Est-ce simplement une coïncidence ? Le fait est que nombre des contacts sont noués par Rav Jacobs en Hollande lors… d’enterrements où sa présence est évidemment demandée.
«Il y a quelques années, on m’a téléphoné depuis une ville assez éloignée pour que je procède à des funérailles. Quand je suis arrivé sur place, il n’y avait pas de Minyane, les dix Juifs nécessaires pour de nombreuses cérémonies. Nous étions neuf et l’un des participants s’est alors souvenu qu’il avait rencontré «un jeune» qui s’était installé dans la ville : était-ce un étudiant ou simplement un hippy ? Peut-être était-il juif. Nous l’avons retrouvé. Il a confirmé qu’il était effectivement juif et a accepté de compléter le Minyane.
Nous avons suivi le convoi dans la même voiture et nous avons donc eu l’occasion de faire connaissance. Il s’appelait Yaakov Dalyo et n’avait aucun lien avec le judaïsme à part le fait qu’il savait qu’il était juif. Nous avons longuement discuté et je l’ai invité à me rendre visite à la maison, à Amsterdam.
Quelques temps après cet enterrement, Yaakov est venu passer un Chabbat chez moi. Il a découvert notre famille et notre communauté, nos enfants qui chantaient à table et expliquaient la Sidra de la semaine. J’ai raconté des histoires ‘hassidiques et ma femme a participé à notre conversation… Jamais il n’avait vécu pareille ambiance. Il avait vingt-cinq ans et s’est passionné pour l’étude des textes. Il est revenu fréquemment et, au bout d’un certain temps, il a demandé de lui-même à étudier davantage : nous l’avons envoyé aux Etats-Unis, à la Yechiva de Morristown, spécialement réservée aux «étudiants tardifs».
L’histoire ne s’arrête pas là.
Quelques années avant cet enterrement au cours duquel j’avais fait la connaissance de Yaakov, j’avais procédé à une inhumation à La Hague. Là, j’avais fait la connaissance d’un couple âgé d’une cinquantaine d’années. Après la cérémonie, nous avions bavardé : il s’avéra que tous deux avaient perdu leurs parents durant la Shoah. L’homme avait été élevé dans une famille de chrétiens dévots qui lui avaient sauvé la vie et l’avaient élevé dans le catholicisme. Quand il atteignit l’âge de vingt ans, ses parents adoptifs lui révélèrent son origine juive. Ceci éveilla sa curiosité, il voulut comprendre ce qu’était le judaïsme mais eut du mal à trouver des réponses. De plus, cela lui posait un problème existentiel : ses parents adoptifs lui avaient sauvé la vie et l’avaient traité comme leur propre fils, il leur devait tout ! Mais, par ailleurs, ses véritables parents avaient été juifs, avaient été assassinés à cause de cela et il voulait savoir qui ils avaient été !
Il se maria avec une femme qui partageait la même histoire que lui : des parents biologiques juifs, une adoption précipitée et une éducation chrétienne puis la découverte d’une identité refoulée…
Nous avons gardé contact après l’enterrement. Ils avaient deux filles et je me suis rendu chez eux une fois par semaine pour leur enseigner un peu de judaïsme. Petit à petit, toute la famille s’est rapprochée de la religion de ses ancêtres ; très souvent, nous les avons invités pour Chabbat et les fêtes. Le père a commencé à nous aider dans nos diverses activités et, dernièrement, il est même devenu président d’une des associations de la communauté. L’une des filles, Myriam est partie étudier au séminaire de jeunes filles «Ma’hone Hanna» à New York.
Un jour, le père de Myriam me téléphone : sa fille s’était très bien adaptée à son nouvel entourage et il me demande en riant : «Peut-être faudrait-il commencer à lui chercher un mari ?»
Deux jours plus tard, le téléphone sonne à nouveau : c’était les parents de Yaakov Dalyo : «Vous avez rendu notre fils pratiquant, il étudie depuis plusieurs mois en Yechiva, il a déjà un certain âge, il est temps de lui trouver une épouse, n’est-ce pas ?»
J’ai vu là un signe du ciel et j’ai donc proposé aux deux couples de parents d’organiser une rencontre entre les deux jeunes gens, comme cela se fait traditionnellement dans les milieux pratiquants. Ils ont accepté : Myriam et Yaakov se sont rencontrés à New York puis se sont mariés en Hollande.
C’est ainsi que, grâce à deux enterrements, nous avons aussi pu célébrer un mariage.
Myriam et Yaakov ont terminé leurs études religieuses aux Etats-Unis et sont devenus eux-mêmes des Chlou’him, des émissaires du Rabbi en Hollande…

Rav Binyamin Jacobs
Kfar Chabad n°1394
traduit par Feiga Lubecki

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