Par la grâce de D.ieu, quinze Av 5729, Brooklyn, New York,
A l’attention du distingué ’Hassid qui craint D.ieu, Oury Tsvi Grinberg¹,
Je vous salue et vous bénis,
Notre ami, le docteur Hillel Zeidman m’a transmis les salutations que vous lui avez exprimées dans votre lettre. Il m’a dit aussi que votre fils intégrera Tsahal ces jours-ci². En un moment propice, j’ai donc mentionné son nom auprès du tombeau³ afin qu’il y aille en paix, en revienne en paix, intègre physiquement et moralement.
Tout est effet de la divine Providence⁴ et je l’ai observé également en écrivant directement à votre fils, bien que cela ne soit pas conforme à l’usage et à la biénseance. Néanmoins, nous vivons une époque en laquelle une grande partie des événements ne sont pas habituels. Peut-être ceux-ci ne relèvent-ils pas non plus de la biénseance et, selon la formulation de nos Sages, « pourquoi notre Torah intègre serait-elle inférieure à leur discussion inutile ? »⁵.
Peut-être hésiterez-vous, en vous demandant quel effet aura sur votre fils le contenu de ma lettre, d’autant que je ne le connais pas personnellement. Malgré cela, je vous demande de lui transmettre cette lettre. J’espère que vous le ferez et je vous remercie par avance, pour cet effort.
Comme à l’accoutumée et conformément à l’usage des enfants d’Israël, un Juif ne peut pas s’empêcher de formuler des remarques et j’en ferai donc de même, au moins brièvement. En effet, votre livre le plus diffusé s’appelle : « l’accusation et la foi ». Or, on peut penser qu’il aurait fallu l’appeler : « la foi et l’accusation ». Les hommes, en général et les Juifs, en particulier ont foi⁶, d’une manière naturelle. C’est uniquement dans un second état que surgit une question, pouvant parfois susciter une accusation.
En d’autres termes, la foi est un sentiment naturel, essentiel et profond, alors que l’accusation est une création de l’esprit, s’ajoutant à des événements qui se déroulent à l’extérieur de l’homme. L’existence même de l’accusation est concevable uniquement pour l’homme croyant. C’est lui qui peut s’interroger, s’insurger, conformément à la question qui fut posée par le premier croyant⁷, « Avraham était unique »⁸. Celui-ci demanda : « Celui Qui juge toute la terre n’agirait-Il pas avec justice ? »⁷.
Ce qui vient d’être dit concerne non seulement la foi d’Israël, mais aussi la foi en les enfants d’Israël, car : « aucun d’entre eux ne sera écarté »⁹. Bien plus, chaque Juif possède en lui « une parcelle de Divinité céleste véritable »¹⁰ et c’est de ce fait qu’il reçoit ces Injonctions. Il est donc possible de « s’attacher à Ses voies »¹¹ et, selon les termes de l’Admour Hazaken dans son livre, le Tanya, au chapitre 32¹², à propos des âmes des enfants d’Israël : « Qui connaît leur grandeur et leur élévation, en leur origine et en leur source, en le D.ieu de vie, dès lors que toutes sont similaires et ont un même Père ? ».
Notes
¹ Voir, à son sujet, les lettres n°9741, 9889, 9943 et 9979.
² Voir la lettre précédente.
³ Du Rabbi Rayats.
⁴ Voir les additifs au Kéter Chem Tov, à partir du paragraphe 179.
⁵ Voir les traités Baba Batra 116a et Mena’hot 65b.
⁶ Voir le traité Chabbat 97a.
⁷ Vayéra 18, 25.
⁸ Yé’hezkel 33, 24.
⁹ Chmouel 2, 14, 14.
¹⁰ Tanya, début du chapitre 2.
¹¹ Selon le traité Ketouvot 111b.
¹² Le Rabbi écrit Lev, cœur, terme dont la valeur numérique est trente-deux.