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De Pessa'h à Pourim | La profondeur du temps | Les risques de la liberté
   
   Pourim a plusieurs aspects représentés par Michloa'h Manot (l'envoi de mets à un ami), Matanot la Evyonim (les dons aux pauvres),le repas de la fête. Si l'on s'interroge, cependant sur son sens le plus profond, la Torah nous répond qu'il faut alors considérer la Meguila que nous écoutons par deux fois à Pourim. Or, une écoute attentive amène à un étrange constat .


   La Meguila , en effet, est la  « lettre » de Pourim. Nous célébrons cette fête précisément parce qu'elle est définie dans cette lettre où il est dit que festin et réjouissance sont de rigueur. Le festin et la réjouissance parce qu'un effroyable décret fut d’abord arrêté contre tout le peuple: " les jeunes, les vieux, les enfants et les femmes " puis qu'il fut transformé et, qu’alors, ce fut " lumière, joie, allégresse et honneur ".

   En conséquence, il semble clair qu'il aurait suffit de décrire comment Haman complota contre les juifs, comment il parvint à convaincre A'hachveroch, puis comment se réalisa cet extraordinaire retournement de situation. La période qui paraît concernée par ces évènements est celle qui va de la nomination d'Haman au poste de ministre jusqu'à l'annulation de son décret.

   Pourtant, les évènements rapportés par le début de la Meguila ne sont pas, de ce point de vue, directement liés à Pourim : il y est question d'un monarque qui régnait de Hodou jusqu'à Kouch, qui organisa un festin et y convoqua la reine Vachti… De même, à la fin de la Meguila, un chapitre particulier vient nous apprendre que le roi A'hacheveroch leva un impôt jusqu'aux îles lointaines, que l' histoire fut inscrite dans les livres de chronique des Perses et des Mèdes...

   Quel lien y'a-t-il entre ces épisodes et Pourim ?  Chaque détail de la Torah est d'une extrême précision. Pourquoi donc introduire ces faits accessoires ?

   La Guemara discute de la détermination du moment où apparait la manifestation du miracle. Tous les avis désignent le milieu de la Meguila et non son début. Dès lors, à quoi sert ce début qui est pourtant partie intégrante de la Torah. Question d'autant plus importante que la Meguila " ne disparaîtra pas de ta descendance " . Elle sera éternelle et restera donc étudiée même après la venue de Machia'h.

   Lorsqu'un homme considère sa vie, il doit convenir que la majeure partie de son temps est consacrée à des activités d'importance secondaire. Que lui reste t'il, au plan conscient, de sa petite enfance ? Et celui qui fait un bilan objectif de sa vie ne s'aperçoit-il pas qu'il consacre un temps considérable à manger, à boire, à dormir ? Personne ne pensera qu'il a été créé pour manger, boire ou dormir. Il faut cependant comprendre la raison d'être de tous ces moments. En fait, ils permettent de se construire et de se renforcer pour son propre bien comme pour le bien de tout son entourage.


   Nous pouvons maintenant répondre à notre question . La Meguila a un début qui n'est pas directement lié à son action principale. Elle vient donc nous raconter  que " ce fut au temps d'A'hachveroch " . Puis que ce dernier leva un impôt sur les îles lointaines. De nombreuses années s'écoulèrent entre ces deux faits. Ceux qui vécurent alors, jour après jour, ne virent pas nécessairement le lien entre tous les événements qui se succédèrent. Cependant, si l'on ne retient à posteriori que les faits marquants d’une période, un lien apparaîtra de façon évidente et logique.

     En l'occurrence, en dépit de la longueur du temps écoulé, une suite intelligible apparaît clairement alors : A'hachveroch devint roi et Haman  reçut du roi de considérables pouvoirs. A'hachveroch régna alors sur le monde entier car si tel n’avait pas été le cas  le miracle n'aurait pas eu lieu. Puis fut prise la décision de commettre un génocide. Mais,  il fallait alors que des  hommes, nombreux et sanguinaires,  participent au massacre.

    A'hachveroch rechercha donc ceux qui pourraient accomplir son sinistre projet. Ses sujets habitaient de Hodou jusqu'à Kouch. Hodou signifie "clair" et Kouch "noir", le contraire de la lumière, de la compréhension : autrement dit, on consulta des peuples dont les cultures étaient à l’opposé l’une de l’autre. Plus encore,   A'hachveroch ne tint pas seulement compte des habitants de Hodou ou de Kouch.  Il régnait sur tous et chacun à la fois. Il fit donc que le festin soit "suivant la volonté de chaque homme". Chacun considéra comme un honneur de participer à son festin.

    Quand ensuite, il envoya les décrets effroyables portant son sceau, aucune persuasion ne fut nécessaire pour les convaincre. Ils avaient participé au festin d'A'hachveroch. Ils avaient reçu des cadeaux et honoraient leur roi. Ils étaient donc prêts à accomplir le génocide.

     Puis, ce décret redoutable fut annulé et, lorsque Dieu donne le plus haut bien à la place de ce qui aurait dû être son contraire , il ne convient pas uniquement de se réjouir mais aussi d'utiliser positivement la tranquillité, la sérénité qui en découlent. .

    Il y a là un enseignement extraordinaire. Même celui qui vit dans le tumulte du monde peut étudier la Torah, appliquer les Mitsvot, rendre son service de D .ieu plus profond, mener ses affaires dans le respect de l’éthique juive. Chacun peut traduire cela dans ses propres termes. Et nul ne doit  ignorer qu'il est une partie constitutive du monde entier : que le monde est, dès lors,  placé aussi  sous sa responsabilité.

 
    Dans notre vie quotidienne des dizaines d'événements qui semblent étrangers les uns aux autres surviennent et disparaissent sans lien identifiable, sans qu’une perspective qui dépasserait leur ponctualité factuelle vienne donner une cohérence à leur juxtaposition.  On doit pourtant savoir qu'ils sont extraordinairement ordonnés.


    Ainsi, le peuple juif était en Perse et A'hachveroch était roi . Le temps passa. Des événements eurent lieu qui ne semblait pas directement liés. Une première étape fut franchie la troisième année du règne lorsque A'hachveroch offrit un festin. Une seconde étape fit d'Esther la reine. Une autre étape encore instaura un impôt sur les lointaines îles de la mer. Rien n'est donné inutilement. On reçoit du palais royal ce dont on a besoin.


    Ce qui est vrai de tout le pays l'est également de l'individu. Il est clair que chaque jour a son contenu propre. Tout est effet de la Divine Providence, comme l'explique le Baal Chem Tov.  Car D.ieu ne créé rien inutilement : chaque chose a un sens et est créée pour Son honneur . Par chaque action, par chaque parole, par chaque pensée, il nous appartient donc de réveler l'honneur de D.ieu dans le monde, de réaliser pour Lui une demeure convenable ici-bas. On peut alors être bon, miséricordieux, et affirmer ces qualités de Hodou à Kouch ; on dispose des forces nécessaires pour agir concrètement et chaque pensée, chaque parole, chaque action peut donc exprimer  l'honneur de Dieu. Et, suivant l'expression du Rambam, on  penchera soi-même et le monde entier du bon côté, et l'on aboutira à la délivrance véritable et complète .

( d’après les enseignements du Rabbi de Loubavitch)