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"L'autel de bois avait trois
coudées de hauteur et deux de longueur. Ses angles, sa longueur
et ses parois étaient en bois et il me dit: voici la table
qui est devant l'Eternel." |
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CHAPITRE
1
Ye'hezkel(') nous transmit, à nous, juifs
de l'exil, la prophétie que D.ieu entendait faire connaître
à Son peuple. Après que nous ayons expié notre faute,
pendant cet âpre exil, D.ieu nous rassemblera de toutes les contrées
de notre dispersion et Il nous conduira, guidés par notre juste
libérateur, en Erets Israël. Alors, pas un seul juif, homme
ou femme, ne restera dans ces pays de l'exil et l'Eternel reconstruira
le Temple.
Le prophète Ye'hezkel décrit la
reconstruction du Temple, d'après la vision que D.ieu lui en donna.
Lorsqu'il évoque le Sanctuaire, il parle également de l'autel
intérieur, fait de bois recouvert d'or et de la table sur laquelle
étaient posés les pains de propitiation. La Guemara (Bera'hot
55A) s'interroge à ce propos: "Pourquoi le verset parle-t-il
d'abord de l'autel et ensuite de la table?". Rabbi Yo'hanan et Rabbi
Eléazar proposent, à ce propos, une même explication.
A l'époque du Temple, les sacrifices, offerts sur l'autel, assuraient
l'expiation des fautes. A l'heure actuelle, pendant le temps de l'exil,
Ç'est la table de l'homme qui remplit cette fonction.
Il nous faut comprendre le sens de cette comparaison,
introduite par Rabbi Yo'hanan et Rabbi Eléazar, entre la table
de l'homme, c'est-à-dire les invités qu'il reçoit,
et l'autel extérieur, sur lequel étaient offerts les sacrifices
animaux ou bien l'autel intérieur, qui se trouvait dans le Sanctuaire,
où était effectué le sacrifice des encens. Comment
comparer la nourriture de l'homme et les offrandes de l'autel? La première
est avant tout matérielle, alors que ces dernières ont une
valeur spirituelle. Or, la comparaison faite ici porte sur le résultat
le plus important qui puisse être obtenu, l'expiation de l'homme.
Ainsi, tout comme, à l'époque du Temple, les sacrifices
apportaient le pardon, la table de l'homme peut avoir le même effet,
pendant le temps de l'exil. Par ailleurs, nous avons cité les termes
de la Guemara selon lesquels "Rabbi Yo'hanan et Rabbi Eléazar
disent: la table de l'homme lui apporte le rachat de la faute". A
ce propos, il nous faut comprendre pourquoi ils parlent de "la table"
et non du "repas" ou de "la nourriture". On ne peut
en aucune façon ne voir là que le fait du hasard.
Il
est clair que chaque mot utilisé par nos Sages délivre un
enseignement, au moins de manière allusive, introduit une notion
plus profonde, une idée divine. Cet enseignement constitue la partie
cachée de la Torah, l'âme de chacun de ses passages, de chacune
de ses affirmations. Tout comme le corps physique reçoit la vie
de l'âme qui l'habite, la Torah possède également
un corps et une âme. Son aspect législatif, son corps, tire
sa vitalité de son enseignement profond, de son âme. Il en
est ainsi pour chaque Hala'ha, pour chaque commentaire, en particulier
pour la Aggada(2), à propos de laquelle nos Sages disent que son
Pchat (3) est intrinsèquement un Remez (4). Ainsi, même l'explication
la plus simple doit être perçue dans toute sa portée
allusive et l'interprétation homilétique de la Aggada est,
à proprement parler, un des secrets de la Torah(5).
Le
Rabbi(6) dit, dans Igueret Hakodech (7), au chapitre 23, que la plupart
des secrets de la Torah se trouvent dans la Aggada. Aussi, lorsqu'on l'étudie,
dans le Eïn Yaakov (8)l, en présence de dix Juifs (9), on
peut en tirer le pardon de ses fautes. Par ailleurs, la Guemara (Bera'hot
54B) parle de "celui qui passe longtemps à table" et
non "celui qui prolonge son repas" ou "celui qui mange
longtemps". Le choix de ce terme est donc particulièrement
précis.
