. Vous devez comprendre ce que cela veut dire.
Comme à l’accoutumée, quand une bénédiction est demandée, je mentionnerai votre nom et celui des membres de votre famille près du tombeau de mon beau-père, le Rabbi. Puisse D.ieu faire que vous me donniez de bonnes nouvelles de tout ce qui vient d’être dit et, plus généralement, du contenu de votre lettre. Vous connaîtrez la réussite dans votre mission consistant à protéger le peuple d’Israël sur la terre d’Israël et, selon les termes du verset8 : « toutes les nations du monde verront que tu portes le Nom de l’Eternel et elles te craindront ». Avec mes respects et ma bénédiction,
Notes
(1) Il s’agit d’un officier, commandant un bataillon de parachutistes de Tsahal.
(2) Michlé 3, 6.
(3) Voir le Rambam, lois des opinions, à la fin du chapitre 3, le Tour et Choul’han Arou’h, Ora’h ’Haïm, au chapitre 231 et le Choul’han Arou’h de l’Admour Hazaken, Ora’h ’Haïm, chapitre 156, au paragraphe 2.
(4) Traité Avot, chapitre 1, à la Michna 17.
(5) Voir, à ce sujet, la lettre n°9656.
(6) Voir, notamment, le traité Chabbat 88a.
(7) Voir le Kéter Chem Tov, édition de 5759, dans les additifs, à partir du paragraphe 23.
(8) Tavo 28, 10.