Le mois du bilan
Mon beau-père, le Rabbi, indique qu'Elloul est le
mois du bilan moral. II cite, a ce propos, 1'image du commerçant
qui, de temps à autre, doit établir un bilan
de son affaire. C'est ainsi qu'il peut connaître la
réussite commerciale. II en va de même pour
le service de D.ieu. II est un temps particulier de 1'annee,
le mois d'Elloul, qui est consacre au bilan du service de
D.ieu, de 1'accomplisse-ment de la Torah et des Mitsvot
et de 1'adoption des bons comportements.
Le bilan moral est effectue pendant le mois d'Elloul. Le
reste de 1'annee, en effet, est consacre a 1'etude de la
Torah et au service de D.ieu. II est alors inutile de s'interroger
sur sa situation, tout comme le commerçant n'établit
son bilan que de temps a autre. Dans son acti vite courante,
il réalise des transactions et n'en calcule que partiellement
le résultat, cherchant uniquement a déterminer
si 1'affaire est rentable et de quelle manière elle
doit être réalisée.
Le bilan, en matière commerciale, n'est établi
que de temps en temps. Celui qui voudrait le mettre sans
cesse a jour n'aurait pas le temps de mener, par ailleurs,
une activité commerciale. Or, il en est de même
pour le service de D.ieu. Tout au long de 1'annee, il convient
d'étudier la Torah, de pratiquer les Mitsvot et le
bilan qui est alors établi reste donc partiel. Avant
le Chema Israel du coucher, on peut s'interroger sur ce
qui a été accompli
pendant la journée. Le jeudi soir, la réflexion
portera sur toute la semaine, la veille de Roch 'Hodech,
sur tout le mois. Le bilan général, en revanche,
portant sur l'ensemble du service de D.ieu de l'homme, ne
trouve sa place qu'en Elloul. S'il était quotidiennement
réalisé, il occuperait la majeure partie de
la journée, les trois quarts de son temps et l'on
ne pourrait plus étudier la Torah et accomplir les
Mitsvot.
On pourrait soulever l'objection suivante. Le bilan est,
au bout du compte, une bonne chose. Pourquoi ne pas l'instituer
chaque jour? Bien plus, poursuivant ce raisonnement, on
pourrait se demander comment étudier la Torah et
accomplir les Mitsvot avant d'avoir évalué
sa propre situation. Le verset ne dit-il pas: "D.ieu
dit à l'impie: pourquoi étudies-tu Mes décrets?"
et le Tanya explique que "les impies ne peuvent s'engager
dans le service de D.ieu avant d'avoir auparavant regretté
leurs agissements du passé". Le bilan doit donc
être effectué dans un premier temps. Ainsi,
on peut établir ce qu'il y a lieu de réparer.
Bien plus, il est dit que "ma faute se trouve en permanence
face à moi" et il doit en être ainsi même
après la Techouva, comme l'explique le Tanya.
La réponse à ces questions est la suivante.
Un tel raisonnement est issu du mauvais penchant, qui veut
imposer à l'homme un bilan moral, se substituant
à l'étude de la Torah et à la pratique
des Mitsvot. Il faut donc servir D.ieu sans établir
de compte préalable. Celui-ci sera réalisé
lorsque viendra le mois d'Elloul.
Dans l'une de ses causeries 'hassidiques, le Rabbi Rachab
raconte que quelqu'un pleurait à Sim'hat Torah.
Le Rabbi expliqua qu'il ne l'avait pas fait à Yom
Kippour et complétait donc maintenant ce qui lui
avait alors manqué. Pour autant, ce qu'il faisait,
à Sim'hat Torah, était déplacé.
Il est dit que "D.ieu créa l'homme droit".
Il fixa un temps pour chaque chose, en l'occurrence, celui
du bilan est le mois d'Elloul.
La raison du choix d'Elloul pour l'établissement
du bilan moral de l'année est la suivante. En ce
mois, éclairent les treize Attributs de Miséricorde
divine.
Etablir un bilan de ce que l'on a accompli peut parfois
être négatif. On sait la rigueur avec laquelle
l'homme est jugé et chacun est conscient de ce qu'il
accomplit réellement. On pourrait en concevoir du
désespoir, considérer que la situation est
définitivement perdue et que tout effort est inutile.
C'est la raison pour laquelle le bilan est repoussé
au mois d'Elloul, lorsqu'éclairent les treize Attributs
de Miséricorde divine, proclamant que "D.ieu
retarde la colère... supporte les fautes et les transgressions...
les purifie".
L'image décrivant la révélation des
treize Attributs de Miséricorde pendant le mois d'Elloul
est celle du Roi qui se rend dans le champ. Cette même
révélation, à Roch Hachana et pendant
les dix jours de Techouva, est plutôt comparable au
Roi qui se trouve dans son palais.
Le roi, lorsqu'il se trouve dans le champ, va à la
rencontre du peuple. Bien plus, le champ n'est pas un lieu
d'habitation courante. Il en va de même pour notre
propos. Celui qui a mal agi, a adopté un comportement
qui ne peut être le fait d'un citadin et se trouve
dans une situation champêtre et a besoin, pour transformer
ses agissements de toute l'année, de la révélation
des treize Attributs de Miséricorde divine.
C'est de cette manière qu'il est possible d'établir
un bilan moral sans pour autant sombrer dans le désespoir.
Chacun doit savoir que, quelle qu'ait pu être sa manière
d'agir tout au long de l'année, il peut faire Techouva,
se rapprocher de D.ieu, étudier la Torah et accomplir
les Mitsvot. Son repentir sera, à n'en pas douter,
accepté et il pourra à nouveau servir D.ieu.