L'explication
est donc la suivante. Les sacrifices, "aliments de l'autel",
ont une importance intrinsèque. Ainsi, il est dit que "toute
la graisse (10) sera pour l'Eternel". Le sacrifice doit être
l'animal le meilleur et le plus gras. Lorsqu'il s'agit du repas de l'homme,
en revanche, seule sa longueur importe, mais non la nourriture elle-même.
Ainsi, il ne s'agit en aucune façon d'en rechercher le plaisir.
Manger est avant tout le moyen de conserver la vie et la force physique.
Nos Sages disent: "telle est la voie de la Torah. Tu mangeras du
pain et du sel"(11). La Torah n'enseigne pas uniquement ce qui est
permis et ce qui est interdit. Elle indique également comment un
Juif doit manger (12). Il est, en effet, par nature, à la fois
un fils et un serviteur de D.ieu (13).
RÉSUME:
La prophétie divine explique ce que sera la Temple, quand le Machia'h
viendra. Un même verset parle de l'autel des encens et de la table
intérieure. La Guemara explique, à ce propos, que, si l'autel
apportait l'expiation, à l'époque du Temple, la table de
l'homme remplit cette même fonction, pendant la période de
l'exil. Or, comment comparer la table de l'homme à l'autel? Et
que signifie "la table de l'homme"? Pourquoi parler de la table
plutôt que du repas ou de la nourriture? Le Pchat de l'Aggada est,
en soi, un Remez. La Torah indique de quelle façon il convient
de manger.
CHAPITRE 2
Avant
de manger, on doit se laver les mains. Or, il est deux façons de
le faire. La première est celle du matin, lorsqu'on se lève.
La seconde précède le repas. Dans les deux cas, la façon
de laver reste identique. L'eau doit être propre à la consommation,
ne peut avoir déjà servi à d'autres usages. La même
bénédiction est récitée dans les deux situations.
L'eau doit recouvrir la main, de manière similaire.
Néanmoins,
des différences existent également. La première est
la façon de verser l'eau. Le matin, au lever, on se lave trois
fois chaque main, en alternance. On prend le récipient de la main
droite, on le fait passer dans la main gauche, on verse de l'eau sur la
main droite, puis sur la gauche. On refait, au total, trois fois ce même
geste. Avant le repas, on lave aussi trois fois chaque main, mais sans
alternance. On prend alors le récipient dans la main droite, on
le passe dans la main gauche, on lave la main droite trois fois de suite,
puis trois fois la gauche. Pendant que les mains sont encore mouillées,
l'une est frottée contre l'autre. Enfin, on lève les deux
mains et l'on dit la bénédiction.
Il
nous faut définir le sens du lavage des mains, le matin, au lever,
lorsque l'on quitte un endroit impur ou avant le repas. Pourquoi, dans
ce dernier cas seulement, le lavage estil dans l'ordre? Pourquoi le récipient
est-il toujours pris dans la main droite? Pourquoi laver systématiquement
la main droite avant la gauche? Par ailleurs, ce lavage s'appelle, en
Hébreu, Netila, qui signifie prise. Pourquoi ne pas tout simplement
parler de lavage ou de rinçage, termes en apparence beaucoup plus
appropriés? En effet, le mot Netila a d'autres usages par ailleurs
et n'est pas spécifique au lavage des mains.
Netila
signifie, de façon générale, prendre ou élever.
En Araméen, ce terme est de la même racine que le terme désignant
le récipient dont il est fait usage pour ce lavage. Or, ces trois
mots, prise, élévation et récipient ne décrivent
qu'imprécisément l'action de se laver les mains. Parler
de lavage ou de rinçage eut été beaucoup plus précis.
C'est pourtant bien ce terme de Netila qui figure
dans le texte de la bénédiction. Il faut en déduire
que le but de cette action n'est pas uniquement de laver ou de rincer,
mais aussi de prendre et d'élever. De plus, ce lavage doit être
réalisé au moyen d'un ustensile non ébréché
et creux, duquel l'eau se déverse par la force de l'homme, par
l'intervention d'un être doué de discernement.
RÉSUME:
Il est deux façons
de se laver les mains, celle du matin, au lever et celle qui précède
le repas. La différence principale qui existe entre elles est la
façon de le faire, par alternance le matin, dans l'ordre avant
le repas. Netila signifie prise, élévation et ustensile.
Pourquoi, dans la bénédiction, employer ce terme plutôt
que celui de lavage ou de rinçage? Pourquoi l'ustensile doit-il
être entier et creux? Pourquoi le lavage doitil être réalisé
par un homme, en pleine possession de ses moyens intellectuels?
CHAPITRE 3
Le
principe du lavage des mains est clairement défini par la partie
législative de la Torah, mais chacun de ses détails reçoit
également une signification dans le service de D.ieu, qui est l'enseignement
profond et "l'âme" de chaque Hala'ha. Ainsi, l'enseignement
législatif de la Torah établit que "l'homme est toujours
responsable de ses actes, qu'il agisse délibérément
ou inconsciemment, qu'il soit réveillé ou endormi"
et que "les mains, de façon générale, ne restent
pas immobiles (14) ". Le premier principe souligne que le niveau
qui peut être qualifié d' "homme", dans la personnalité
de chacun, agit toujours de manière responsable, quelle que soit
la situation. Le second principe montre que la nature des mains est de
toucher chaque chose. Au bout des doigts se trouvent des ongles, sous
lesquels s'accumulent des dépôts malpropres.
Le
Zohar souligne que les forces du mal ont une emprise sur les ongles. Le
lavage des mains a donc précisément pour but de retirer
cette emprise. La vitalité des ongles est très limitée((15).
C'est, du reste, pour cela que les forces du mal peuvent en prendre possession,
surtout lorsque ces ongles sont très sales. Le lavage des mains
est alors impossible. Lorsque l'on se lève ou bien avant un repas,
on ne peut les laver que dans la mesure où les ongles sont propres.
On
peut donner de tout cela l'explication suivante. Les mains font allusion
aux sentiments, qui possèdent des "ongles"(16). En effet,
une différence existe entre l'intellect et les sentiments. Le premier
a une démarche logique, procède par étapes successives.
Les secondes sont directes, extrêmes. Une émotion, qu'elle
relève de l'amour ou de la crainte, est toujours brutale, passionnée.
Laver les mains consiste à verser de l'eau sur elles, c'est-à-dire
à introduire l'intellect dans les sentiments (Voir à ce
propos Michlé 18,4) afin de les purifier, de leur retirer leur
caractère agressif et enflammé et, en un mot, de les maîtriser.
L'élévation
des sentiments est possible de deux façons. La première,
le lavage des mains du matin, a pour but de se défaire de l'esprit
d'impureté qui découle de l'obscurité, inhérente
aux comportements du monde. Les mains sont alors lavées par alternance,
étape par étape. L'élévation est progressive
et concerne, tour à tour, chaque sentiment, jusqu'à ce qu'elles
parviennent toutes à la perfection.
La seconde façon est le lavage des mains
qui précède le repas. Celui-ci est réalisé
d'un seul trait, car il n'a pas pour but de se libérer du mal,
mais plutôt de sanctifier les émotions. L'ordre établi
doit alors être respecté. Puis, on frotte les mains l'une
contre l'autre, afin de souligner l'interdépendance des sentiments,
car, dans le domaine de la sainteté, toutes doivent être
parfaitement unies. C'est, par exemple, le cas de l'amour et de la crainte.
N'avoir que l'une ou l'autre est insuffisant. Toutes à la fois
doivent être gouvernées par la compréhension. Dès
lors, elles s'unissent et agissent conjointement pour concourir au meilleur
résultat. C'est de cette façon que l'homme parvient à
la perfection.
Notre
père Avraham se distingua par son amour de D.ieu. Néanmoins,
après l'épreuve que fut pour lui le sacrifice d'Its'hak,
D.ieu lui dit: "maintenant, je sais que tu crains D.ieu". Avraham
parvint alors à la perfection de la crainte, car la plénitude
de l'homme procède à la fois de l'amour et de la crainte.
C'est précisément pour cette raison que la bénédiction
du lavage des mains fait usage du terme de "Netila", lequel
évoque les deux manières de conduire les sentiments
à l'élévation (17).
Lorsqu'on
se lave les mains, le matin, il s'agit de se libérer de l'esprit
d'impureté résultant de l'obscurité qu'imposent les
valeurs et les comportements du monde. Cette "Netila" est alors
le moyen de se défaire des sentiments naturels et des habitudes
imposées par le monde. Lorsqu'on se lave les mains avant le repas,
on recherche avant tout l'élévation des sentiments, ainsi
qu'il est dit: "élevez vos mains dans la sainteté".
L'eau utilisée pour ce lavage doit être conforme aux exigences
de la Torah, placée dans un récipient entier, qui doit être
creux, versée sur les mains par la force d'un homme, doué
de discernement.
En effet, l'intellect qui élève et purifie les émotions
doit être divin et parfait, posséder un contenu profond.
Concrètement, le service de D.ieu est conditionné par la
compréhension divine (18). En conséquence, le lavage qui
conduit à la pureté et celui qui donne l'élévation
doivent être, l'un comme l'autre, réalisés par la
force de l'homme, c'est à dire avec toute la détermination
que confère la compréhension divine. Bien plus, celle-ci
doit émaner de Daat (19), la troisième force de l'intellect,
la plus parfaite.
C'est pour cela que la table de l'homme a pris,
à l'heure actuelle, la place qu'occupait l'autel, à l'époque
du Temple. La table fait ici allusion à la perfection de l'intellect
(20), qui peut conditionner les sentiments et apporter le rachat de la
faute.
RÉSUME:
Chaque détail
du lavage des mains reçoit une explication dans le service de D.ieu,
qui est l'âme de la Hala'ha, définie dans la partie législative
de la Torah. C'est aussi le cas pour les principes selon lesquels "l'homme
est toujours responsable de ses actes" et "les mains, de façon
générale, ne restent pas immobiles". Les mains font
allusion aux émotions. Les ongles sont le lieu sur lequel les forces
du mal exercent leur emprise. Les déchets accumulés sous
eux apportent la vitalité à ces forces. Le lavage des mains
du matin a pour but de se libérer de l'esprit d'impureté
découlant des comportements du monde. Le premier est effectué
par alternance. Le second, par contre, est exécuté dans
l'ordre, car la sanctification est progressive. L'eau fait allusion à
l'Intellect divin, provenant de la force intellectuelle de Daat. C'est
pour cette raison qu'il est ici fait allusion à la table de l'homme.
(1) Le prophète
Ye'hezkel (Ezéchiel) qui est l'auteur de ce verset.
(2) Enseignement allégorique et midrachique de la Torah.
(3) Sens simple de la Torah, stade premier de l'interprétation.
(4) Sens allusif de la Torah, second stade de l'interprétation
(5) Appartenant ainsi au Sod, sens ésotérique de la Torah,
quatrième et dernier stade de l'interprétation.
(6) II s'agit de Rabbi Chnéor Zalman, l'Admour Hazaken. (7) Quatrième
partie du Tanya.
(8) Recueil des passages aggadiques du Talmud, qui était traditionnellementétudié,
chaque jour, dans toutes les communautés, bien souvent entre Min'ha
et Arvit.
(9) Lorsque s'ajoute, en outre, le mérite de l'étude publique.
(10) C'est-à-dire ce qui est le plus gras, le plus riche.
(11) II n'est donc pas question de chercher son plaisir dans la nourriture.
(12) La Cacherout de l'aliment n'est donc pas suffisante. Celui-ci doit
en outre être mangé de manière juive.
(13) Sa qualité de fils lui donne la proximité de Dieu.
Il est aussi un serviteur et peut donc se soumettre totalement à
Lui.
(14) C'est la raison pour laquelle il faut les laver, le matin, car, ne
pouvant rester sans cesse immobiles, elles ont assurément touché,
pendant la nuit, ce qui les conduit à la souillure.
(15) C'est la raison pour laquelle on peut les couper sans éprouver
aucune douleur.
(16) La partie de ceux-ci sur laquelle les forces du mal ont une emprise.
(17) C'est ce qui sera montré maintenant
(18) Celui-ci provoque le sentiment qui est à l'origine de l'action
concrète.
(19) Daat, troisième force de l'intellect, réalise la synthèse
entre l'intellect et
le sujet, en concrétisant la prise de conscience et lui permettant
d'aboutir à une conclusion concrète. Elle provoque l'émerveillement,
l'attachement,
l'union de l'esprit et du coeur avec le concept étudié.
(20) C'est pour cette raison que l'homme doit faire usage de toute sa
perception pour ne pas voir dans la nourriture le moyen d'assouvir ses
passions, mais seulement la source de la force physique qui permettra
de servir Dieu.
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